Interview de Mara sur RFI

Bonjour
Je crois qu’il ne faut pas tourner la page aussi vite, comme si c’était
une banale petite affaire! Ce sont plusieurs vies humaines qui se sont
envolées inutilement à cause de décisions légères et irresponsables. Si
comme citoyen nous ne pouvons mesurer la gravité de cette situation,
alors il faudra que le ciel entier nous tombe sur la tête pour qu’on se
réveille. Depuis la déroute de l’armée, la machine nonchalante de
communication du gouvernement s’est mise en marche de manière active
pour faire porter le blâme à d’autres, manipuler la population et aller
jusqu’à faire des sondages insensés… Moi qui pensais qu’il n’y avait
pas de machine, tant elle est nulle vis à vis du MNLA et autres djihadistes!
Le gouvernement travaille pour se sauver – c’est normal. Mais nous
commencons à être habitués à trop de mensonges (même avant la guerre
éclaire). Une chose est sure, on ne construit pas un pays sur du faux.
Nous nous réveillés brutalement en 2012 avec l’attaque des
rebelles/djihadistes. Nous avions alors compris que tout était faux
autour de nous et que notre pays n’était qu’un pays apparent.
Malheureusement, nous sommes dans la même mouvance du faux et du
mensonge. Les autorités supérieures fonctionnent sur du faux en pensant
que ceux qui sont en-dessous et le bas peuple n’ont pas suffisamment
d’intelligence pour comprendre. Mais elles se trompent, car au fond,
elles transmettent les mauvaises valeurs dans les chaînes inférieures,
gangrénant ainsi l’ensemble de la société. Comment peut-on lutter contre
la corruption quand on transgresse soi-même les règles de passages de
marchés les plus élémentaires ? Dans ces conditions, ce n’est pas
étonnant de voir certains soldats fuir le combat par manque de
motivation. Ils peuvent se demander pourquoi ils doivent mourrir pendant
que ceux à qui le pays donne tous les privilèges continuent dans le
mensonge, avec des priorités complètement décalées par rapport aux
vraies besoins de la population.
Il est temps d’avoir pitié du Mali et de ses populations. On ne peut pas
jouer au suffisant quand on est classé dans les dix derniers pays au
monde. Mais on peut s’en sortir avec le travail et la rigueur. Manipuler
le peuple avec des mensonges n’est pas une solution. Il faut au
contraire lui dire la vérité (avion, guerre éclaire, etc….), admettre
les fautes et erreurs commises, implorer le pardon, sanctionner les
fautifs et dévoiler les voies et stratégies pour que le pays retrouve sa
marche vers l’avant.
Kalifa Goïta