Que l’on arrête avec la provocation !

Oh my, you guys did put in a lot

more material than I could’ve imagined. 


J’ai suivi les liens offerts
par Ndack. Un grand merci pour ces textes de grande qualité.

Celui du professeur I. Thioub:
Sa contribution dans l’histoire des idées est d’une sobriété
et d’une précision saisissantes. Il faudrait qu’on y revienne
une autre fois. L’opinion sur l’homosexualité a la vertu de
nous sortir des interdits – des thèmes tabouisés et clos à la
discussion. Tant qu’en Afrique, on garde un petit espace libre
dans ce sens, dans les colonnes de nos journaux et revues et
dans nos forums publics, nous ne devrons jamais totalement
désespérer de l’émergence future d’une société ouverte, dans
laquelle sont respectées les valeurs de la majorité et
protégés les droits fondamentaux des minorités. C’est à dire,
les droits et devoirs de toutes et tous. On y reviendra à
temps. 

Je ne suis pas surpris par les
caricatures sur les sociétés occidentales. En fait, elles
reflètent la même facilité intellectuelle qui produit les
clichés puériles sur l’Afrique et l’Islam. Quel paradoxe,
beaucoup d’entre nous passons énormément de temps à défendre
les valeurs de l’islam là où les musulmans sont victimes
d’amalgame et de diabolisation. Mais, ce combat ne nous donne
aucune raison de nous taire sur les raccourcis superficiels et
menaces qu’une certaine instrumentalisation de l’islam fait
peser sur nos sociétés, notre culture malienne et africaine
qui passera par pertes et profits, au point d’être assimilée à
une pratique religieuse exclusive. Donc, il s’agit de parer à
une violence féroce à l’encontre de l’histoire des idées – à
ces bouts de lumière pour “sortir de la grande nuit” (A.
Mbembe) que nous a montré W.E.B. Du Bois au tournant de 1900,
un demi-siècle plus tard Cheick Anta Diop, plus tard V.Y.
Mudimbe, etc. et encore aujourd’hui de penseurs de qualité et
de plus en plus nombreux comme Achille Mbembe, Souleymane
Bachir Diagne, Shamil Jeppie. Ceux qui lisent en profondeur
dans la longue histoire et nous en font des synthèses et
tracent des pistes. Ibrahima Thioub apporte sa propre touche à
cette finesse d’esprit comme le personnage de Cheikh Hamidou
Kane (Samba Diallo, Aventure ambiguë) ou tant d’autres
voix sillonnant les romans de Yambo Ouologuem, Naguib Mahfouz,
Ahmadou Kourouma, Tierno Monénembo, Zakes Mda. 

Et bien sûr, Oumar – il me
semble que la silhouette de la pirogue de Hammadoun se dessine
à l’horizon, entre les dunes, par quel miracle. Ou disons le
harikoy a du écouter le hikoy. L’espoir est permis. 

L’espoir, c’est avant et
après, tout notre désir de liberté et d’autonomie face aux
injonctions normatives, au déterminisme “naturel” (pour finir
avec I. Thioub). J’ai réagi à des propos qui partent de
l’approximation pour établir des catégorisations absolues –
c’est le genre que je pense que nous acceptons – avalons – en
l’état à nos risques et périls. Nous avons nos querelles avec
l’Occident, mais je pense que le problème, si mal posé, n’a
aucune chance de trouver une réponse adéquate. Nous avons nos
querelles avec l’Orient, et celles-là relèvent plutôt de
l’interdit intellectuel, alors que nous avons désespérément
besoin d’une contribution rigoureuse de nos intellectuels et
érudits instruits à la chose arabo-islamique pour comprendre
la place de notre société malienne, par exemple, dans le monde
dit musulman. Y serons-nous là aussi une simple et pale copie
du modèle saoudien ou qatari? Pourquoi est-il si difficile de
pratiquer la polygamie en Iran et que la pratique
quasi-inexistante dans certaines sociétés maliennes il y a un
siècle, y est aujourd’hui universalisée? À quel point un imam
du nord malien qui ne pratique pas l’excision devient le
défenseur de cette pratique au nom de la préservation de la
culture authentique malienne? Pourquoi universaliser la
polygamie non pas la monogamie comme régime matrimonial
“malien”, alors que les deux existaient parallèlement au Mali
selon les communautés et régions? Beaucoup d’autres questions
que l’on est en droit de se poser et de poser à “Mahmoud Dicko
et les autres”. À suivre…

Mohomodou Houssouba