Le Pr Kalilou Ouattara récidive en s’attaquant aux «Nordistes»

Chouaibou,

Je ne pense pas qu il soit impossible d etudier la notion d identites chez les maliens, les ethnologues et les sociologues peuvent nous eclairer sur cela avec en appui les statisticiens et autres disciplines. D ailleurs l ethnie a toujours une validite legale au Mali, en tout cas c est comme cela que j interprete les questions sur l origine ethnique dans le formulaire de demande pour l acte de marriage, je n ai jamais tres bien compris l utilite de cette question mais c est un instrument qu on peut utiliser pour enqueter dans ce domaine.

Le marriage interethnique, d apres mes propres observations, semble etre un phenomene plus urbain que rural et dans les villages, soninkes en tout cas, la majorite des marriages se fait entre soninkes. Ce qui se complique effectivement quand on prends en compte le fait qu on appartient a l ethnie de son pere chez nous et que l identite ethnique peut changer avec la geographie, donc cela ne reflete pas effectivement la complextite de cette question. Mais il n y a pas de doute qu en se prononcant pour une ethnie particulier, il y a toute sortes d alliances et de liens qu on embrasse. Je me demande en tout cas ce qui pousse a choisir une ethnie par rapport a une autre quand choisir est une option. Donc il y a du travail a faire.

En ce qui concerne les vues de Prof. Ouattara, son opinion des sonrais a finalement peu d importance pour moi. Ce qui me preoccupe est que sa version d une federation ne devienne une realite basee sur des prejuges deja existant, car on ne peut pas faire disparaitre des prejuges avec l aide des souhaits. C est une realite qu on doit mitiger en prenant compte de la diversite du Mali et chercher des moyens a permettre a cette diversite de s exprimer dans la legalite et la protection des droits de tout le monde. On ne peut pas forcer les gens a vous accepter mais on peut desamorcer des bombes a retardement en prenant en plein corps ce probleme de perceptions qui peuvent se transformer en propheties auto realisatrices.

Dans ce desordre local et la fragmentation des identites, rendues assez commune par la technologie et la frustration grandissante vis a vis de la gestion de l appareil d etat, ca va etre difficile de renverser ces tendances, surtout avec des slogans “nationalistes” qui ont de moins en moins de sens face au cynisme grandissant. D ailleurs ce n est pas difficile de tirer un lien avec les opinions de Ouattara et la logique vis a vis du MNLA ou des Touaregs, il me semble qu une fois on rejette un groupe pour des “tendances hegemoniques”, ca devient naturel d aller chercher les memes traits dans un autre groupe ou s auto identifier comme un contre-poids, et cela peut venir des endroits les plus surprenants pour ceux qui se limitent a une version idealisee du Mali. On nous dit que les 70 pour cent d IBK etaient pour le rejet de l autonomie/regionalisme cherche par “certains touaregs”, une fois qu on est dans cette logique, il devient alors naturel d
inverser ou manipuler les perceptions. Je preferre croire que les maliens ont vote pour IBK pour le retablissement de l etat et non un quelconque rejet d un groupe socio culturel, aussi minoritaire qu il soit, ou d une idee particuliere de gestion territoriale, mais cette interpretation est devenu centrale a IBK meme, ce qui est toujours le cas quand on cherche a esquiver les problemes fondamentaux de gouvernance et de la culture du resultat.

Je pense effectivement qu une federation qui protege les droits d un malien sur toute l etendue du territoire tout en permettant les diversites regionales de s exprimer pacifiquement et de facon constructive est une bonne option pour la stabilite future d un Mali a la demographie galopante et aux ressources en baisse. Ceux qui adherent aux vues de Prof Ouattara devraient alors s inquieter de la gestion et la performance locale de leurs fiefs au lieu de projetter leurs frustrations au niveau national. Si la devolution bien implementee ne peut empecher le tribalisme, elle force a la nuance et encourage a la responsabilisation.

Soukouna