La question du territoire du Soudan français au Mali

Il y a quelque mois, j’ai eu cet échange avec un professeur
d’université. Mon point de vue était que nous avons deux urgences au
Mali. La question de la République et la question du territoire. Je
vous soumet cette réflexion tirée de notre histoire.

Pour ce que est de la République, il nous faut un projet
explicite pour bâtir une république. Cela n’a jamais existé.
On a hérité de la république sans avoir eu à réfléchir sur ce
que c’était comme société et sur ce que cela voulait dire
d’être républicain et citoyen.
Sur la question du territoire, elle rejoint aussi la
question de la République. La République du Mali n’est pas la
continuation de l’Empire du Mali ni de l’Empire Songhaï ni de
l’empire de Ghana. La République du Mali est un héritage de la
colonisation française.
Au début de la colonisation française, le territoire, c’était
plus la Grèce des Cités Etats que Rome et le droit romain.
Gallieni et ses envoyés ont signé plus de trois cent traités
de paix au Soudan. C’était un espace politique extrêmement
fragmenté. Les Toucouleurs venus du Sénégal avaient envahis le
pays et les bambaras, les Khassonkés, les peulhs plus loin,
les Sarakollés, les Maures cherchaient protection contre ces
envahisseurs toucouleurs. Samory plus loin ravageait les
territoires qu’il pouvait occuper pour avoir des esclaves afin
d’acheter des chevaux et des armes.
Dès le début de la colonisation, au Soudan, la  gestion du
territoire a été au centre des préoccupations plus que dans
aucune autre colonie.
Dans cet espace, le territoire a toujours été une variable
d’ajustement à la capacité à le gérer. C’est ainsi que la
France a géré ce territoire.
En 1892, avant de donner le territoire du Soudan à Archinard
pour sa dernière campagne, le territoire est amputé de toute
la région à l’ouest de la rivière Falémé qui est rattachée au
Sénégal. C’est depuis que Tambacounda et autres sont
sénégalais.
Quand Archinard et Audéoud, notamment, ont détourné les
ressources du Soudan y compris les crédits du Chemin de fer et
ceux des écoles, pour leurs expéditions militaires (notamment
Ahmadou Oumar, Samory et Babemba; le budget du Soudan qui
était d’environ 400.000 Frs étaient en dépassement de 700.000
frs après la campagne du Macina), le Soudan a été démembré par
décret en 1899, pour ramener la taille du territoire à la
hauteur des ressources disponibles.
Le Soudan a été reconstitué en 1904 mais amputé de l’Adrar des
Iforas qui sera algérien jusqu’en 1918. Plus tard, une partie
du territoire ira à la Mauritanie. Le territoire ne retrouvera
jamais ses presque 3 millions de km² (le Niger et une partie
du Burkina faisait partie du Soudan ainsi qu’une partie de la
Guinée et de la Côte d’Ivoire). Des parties iront au Sénégal,
à la Guinée, à la Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Niger. A
l’indépendance sous Modibo Kéïta une partie du territoire sera
cédée à a la Mauritanie et à l’Algérie. La Région de Gao
restera au Soudan malgré une forte argumentation pour la
rattacher au Niger.
En disant cela, ce n’est pas accepter d’avance quoique ce soit
mais affiner l’analyse à fin qu’à force de subtilité, elle
devienne opératoire.
En l’occurrence arriver à se poser la question: quelle
configuration (format?) doit avoir le pays pour assurer un
contrôle total sur son territoire. C’est en l’occurrence
l’urgence du moment pour les maliens.
Une des spécificités de ce territoire a toujours
été d’être une variable d’ajustement, fonction de la
capacité de gestion de cette vaste étendue. Il faut
inverser la problématique puisque nous avons le principe
de l’intangibilité des frontières à l’UA malgré le cas du
Soudan (Khartoum).
Plus la zone se complexifie
dans ses défis, plus il faudra prendre sur soi (en valeur
militaire(morales?) et en ressources financières) pour y faire
face. Que peut le Mali en la matière en terme de choix
politique, de programmation et de “sacrifice” financier. C’est
la priorité pour les maliens.
La corruption notamment, vue comme un problème économique
est plutôt un problème de sécurité nationale dans ses
conséquences et doit être traité comme tel.
Cordialement

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Amb. Ret.  Mamadou Traoré
Ing. Thermo-Electricien.
Economiste de l’Innovation
Expert industriel assermenté près les Cours et
Tribunaux
Consultant: Stratégie; Systèmes à Energie Renouvelable.