Les Maliens se font-ils confiance ?

Bonjour,

Récemment j’ai commencé à lire “Exodus: How Migration is
Changing Our World” (Exode : Comment la Migration
Transforme Notre Monde) par l’économiste britannique
Paul Collier. J’ai beaucoup apprécié son livre “The
Bottom Billion”, dans lequel il avance une critique très
raisonnée de l’aide au développement et de ses
conséquences négatives, donc je m’intéressais à savoir
ce qu’il pense de la migration internationale
contemporaine.

En fait son point de vue est assez pessimiste : il pense
que la migration menace la prospérité des pays riches,
sans contribuer au développement des pays pauvres.
Conclusion que plusieurs ont déjà rejetée (voir par
exemple http://www.foreignaffairs.com/articles/140354/michael-clemens-and-justin-sandefur/let-the-people-go).
Mais ce qui m’a troublé le plus pendant ma lecture,
c’était la déclaration par Collier que les pays pauvres
sont pauvres, et leurs citoyens cherchent à les quitter,
parce que ces pays sont accablés par des “modèles sociaux
dysfonctionnels”. Ce qui me semble très proche à dire que
c’est la faute de leur culture.

En grande partie, ce que Collier appelle “le modèle
social” repose sur la confiance et le regard mutuel. Pour
Collier, les pays riches se distinguent par le haut niveau
de confiance entre leurs citoyens. Leurs sociétés “sont
plus aptes à coopérer et ont des coûts de transaction plus
abordables parce qu’elles dépendent moins sur les
processus formels pour faire appliquer le droit” (ma
traduction de l’anglais ; je prends plusieurs raccourcis
dans mon synopsis ici). En ce qui concerne les pays
pauvres, il cite le cas du Nigeria : “Radicalement et
profondément, les Nigérians ne se font pas confiance….
L’opportunisme y fait donc partie de la vie quotidienne”.
Pour Collier, cet opportunisme et la méfiance générale
constituent les plus grands obstacles à l’amélioration des
conditions politiques et économiques au Nigeria et bien
d’autres pays pauvres.

Ayant fait cette lecture, je me suis posé la question : “Les
Maliens se font-ils confiance ?” Une connaissance à Bamako
m’informe qu’on y dit souvent “Ne dalen te n
yèrè ma; kuma te mogo wèrè ma”
(Je ne fais pas
confiance à moi-même, sans parler des autres). Si
l’existence d’un manque de confiance au sein la société
malienne se confirme, quelles sont ses origines ? Peut-il
être vrai que la première cause de la misère au Mali n’est
ni le colonialisme, ni la sécheresse, mais un “modèle social
dysfonctionnel” ?

Pour ma part je reste sceptique, mais j’aimerais savoir ce
qu’en pense mes voisins sur Malilink.

Bruce Whitehouse