Indécence au sommet de l’État

L’article du Zénith Balé que j’avais envoyé hier n’est plus disponible sur le site de MaliJet. Je ne sais pas pourquoi, mais cela m’a motivé à écrire ce billet.


Indécence au Sommet de l’État

Code des marchés publiques
Le Code des marchés publics détermine comment l’État passe des contrats de délivrance de fournitures, d’équipement ou de services, ou encore réalisation de travaux. Ce code s’applique aussi bien quand l’administration engage l’état qu’aux collectivités locales, sociétés d’État ou à majorité publique, et même aux entités agissant au compte de l’état.

Ce code est régulièrement mis à jour pour par exemple reviser le seuil qui déclenche l’application du code. En 1995, ce seuil était de 10 millions CFA; tout montant inférieur pouvant de ce fait faire l’objet d’un marché gré à gré – l’autorité contractante n’étant pas obligé de faire un appel d’offres et choisir le mieux-disant.

En 2008 (Décret N°08-485/P-RM du 11 Aout 2008) le seuil est passé à 25 millions CFA (et 15 millions pour les prestations intellectuelles). Le décret ajoute cependant une provision à la loi qui dit ceci: “le présent décret ne s’applique pas aux marchés de travaux, de fournitures et de services, lorsqu’ils concernent des besoins de défense et de sécurité nationales exigeant le secret ou pour lesquels la protection des intérêts essentiels de l’Etat est incompatible avec des mesures de publicité” (article 8). Cet article absolve les ministères sécuritaires de tout appel d’offres quand il y a un besoin de garantir le secret militaire et leur donne le droit de passer des marchés gré à gré — chose qui semble normale.

Le problème c’est qu’il a ouvert une énorme brèche dans le dispositif mis en place pour réguler les marchés publiques et protéger le contribuable. Qu’est ce qui constitute les “besoins de défense et de sécurité”? L’interpretation de l’équipe dirigée par IBK et Mara est assez fluide – tout ce que le ministère de la défense achète en fait partie, même quand il s’agit d’un stylo.

Le FMI avait justement épinglé le gouvernement sur le fameux contrat “Kagnassi” (du nom de l’ami et conseiller du président IBK) pour avoir abusé de l’article 8. Les explications distillées par l’équipe IBK dans la presse était que l’état était sans le sou et qu’il fallait faire des montages financiers, patati patata. Vous rappellerez aussi que l’avion d’IBK a été acquis également dans les mêmes conditions. Cet avion a été déclaré militaire (et secret) pour permettre un marché gré à gré – le signataire du contrat était justement le ministre de la défense (de l’époque) Soumeylou Boubeye Maiga.

A ce qu’il parait, les vielles habitudes ont la peau dure.

Predation comme mode de gouvernement
Le ministère de la défense a encore utilisé l’article 8 dans un contrat d’achat de camionnettes de transport de troupes et de citernes. Qu’est ce qu’il y a de secret dans l’achat de camionnettes? Le fournisseur, la société CIM (Commerce International pour le Mali, domicilié à Bamako) a obtenu le marché et a prévu d’acquérir le matériel; en tout 81 engins. Mais comme la compétition du marché n’a pas joué, la société CIM décide de gonfler les prix réels — entre 74% et 345% avec l’accord du ministère de la défense et du gouvernement. Le préjudice subit par l’état est d’environ 5,38 milliards CFA — selon un calcul effectué par le journal Zénith Balé — l’équivalent de ce qu’a couté l’hôpital Sominé Dolo de Mopti.

IndecenseGraph1

Le dit-contrat (dont j’ai pu lire une copie) a été signé par le Ministre de la défense le 20 Mai 2014, vérifié par le contrôleur financier du ministère 2 jours plus tard et enregistré au Secrétariat Général du gouvernement le 30 mai.

Le contrat passé par l’entreprise CIM couvre un montant de 9,959 milliards CFA, et stipule en outre que 500 millions CFA seront donnés comme avance à l’entreprise – cette avance ne sera remboursée qu’au moment où l’entrepreneur aura encaissé au moins 80% du montant du contrat. En d’autres termes, CIM reçoit un prêt de 500 millions CFA à 0% de taux d’intérêt pour démarrer une activité qui coutera plus de 5 milliards au contribuable (en fausse facture) – le Mali paye même pour se faire avoir. Pis encore, les camionnettes en question sont d’une marque chinoise (Sino Truck) qui n’a pas grande réputation de solidité. Après avoir volontairement refusé d’acquérir des gilets pare-balles – qui auraient pu sauver tant de vies à Kidal – IBK et sa bande sont prêts à transporter les troupes de l’AMA avec du matériel roulant sans grande qualité.

L’indécence a maintenant atteint un sommet jamais égalé; il est désormais clair que ce groupe d’individus est arrivé au pouvoir pour dépouiller le peu qui reste au Mali. Ouvrons grand les yeux, parce qu’à ce qui parait, ce contrat de près de 10 milliards est la première partie d’un total qui doit avoisiner 25 milliards. Le tout passé avec une entreprise dont l’activité principale est la vente de basins.

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A. Karim Sylla

 

Bulletin IV : Évolution du budget dans le temps – 2004 à 2014

Je viens d’envoyer un email sur d’une proposition du ministre de
l’industrie du Mali. Je faisais à peu près la même suggestion que toi à
l’endroit d’Ibrim. Il faut qu’il se ressaisisse vite.
Je crois que le pouvoir en place à été sérieusement ébranlé par les
“Gates” depuis un an. La meilleure façon pour lui de redonner espoir aux
maliens c’est de s’attaquer véritablement aux problèmes que nous venons
d’évoquer. Je garde espoir.

Je suis aussi d’accord avec toi que la société civile malienne doit elle
aussi changer vers l’éducation et l’information utiles des maliens et
leur rôle de veille (les partis politiques à part le PARENA ne le font pas).

Cordialement
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Chouaibou


Le 17 août 2014 à 15:11, “‘A. Karim Sylla’ via malilink”
<malilink@malilink.net a écrit :

En fait je ne suis pas fondamentalement opposé à ce que dit Stéphane.
Molobbo avait suggéré aussi qu’il fallait inscrire dans la loi un
minimum d’investissements par l’état. Je ne suis pas opposé à cela non
plus. Mon problème est que tout cela revient à une profession de foi:
croire que les prédateurs vont devenir moins prédateurs; qu’ils vont se
lever un jour et devenir biens.

Une réforme aujourd’hui par un officiel bienveillant sera immédiatement
mis à la poubelle demain par le prochain. Si réforme il y a, il faut que
le pays se prémunisse contre le prochain IBK ou le prochain CMD. Et pour
y parvenir effectivement, il faut que les prochains IBK et CMD ne
trouvent pas un rond qu’ils puissent dépenser à leur guise.

Je serai le premier à applaudir si on retourne même en un semblant de
normalité. Mais quand les dirigeants cautionnent entre eux des caisses
noires, des dépenses inutiles, des réfections de domicile, casser et
reconstruire des bureaux pour les adapter au goûts du chef, etc., il est
difficile de ne pas être pessimiste.

Tu as donné l’exemple des tracteurs d’ATT; l’idée était louable, mais
très mal pensée. On en a discuté sur MaliLink à l’époque. Le paysan
malien cultive à peine un hectare; avant de penser qu’il pourra passer à
50 ha il fallait d’abord lui donner les moyens de passer à 2ha, puis 5
ha; au lieu de tracteurs, il fallait penser à acquérir des charrues
mécanisées — passer de la daba ou de la traction animale à celle
motorisée; si mes souvenirs sont bons, une des idées proposées était de
faire une usine d’assemblage de charrues avec des moteurs de Jakarta.
Quelque chose qu’on peut faire à grande échelle, créer des emplois
secondaires, et vulgariser dans tout le pays. Au lieu d’importer ces
tracteurs, il fallait créer des incitations à des entrepreneurs et les
accompagner pour créer cette industrie de charrues motorisées au Mali.

Les tracteurs sont venus; mais très clairement ce n’est pas le paysan
lambda qui les a eu; il fallait connaître les gens bien placés. Et puis
qu’en aurait il fait?

Un officiel m’a expliqué une fois que les décisions qui paraissent être
mal élaborées le sont très souvent non pas par incompétence mais de
façon délibérée pour faciliter les actions d’arbitrage; c’est à dire
pouvoir tripatouiller sur le dysfonctionnement.

Stéphane parle d’un état normal; si le Mali peut être “normalisé” je
serai entièrement d’accord avec lui. Cela dit, on ne doit pas rester les
bras croisés — sans l’implication des citoyens rien ne se fera. Il faut
expliquer aux Maliens ce qui se passe; tout le monde doit avoir
l’information, de Labzenga à Kourémalé, de Tinzawatene à Zégoua.

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A. Karim Sylla


On Aug 17, 2014, at 9:59 AM, “‘Chouaibou MAIGA’ via malilink”
<malilink@malilink.net wrote:

Je suis partagé entre Stéphane et toi (merci de m’avoir autorisé cette
familiarité) : j’ai espoir que le pays va changer; mais pas avec la
génération de prédateurs qui s’est installée depuis 1968.

Il est évident qu’un détournement de 7/9 plombe toute initiative. Il est
évident que lorsque le chef de famille à déjà des difficultés pour
prêcher la bonne morale au sein de la famille, le reste des membres ne
peut être reproché que du bout des lèvres. Cette situation n’est pas
propre au régime Ibrim seul, elle a existé depuis longtemps (1968 pour moi).
Ceci a pu créer une sorte de comportement “culturel” des maliens vis à
vis du bien public.
Dans la mémoire collective malienne “foroba = bien public” ce n’est pas
ce qui “appartient à tout le monde”, mais plutôt ce qui “n’appartient à
personne”. La nuance est capitale à mon avis.

Pour parvenir à un taux de croissance à 2 chiffres que tu suggère, je
crois que la proposition de Stéphane est celle que nous avons sous la
main présentement, celle que nous maîtrisons mieux. Le problème (que
Stéphane indique bien) et qui me préoccupe c’est que cette
agriculture/élevage ne croit pas suffisamment. Elle ne suffit même pas
pour assurer nos besoins de nourritures; nous importons encore du riz.
Le produit de notre coton en compétition sur le marché mondial n’est pas
suffisant pour permettre de tirer le reste du secteur agricole vers le haut.
La variabilité climatique de notre région et le changement climatique,
la rareté des pluies dans la partie nord (au dessus du parallèle de
Kayes) font que les rendements sont faibles lorsque les paysans arrivent
à récolter parce que certaines années c’est nul.
ATT a tenté de mécaniser cette agriculture avec son opération tracteurs
indiens. L’initiative s’est évanouie je ne sais pourquoi. En toute son
effet ne se fait pas voir en terme d’augmentation massive de la
production qu’on devrait attendre d’une telle initiative si elle est
soutenue et bien encadrée.

Achetons des tracteurs moins chers là où c’est possible ou trouvons les
moyens et les accords pour en construire ici chez nous. Parce que c’est
par le coût élevé de l’investissement que nous tiennent les autres.

C’est la même chose pour les intrants.

Il faut avoir de l’imagination. Et je crois que les maliens (pas les
prédateurs) en sont capables. C’est là la raison de mon espoir.

Au plus fort de la crise institutionnelle à Bamako, j’ai eu des échanges
avec des compatriotes lettrés, fonctionnaires et non fonctionnaires. Ma
préoccupation était la suivante : il fait s’attaquer à juger les
personnes qui ont détourné les biens de l’état. À deux reprises au moins
je me suis fait stopper net : “non an ga ni to yé. Sinon on va juger un
nombre considérable de maliens”.

C’est là où je m’adresse à Stéphane, je me dit qu’il y a comme une lueur
de “culturel” dans cette fatalité. Le système de corruption au Mali a
gangrené toute la société. Tellement que je crois que Abdoul Karim à
raison d’être pessimiste que la capacité des prédateurs de changer par
eux même le système. Ils sont devenus comme les pays occidentaux qui ne
veulent en aucune manière diminuer un peu leur niveau de vie pour que
les autres puissent eux aussi vivre décemment. Même un peu par solidarité.

C’est pourquoi et pour d’autres raison je milite en faveur du forum
national pour définir des nouvelles bases pour le Mali. À vouloir
réviser (seulement) la constitution nous ne ferons que des
tripatouillages qui seront fait, d’une manière ou d’une autre, pour
arranger des positions d’un groupe de prédateurs par rapport à un autre.

J’ai perdu moi aussi (comme Issa N’Diaye et comme Abdoul Karim)
confiance à nos élites actuels et en leur capacité et volonté de
promouvoir une vraie politique de mieux être pour les maliens.

Cordialement
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Chouaibou


Le 17 août 2014 à 12:40, “‘A. Karim Sylla’ via malilink”
<malilink@malilink.net a écrit :

Bonjour Stéphane,
Dans le bulletin, je préconise en fait l’utilisation judicieuse des
ressources pour permettre ce décollage tant attendu. Je n’épouse pas
l’idée du “trickle down” mais c’est un constat amer que je fais. Je suis
extrêmement pessimiste quand il s’agit de réformer l’administration pour
qu’elle se consacre au bien-être du citoyen Malien.

Et je suis contre l’idée qu’il faut enrichir l’état (en augmentant
l’impôt) parce que l’évidence nous montre que cet argent sera mal
utilisé et met l’entrepreneur Malien dans de plus grandes difficultés.

Comme l’état se montre incapable, alors l’alternative viable (à mes
yeux) serait de réduire au maximum son impact négatif. Combien de
grandes centrales énergétiques ont été construits au Mali depuis 2004? 1
seul si je ne me trompe pas. Entretemps la population a augmenté d’1/3
et ses besoins en énergie ne sont pas en baisse.

Mon optimisme est parti il y a très longtemps; il faut que le Malien se
rende compte de 2 choses: (1) l’administration malienne est devenu
prédatrice et se fiche pas mal du bien être général et (2) elle ne
pourra pas se réformer.

Il y’a un proverbe en bambara qui dit que “hakili té a yèrè soso” (
l’auto-critique est impossible). Nous en sommes là; nous espérons qu’un
bon jour ces bons messieurs et dames se réveillerons et se déciderons à
faire mieux.

Prends simplement l’exemple de l’administration IBK — voici quelqu’un
avec tous ses conseillers (très intelligent avec de gros diplômes) qui
arrivent à se convaincre que son Boeing elle la chose la plus importante
qu’il pouvait faire pour le Mali. Et tu continue à espérer?

Même quand il faut équiper l’armée du pays pour éviter l’anéantissement
du pays cette administration trouve un moyen de se faire plein les
poches. Dans le temps c’était “l’état dépense 10F, je prend 1F” — pour
le dernier scandale au MinDef l’état a dépensé 9 milliard et n’a reçu
que 2 milliard d’équipements.

Et il n’y a pas que lui — CMD, on apprend, a même pensé que 800 000 F
des caisses de l’état était mieux dépensés en achetant des montures de
lunettes pour sa femme. C’est l’équivalent du revenu moyen du Malien en
1 an. Pourquoi CMD n’a pas payé de sa propre poche?. Au total sa razzia
en 9 mois est estimée à 3 milliards. Combien de maliens aurait pu avoir
accès à l’énergie solaire avec ça? Combien d’écoles? Etc.

La différence entre toi et moi, c’est que tu as encore la foi.

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A. Karim Sylla


On Aug 17, 2014, at 3:33 AM, Stephane Kader Bombote wrote:

Clin d’œil reçu, Karim. Merci pour ces chiffres et cette perspective.

Je crois que nous sommes d’accord sur le constat, à savoir que cette
malheureuse croissance de 4% à 6 % ne permettra pas de sortir le pays de
la pauvreté. Si nous restons dans les paradigmes de l’avantage
comparatif nous limitant au coton et de l’ajustement structurel comme
ligne de conduite économique, le Mali ne pourra pas générer suffisamment
de richesses pour assurer son développement. Dans 40 ans, à l’horizon
2050 nous risquons d’être grosso modo au même point, c’était le sens du
calcul grossier que j’avais fait en remarque à ton second opus sur le
budget malien.

Nous sommes moins d’accord sur la stratégie de rupture à mener pour
inverser cette tendance et faire décoller le pays.

Si j’ai bien compris ta position d’après les précédentes discussions, tu
préconises de réduire, ou du moins de limiter le rôle et la taille de
l’état dans l’économie pour permettre au secteur privé de prendre son
essor. Tu penses que chaque augmentation du budget national ne sert pas
l’intérêt public dans les mêmes proportions mais va plutôt dans les
poches de fonctionnaires indélicats qui sont pourris et qui ne
changeront pas de sitôt… Cet argent serait mieux utilisé s’il restait à
la disposition des entrepreneurs qui pourront s’en servir pour accroitre
leur activité (Trickle Down economics). Merci de corriger si j’ai omis
quelque chose ou si ce n’est pas fidèle a ta pensée.

Je pense pour ma part que dans cette phase de pré-décollage dans
laquelle nous nous trouvons le rôle de l’état est crucial pour faire les
choix stratégiques nécessaires en matière d’investissements,
d’infrastructures et d’institutions pour mettre en place le “hardware”
public sur lequel le développement pourra enfin démarrer. L’état est
certes faible, mais le secteur privé l’est encore plus et pour l’instant
ne génère pas suffisamment de ressources financières, matérielles et
humaines pour garantir une croissance soutenue.

D’un strict point de vue empirique, l’étude de l’histoire économique des
pays qui ont rejoint l’Occident dans le développement et
l’industrialisation montre que ce rattrapage s’est largement fait sous
l’impulsion de l’état. Aucun pays ne s’est développé grâce au seul
secteur privé. Aujourd’hui encore la part de dépenses publiques dans le
PIB reste très élevée dans les pays développés. Nous aurons l’occasion
de développer ces points lors de futures discussions, j’aimerais éviter
de faire trop long…

Bulletin IV : Évolution du budget dans le temps – 2004 à 2014

Un clin d’œil à notre ami Stephane. Quand une économie s’accroît de 4,1% (PIB) et qu’en même temps la population s’accroît de 3,2% alors la croissance du PIB/habitant est de 0,87%. Si on tient compte de l’inflation de 2,7% alors la croissance réelle du PIB/habitant est négatif: -1,9%!

Ces chiffres représentent la moyenne de ce qui s’est passé au Mali entre 2004 et 2013. Ça rappelle quand GMT disait dans ses messages de nouvel an “cette année sera encore plus difficile que l’année passée” – et cela, année après année. Il va sans dire que le Mali a besoin d’une très forte croissance; et orienter toutes les ressources possibles vers les secteurs productifs de l’économie, en premier lieu les investissements en infrastructure et moyens de production qui supporteront la croissance. Ou en est-on?


Bulletin 04 : Évolution du budget dans le temps – 2004 à 2014

Dans la première moitié de la décennie des années 2000, le Mali a bénéficié de 2 initiatives qui ont vu la réduction drastique de sa dette. Les programmes PPTE (pays pauvres très endettés) et IADM (initiative d’allègement de la dette multilatérale) ont réduit la dette extérieure malienne à près de 70%. Les ressources libérées du service de la dette devaient servir dans les dépenses de santé, éducation et agriculture.

De 2004 à 2014 le budget a presque doublé — passant de 787 milliards à 1559 milliards CFA. Cette augmentation d’environ 772 milliards (+98% d’augmentation) a été irrégulièrement repartie dans les lignes budgétaires. La part du “social” est en forte progression — il y a un accroissement des subventions et transferts, et aussi une augmentation très significatives du volet “salaires” qui passent de 16 à 21% du budget. Cela est due en grande partie à l’inclusion des vacataires et fonctionnaires des collectivités, au recrutement mais aussi à l’amélioration des traitements.

BudgetGraph1

 

Les 772 milliards d’augmentation ont été ventilé comme suit:
* 27% ont été engloutis par les (nouveaux) salaires
* 25% par la rubrique “Autres dépenses / Transferts et Subventions
* 10% dans les rubriques budgets annexes, bourses et dépenses électorales
* 10% dans le budget de fonctionnement (matériel, transport, missions, énergie, communication)
* 21% dans les investissements

En fait plus 52% de l’augmentation a été englouti par le social; seulement 1 franc sur 5 nouveaux francs va dans le domaine des investissements publiques. Ceci dit, le fonctionnaire malien est tellement mal payé que toute augmentation de salaire va directement à la consommation — chose qui n’est pas mauvaise en soi surtout si cette consommation est locale.

BudgetGraph2

Une plus grande anomalie est que 48% des investissements au Mali proviennent d’apports extérieurs – il va s’en dire que cette situation de dépendance est assez singulière. Même si le budget 2014 fait nettement mieux que celui de 2004; le ratio était alors de 66%.

Mais la fragilité chronique existe si on tient compte du fait que les recettes de l’état sont très peu diversifiées. Sans l’appui budgétaire extérieur et l’apport crée par les mines d’or, le Mali serait incapable de financer les investissement publiques ou même faire fonctionner l’administration décemment.

Le budget a été en augmentation constante depuis 2004 mais cela ne semble pas avoir d’effet sur la croissance économique réelle. De 2004 à 2013, la croissance moyenne se situe à 4,1%, l’inflation à 2,7% et la croissance de la population à 3,2%. Le tableau ci-dessous donne les détails historiques. En terme réel, le Malien moyen s’est appauvri : en 2013 il se retrouve avec 84,5% de son pouvoir d’achat de 2004 (-1,9% par an pendant 9 ans). Pendant cette même période le budget de l’état double.

BudgetGraph3

Et le Mali est à la traine. Il ne suffit pas de faire des comparaisons dans le voisinage immédiat. Certains pays (enclavés) arrivent à dégager cette croissance à deux chiffres que le Mali doit ambitionner pour au moins les dix années à venir. Le graphique ci-dessous compare la croissance économique du Mali à celle de l’Ethiopie et de la moyenne des pays pauvres. Il est évident que le Mali n’est pas le meilleur élevé.

BudgetGraph4

Des propos attribués à Albert Einstein (ou Benjamin Franklin) disent que « le comble de l’absurdité est de répéter les mêmes gestes et s’attendre à des résultats différents ». Il faut que les lignes bougent au Mali. La croissance à 2 chiffres ne tombera pas du ciel.

______________________
A. Karim Sylla


Malilink Discussion Forum
Where The Malian Intelligentsia Meets
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Pour vous désabonner de ce groupe et ne plus recevoir d’e-mails le concernant, envoyez un e-mail à l’adresse malilink+unsubscribe@malilink.net.

Ex-aigris?

Le ministre est un adulte et suppose être un responsable. S’il a
sincèrement regrette son acte et qu’il veuille vraiment presenter ses
excuses, il n’a pas besoin d’être conseille dans ce sens et n’a surtout
pas besoin de Porte-parole. L’initiative devait venir de lui-même.

Diaoune

Ex-aigris?

Absolutely false !!!

Le ministre n’a absolument pas présenté ses excuses. Pour une fois dans
l’année que je suis devant notre grandiose ORTM, je suis tombée sur son
entretien. Lorsque le journaliste a abordé ce tweet, Camara a ri. Il a
dit ”regretter” ce tweet mais il ne s’est en aucun cas excusé.

La vidéo est disponible sur internet, jugez par vous-même.

Aussi je suis en total désaccord avec l’interprétation malienne du mot
”aigri” selon Mme Cissé. Depuis quand un mot change de signification
selon la géolocalisation ?? Please. Un aigri est ce qu’il est, selon le
Larousse ”Personne que les déceptions ont rendue amère et irritable”.
Oui, les maliens sont aigris, avec raison !

”Chez nous au Mali « aigri » signifie « égoïste » chez les Français «
aigri » veut dire une personne rendue amère par des déceptions.”

Please don’t insult us.


2014-08-15 23:58 GMT+00:00 ‘A. Karim Sylla’ via malilink
<malilink@malilink.net>:

Le ministre Camara aurait présenté ses excuses aux aigris à l’ORTM;
malgré ses 2 premières tentative d’explication ratées, il se rend à
l’évidence que rien ne vaut la demande de pardon et d’excuses.

J’ai copié ce message sur la page Facebook de Ramata Cissé — elle
y explique une conversation qu’elle a eu avec le ministre Camara; c’est
un récit fascinant. Le ministre Camara a désormais compris qu’il faut
toujours remuer le pouce 3 fois avant d’envoyer le tweet.

Puis-je alors me considérer comme ex-aigris?

Karim Sylla

Le groupe d’auto-défense touareg Imghad

À. Karim,

Alors que les autorités s’occupent vite de cette protection des
personnes et des biens.
Au vrai sens du mot. Pas cette arnaque française à laquelle on assiste.
Mais une vraie protection qui puisse éviter aux autres, dans le
désespoir, de prendre les armes.

On ne peux continuer à dire depuis bientôt 3 ans que l’armée est mal
entraînée, qu’elle n’a pas ceci ou cela. Ça ne suffit pas pour sécuriser
des gens.
Il faut se grouiller parce qu’entre temps les gens (la majorité) sont
écartés des négociations qui vont décider de l’avenir du territoire.
C’est plus que préoccupant non!
Et qu’on ne nous sert pas encore cette question d’intégrité sauvegardée
et consorts. De toute évidence ça ne rassure pas ceux qui sont prêts
là-bas à prendre les armes.

Je ne peux plus me contenter de cette explication de l’infériorité de
l’armée malienne parce qu’elle serait sous équipée ou sans véritable
commandement. Je ne peux comprendre que des citoyens ordinaires arrivent
à s’organiser en milice et arrivent à faire subir des pertes énormes au
leurs agresseurs et qu’une armée n’en soit pas capable.

Nous avons eu bientôt 3 ans pour corriger toutes ces lacunes dont on
accusait l’armée malienne d’être porteuse. Il fallait comprendre que les
autres ne vont pas nous attendre jusqu’à ce que nous soyons prêts.

Donc oui, l’armée républicaine doit assurer la sécurité des citoyens et
de leurs biens, assurer en partie ses fonctions, si tout n’est pas possible.

Si cela ne se fait pas, je suis d’accord avec vous que tôt ou tard, le
nord de ce pays pourrait devenir un désordre pire que le Liban et la Libye.

Apparemment pour le moment à part quelques intellectuels, personne ne
s’en convainc ni le Mali même, ni la France qui s’en fiche, ni la
communauté internationale qui ne s’occupe que des problèmes dont elle
est saisis.

Au nord du pays, l’état malien a failli (totalement).

Cordialement
____________________
Chouaibou

Le groupe d’auto-défense touareg Imghad

Oui, je suis d’accord sur toute la ligne. Il est difficile de s’assoir
les bras croisés et servir de souffre douleur quand l’état sensé te
protéger est complètement absent.

Mais pour moi le plan B doit être l’armée — pour sécuriser les
populations. Les autorités politiques ne peuvent pas ignorer le problème
de l’armée. Elle est mal dirigée et il ne faudrait pas avoir honte de
faire venir des “compétences” extérieures pour l’aider à relever les
défis. Comment peut-on prendre au sérieux des dirigeants d’une armée qui
sont eux même incapables d’entraîner leurs troupes, mais sont aux
premiers rangs pour les amener à la boucherie?

Le scénario qu’il faut éviter est de rendre la gestion du Mali encore
plus difficile. Répliquer le scénario Libyen ou Libanais au Mali
n’arrangera absolument rien.
______________________
A. Karim Sylla

Le groupe d’auto-défense touareg Imghad

Karim,
Qui va désarmer les groupes armés. Ne comptes pas sur les NU ou la
France ils ne le feront pas. Le Mali n’a pas les moyens. Il ne reste
plus aux populations qu’a se debrouiller pour ce defendre. C’est triste
mais c’est la réalité.
J’ajoute que le gouvernement a décidé de donner la chance aux
négociations pour régler ce conflit, mais nous devons prévoir un plan B
au cas où les négociations échouent. Armer les populations pour
l’auto-defense pourrait être ce plan B.
Sans une politique de dissuasion la paix ne sera pas durable au Nord du
Mali. Trop d’intérêts mafiosies sont en jeux.

Harouna

Le groupe d’auto-défense touareg Imghad

Le foisonnement de groupes sectaires arrangera-t-il la situation? N’est
pas cela qui a plongé le Liban dans une guerre civile de 15 ans?
Aujourd’hui l’influence de ces groupes s’est amoindri – à part celui du
Hezbollah. Mais le réflexe sectaire n’a pas diminué et l’armée libanaise
peine encore à défendre convenablement la nation. C’est aussi la
situation en Libye — chaque ville a été nettoyée de ses “étrangers” et
il est difficile de voir comment la Libye s’en sortira. Il n’y a même
plus d’armée là-bas.
Le désarmement doit être la seule voie, sinon on regardera tout droit
dans le baril d’un canon pour longtemps.

______________________
A. Karim Sylla

On Aug 13, 2014, at 9:42 PM, “‘Harouna Niang’ via malilink”
wrote:

Les autres communautés songhoi, peulhs, belles etc … devraient suivre
cet exemple. On est mieux defendu que par soit même.
De plus la seule façon de rétablir l’équilibre des forces au Nord du
Mali c’est soit de désarmer tout le monde ou à défaut d’ armer tout le
monde.

Harouna

On Wednesday, August 13, 2014 9:16 PM, ‘Chouaibou MAIGA’ via malilink
wrote:

Bonsoir chers tous,
Je suis absolument solidaire de ce mouvement d’autodéfense.
Puisque la situation d’après 21 mai s’est traduite d’une part par une
agressivité du MNLA et alliées HCUA qui sont allés ré-occuper les villes
d’où leur ancêtre Ansar-AQMI avait été chassée et d’autre part le
soutien manifeste de la France BARKHANE au MNLA, c’est tout légitime de
chercher à s’autodefendre lorsqu’on peut.
Tenez bon chers compatriotes guerriers.

Maiga

Quote of The Day For 08.14.14

As societies grow decadent, the language grows decadent, too. Words are
used to disguise, not to illuminate, action: you liberate a city by
destroying it. Words are to confuse, so that at election time people
will solemnly vote against their own interests.
__Gore Vidal