365 Jours au Mali

Bonjour Soukouna et chers tous,

Je vais réagir sur votre point 1. Comme vous pouvez vous en doutez, je
vous rejoints sur le point 3. C’est vrai que nous n’avons pas
suffisamment fait pour soutenir ceux des résistants qui ont décidé de se
sacrifier pour le Mali, tout le de même, et non “notion de Mali”.

Il y a beaucoup de sujets à débattre dans votre intervention.

Je reviens donc sur le point 1.
Je crois que je ne me trompe pas en résumant la réalité de cette
question par ceci :
“Les castés sont libres ; les esclaves sont encore sous domination de
leur maître”. La différence est énorme.
Voyez-vous, vous même vous ne vous sentez pas responsable (au fond) de
ces castés qui “doivent vous rappeler vos obligations envers eux” pour
que vous vous souveniez ou que vous en soyez sensible et faire le “petit
geste” attendu de celui qui vous aborde pour avoir une pièce ou un
billet pour subvenir à ses besoins, souvent les plus primaires, c’est à
dire se nourrir. Autant je suis d’accord que l’existence de ces “liens”
est maintenu par les castés eux mêmes, autant nous sommes d’accord que
ceci est plutôt le fait d’une pauvreté “endémique” qui pousse les gens à
cela. Il y a des gens aussi pauvres que cette dame qui vous a abordé
dans le village la bas et qui sont considérés nobles. Je suis convaincu
que si ces messieurs ou dames avaient la possibilité de faire pareille
que la dame, il l’auraient fait.

Il y a plus de contrainte pour les castés de rester dans les liens qui
ont existé. Ils sont libres de rester ou de partir. Du moment que le
“maître” ne peut plus subvenir à leur besoins de nourriture,
d’habillement et autres, il est clair que les liens ne peuvent plus être
maintenu. Si je dois me référer au moyen de production le plus populaire
en zone où les castes sont culturelles au Mali, c’est un fait
aujourd’hui que les castés prennent la daba autant que les “nobles”.
Le casté détient sa daba comme le “noble et/ou maître”. Pour la majorité
des cas que j’ai vu sa récolte lui appartient ; celle du “maître”
appartient au “maître”.
Dans cette zone, je suis donc d’accord avec vous que ce “rappel de la
vieille dame et peut être d’autres” est culturel. Culturel comme celui
des autres castés, celui des griots. Allez dans les mairies de Bamako
(et ailleurs) même si vous ne partez pas avec un “griot” vous en aurez
un bon groupe prêts à vous suivre, dès qu’ils connaîtront vos
patronymes. Ils vanteront vos louanges. Nous l’acceptons tous
aujourd’hui. Mais est ce de l’esclavage ? Je réponds : non.

C’est complètement différent de celui des esclaves de ce “touareg”. Il
dit “nous les protégeons”. Ça veut dire ce que ça veut dire. Il n’y a
pas besoin de rappel ici. Chacun des deux, de l’esclave et du maître,
sait ce qu’il y a. Il n’y a là que cette relation de mépris de l’esclave
par le maître. Et quand je parle de mépris, c’est vraiment primaire :
des organisations humanitaires ont rapporté des cas de sévices inhumains
de la part de ces maîtres sur leurs esclaves. L’esclave sait qu’il doit
obéir au maître au prix de se voir bastonner ou simplement tuer. Toutes
sortes de moyens, y compris de la religion, sont utilisés pour maintenir
l’esclave dans les liens de sujet avec ses maîtres.

Non Soukouna ce n’est pas la même chose que cette affaire de castes. Au
nord de ce pays, il y a une réelle nécessité de libérer les humains du
joug des féodaux qui s’agrippent becs et ongles à leur privilège et ne
veulent pas que le mode de production dans cette société change. C’est
totalement différent de celui des castes dans certaines localités du Mali.

Le Mali et la notion d’état/nation:
Nous sommes une jeune nation que les péripéties de l’histoire coloniale
ont amené à exister, comme d’autres. Comme la plupart sinon la quasi
totalité des pays africains nos frontières ont été héritées du colon.
Nous aspirons à consolider l’unité du pays ; chose qui n’est
effectivement pas facile.

De comment le pays doit être géré et sous quelle forme, ils revient aux
maliens de le décider en toute liberté, sans aucune contrainte de qui
que e soit. Surtout pas de féodaux qui ont leur agenda a eux qui ne peut
être qu’avilissant pour la plupart des autres maliens, la majorité.

En Europe, la belgique à encore des problèmes pour construire une nation
belge véritable. En France des communautés existent qui réclament leur
indépendance. Partout dans le monde, il existe des difficultés vis à vis
de cette question de “notion de nation”. Nous ne sommes pas les seuls.
Les bonnes choses naissent, souvent, dans la douleur.

Cordialement
Chouaibou