Le triomphe des prédateurs de l’environnement

Les membres du réseau Malilink se souviendront d’un mail que j’ai écrit
en février 2012 pour exposer les préjudices que des exploitants de
carrière illégale avaient causés à mon terrain situé à Missabougou.
Permettez-moi de reproduire ce mail ici:

[Début] Mes frères et soeurs,

Le Mali d’ATT est devenu un pays de m…..e. Les bandits qui agissent en
toute impunité dans le nord ont leurs homologues à Bamako ici même et
dans d’autres localités du Mali. Le foncier est devenu la nouvelle
jungle créée par ATT et ses acolytes(voir la marche des démunis d’il y’a
quelques jours) . Ils viennent en plein jour déloger les honnêtes gens
de leurs titres fonciers dûment acquis. Il y a une dizaine de jours,
j’ai eu la mauvaise surprise de constater qu’un macaque nommé Ibrahima
Soumaré (et son acolyte avocat du nom de M. Touré), propriétaire
d’engins lourds, est venu ouvrir une carrière de altérité derrière ma
propriété de Magnambougou. Son culot est allé jusqu’à prendre l’espace
prévu pour la rue et à creuser dix mètres de profondeur au pied de mon
mur de clôture. Depuis Octobre 2011, les voisins s’étaient résignés à
voir une valse quotidienne de gros camions et toute la poussière qui
accompagne cette nuisance. J’ai aussitôt mobilisé un avocat et un
huissier pour demander l’arrêt de la carrière illégale et sauvage en
pleine ville[il paraît qu’il vend cette laterite aux chantiers chinois].
Pendant plusieurs jours, l’huissier a essayé de servir sa sommation à
l’exploitant mais celui-ci est demeuré introuvable, se refusant à
prendre les appels. Finalement hier, j’ai mobilisé la brigade des
recherches du Camp 1 de gendarmerie pour aller escorter le contremaître
du chantier et le contraindre à nous conduire jusque là où son bandit de
patron se terrait; ensuite les deux étaient amenés au poste pour qu’une
procédure au pénal soit ouverte et que l’huissier puisse leur servir la
sommation. C’est une saga cauchemardesque qui continue mais à la date
d’aujourd’hui, ils ont arrêté le chantier et sont en train de vouloir
quitter précipitamment les lieux, y laissant derrière eux un scandale
environnemental. Ils avaient même commencé à y déposer des déchets
industriels. Ma procédure civile est engagée contre eux pour tous les
dommages causés à ma propriété et à toutes celles qui
l’entourent(poussière qui salit leurs biens et enrhume leurs enfants,
risques certains d’éboulement de terrain pendant l’hivernage prochain,
destruction de la rue(espace public) et du relief,…. etc). Il me
manque de mots pour exprimer mon indignation et celle des riverains de
cette carrière intempestive, ouverte avec la complicité de la mairie de
Magnambougou, laquelle prélève quotidiennement sa part sur cette fortune
mal acquise. Les gens n’arrêtent pas de me dire combien ce genre de cas
foisonne depuis l’arrivée d’ATT au pouvoir, conséquence de sa
pusillanimité sinon de son laisser-faire irresponsable. ATT risque de
mettre le feu aux poudres d’une révolution sanglante au Mali(la
rébellion en est, malheureusement, un des signes annonciateurs). Lui et
ses gouvernements successifs en ont préparé toutes les conditions. Je le
pressens car le Malien ordinaire est excédé par cette incurie
gouvernementale et étatique. De grâce, mobilisons-nous pour que des
comptes soient rendus.
Chérif Keita [Fin]

Alors, voilà ce qui s’est passé depuis. Peu de temps après l’arrêt de
l’exploitation derrière ma propriété, qui est entourée, soit dit en
passant, d’un mur désormais en risque permanent de chute, les habitants
du quartier ont eu la surprise de voir les travaux reprendre du côté de
la route qui conduit au nouveau pont. Après presqu’un an d’attente, le
tribunal nous a donné tort malgré les preuves attestant des dégâts
causés à ma propriété, au beau relief sur lequel mon architecte avait
proposé d’établir la future construction et aux dommages causés aux
riverains et même à la propriété publique(la rue que le cadastre
prévoyait le long de mon terrain,.. etc). Leur argument avait été que
les dommages ne sont pas réels. Mon avocat, l’ancien bâtonnier Maître
Maïga, qui, malheureusement, vient de mourir(Paix à son âme!), a décidé
d’interjeter appel et dans son nouveau dossier, il a inclus les photos
de mon mur, effondré entretemps sur un côté et les preuves de l’érosion
qui continue à saper les bases de mon terrain. Rien n’y fit. Il y a
quelques jours, la Cour d’appel vient de nous débouter encore. Je ne
sais plus à quel saint me vouer. J’abandonnerai la procédure mais avant
de le faire, j’invite les Malinlikers qui sont présents à Bamako, à
faire le détour vers la zone située entre la colline de Robert N’Daw et
la route reliant le stade du 26 mars au nouveau pont. Ma propriété est
près de la résidence de l’ancien ministre de l’agriculture, M. Seydou
Traoré, dont la brave femme a été obligée un jour de se ceindre la
taille et d’affronter ces prédateurs de l’environnement tant elle était
excédée par la poussière et les failles causées dans ses murs par les
vibrations et les mouvements de terrain. S’il vous plaît, Malilinkers,
faites un tour dans cette zone et voyez de vos propres yeux la
dégradation infligée à ce beau secteur de Bamako. Il est nécessaire que
les honnêtes citoyens se mobilisent contre les prédateurs de
l’environnement et les corrupteurs de notre société qui foulent aux
pieds nos droits et nos valeurs. Je prédis que cette zone, qui était
assez bien protégée des inondations du fleuve Niger, sera désormais un
bas fonds dans l’avenir, toute la couche solide ayant été enlevée pour
être vendue par ces escrots d’exploitants de carrière illégale.
J’abandonnerai mes poursuites mais je ne me tairai pas pour autant. Dans
les heures qui viennent, je vous enverrai les nombreuses photos que nous
avons prises entre 2012 et maintenant pour vous donner une idée de la
situation dont moi et tous les habitants du secteur sommes victimes.

Merci de votre temps et de votre attention, Chérif Keita