La Crimée est redevenue

malilink@malilink.net <malilink@malilink.net>

Vraiment un lyrisme sidérant sur un tel sujet! J’ai lu quelques commentaires de Russes qui semblent savoir d’où ils viennent et où ils voudraient (ou du moins la prochaine génération) arriver. Pour le moindre, ce n’est pas un enthousiasme immodéré pour l’aventure de Poutine. Donc, quand on dit que “les Russes disent”, on dit la même chose que les “les Maliens disent”, “les Africains disent”. Ça a du flair mais autant de sens.

Je comprends l’euphorie de certains pour la “victoire des vaincus” ou “humiliés”. Mais, c’est trop tôt pour déclarer défaite ou victoire – et surtout de croire qu’à long terme la Russie sortira indemne de la crise actuelle. Je ne souhaite aucun mal à la Russie, mais le problème est que structurellement elle n’a pas atteint le stade où un conflit frontal avec les Etats-Unis l’épargnera à moyen et long termes. Elle peut avaler toute l’Ukraine, mais la chaîne des événements est si imprévisible que nul ne sait ce qui va se passer avec de nouvelles figures politiques aux Etats-Unis, un redéploiement de l’OTAN et une pression durable sur les rapports économiques dont l’Amérique a encore de moyens considérables même avec les limites que les ressources énergétiques de la Russie et l’atelier industriel de la Chine peuvent présenter. Il y a une t
elle interdépendance que nul ne peut aujourd’hui se frapper la poitrine et dire qu’il peut imposer ses choix sans payer une facture.

Donc, cette crise curieuse est redoutable par les surprises qu’elle peut nous réserver. Et nos pays sont malheureusement ceux qui souffrent à terme de ces polarisations entre grandes puissances. Au lieu d’applaudir dans nos “grins”, mieux vaut réfléchir sur les conséquences pour nous aussi – et faisons des analyses beaucoup moins épidermiques.

On évoque dates et figures historiques dans cette affaire. Heine disait que l’histoire est la prophétie du passé. Ce que Birago Diop rendait si bien (contes et lavanes d’Ahmadou Koumba): “Quand la mémoire va chercher du bois, elle rapporte le fagot qui lui plaît.” Si j’étais Russe, je n’oublierai pas que dans beaucoup de compétitions, l’URSS avait été première au départ avant d’être devancée et abandonnée en cours de route, parce que sa performance économique était structurellement si vulnérable qu’elle a fini par s’écrouler, abandonnant du coup les satellites coûteux qui illustraient son prestige d’antan. Cuba, par hasard…

Gardons un oeil ouvert à toutes les mauvaises surprises qui ne seront pas uniquement ukrainiennes.

Mohomodou