Le MNLA aux abois, son leader en mal de crédibilité

Dans tout cela, le point

relevé illustre un anti-intellectualisme primaire qui n’est
rien autre que l’équivalent du populisme rampant et
infantilisant dans la pratique politique au Mali et en
Afrique. On s’affaisse dans les formulations génériques qui
relèvent plus de la culture du “grin” que d’une quelconque
démarche professionnelle.
Si on a une vérité, on n’a pas
besoin de récriminations superflues pour la faire prévaloir.
Le grand apport de l’article est une liste modeste de dates
clés. C’est déjà un exploit, puisque nous avons déjà produit
plus de dates clés que ne puisse contenir notre carnet
national. Pour le reste, le texte regorge d’affirmations et de
jugements de valeur (y compris des étiquettes) qui sont loin
de refléter une démarche objective. Même les statistiques
démographiques sont loin d’être sûres. Il y en a plein et dans
tous les sens. Au mieux, nous devrons cesser
d’instrumentaliser davantage ces chiffres.
L’art de vivre en ensemble qui semble étranger aux idéologues (pro- et
anti-MNLA) ne repose pas sur les pourcentages démographiques.
Même s’il s’agit de 0,5% de la communauté particulière ou de
la population générale, si un tel groupe décide de maintenir
une logique de lutte armée, la violence sociale persistera et
s’incrustera dans la vie quotidienne. Donc, ce n’est pas un
raisonnement productif que de tirer sur cette corde. Alors que
notre pays, ses dirigeants et ses intellectuels, ont plus que
jamais besoin de créativité pour trouver de solutions
originales et durables à la violence qui se métastase et
s’exporte dans dans la sous-région. Il ne sert à rien de
limiter son analyse à un scénario de fabrication du MNLA à
Paris si on sait que la crise actuelle, au-delà des alliances
conjoncturelles, a des racines antérieures à l’indépendance du
Mali. Sans un minimum de rigueur – ce qui nécessite un peu de
distance et de retenue – nous ne finirons jamais de constater
les combines infinies qui nous volent notre sommeil national.
Nous nous contenterons de dériver des conclusions qui nous
satisfont (auto-satisfaction) autant qu’elles confondent tout
interlocuteur qui exerce le strict minimum de rationalité.
L’article représente quelque chose – et ce n’est guère
reluisant, sinon extrêmement inquiétant pour l’avenir:
l’extrême médiocrité du produit journalistique au Mali. On n’a
pas besoin d’aller au-delà de notre sous-région pour comparer
les articles maliens à d’autres publications, même réalisées
avec de moyens matériels comparables. Mais là, nous sommes en
état d’urgence depuis très longtemps.

Mohomodou Houssouba