Le prix de la paix, le coût de la guerre

Cher Soul,
Long time. Tu te fais rare. Si tu refuses de te sacrifier pour le régime d’IBK,
fais-le au moins pour le Mali. Si le Mali ne suffit pas, fais-le pour Quinzambougou. Si Quinzambougou ne suffit pas, fais-le pour le Byblos ! Nous lui devons bien ça, certains plus que d’autres…
Plus sérieusement, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt ton analyse et tes
recommandations. Je partage tes remarques pour l’essentiel, la passion en moins. Je me
trompe peut-être mais je crois sentir une certaine colère, voire nervosité dans
tes propos

Les maliens sont sous le choc et c’est compréhensible. On le serait pour moins que ce Waterloo des sables. Les réseaux sociaux bruissent de commentaires guerriers et d’une excitation mal contenue : on veut voir du sang (celui des autres si possible), on réclame des têtes, on veut envoyer à la casse les avions et les voitures des braves gens… Sacrebleu ! Si on ne peut même plus rouler en Rolls Royce dans les rues de Bamako, où va-t-on ?

Si l’émotion est normale et tout à fait compréhensible, mal gérée, elle débouchera sur
d’autres catastrophes. Nous sommes dans une course de fond et non un
sprint. Il a fallu 10 ans à l’Algérie (qui a des moyens sécuritaires plus considérables que ceux des pays de la CEDEAO combinés) pour ramener son terrorisme à un niveau résiduel et le fixer sur son flanc Sud. Pour des raisons qui m’échappent,
les maliens semblent convaincus que 2 ou 3 offensives menées par 2 000
soldats fraichement émoulus suffiront à nettoyer le Septentrion… Le wishful thinking a ses limites et nous n’allons pas tarder à nous en rendre compte.

La réalité c’est que nous ne sommes pas de culture et de traditions guerrières.
La plupart des peuples d’Afrique de l’Ouest sont de paisibles commerçants ou agro-pastoraux vivant dans des sociétés qui ont besoin les unes des autres et qui résolvent les différents par la palabre et le dialogue. Hormis l’épisode
Samory Touré, la conquête coloniale en Afrique de l’Ouest n’a pas rencontré de
résistance majeure.

Idem pendant la colonisation, l’Afrique de l’Ouest n’a pas connu les grands soulèvements qu’il y a pu avoir dans d’autres pays tels que le Kenya, Madagascar,
l’Angola ou le Mozambique. Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de résistance, bien
au contraire la résistance au projet colonial a toujours été là, elle ne s’est cependant pas
manifestée sous des formes violentes chez nous. La décolonisation a également été obtenue sur le tapis vert et non arrachée par des guerres de
libération à la différence de certains pays Africains.

Sur les 2 ou 3 derniers siècles, le Mali à l’instar de la plupart des pays
d’Afrique de l’Ouest n’a pas connu de conflit majeur. Tout ceci contribue à
faire de nous de gentils sujets, dociles et paisibles, résignés devant leur sort :
« Allah ka bo », « A ta ni Alla ye ». On ne s’improvise pas
Viêt-Cong du jour au lendemain.

Il n’y a bien entendu pas de fatalité et tout ceci peut s’apprendre. Jusqu’en
1948, les Juifs étaient connus pour bien des choses, certainement pas pour leurs
qualités guerrières. La création et la défense de l’Etat d’Israël ont changé cela de
manière spectaculaire.

Ajoutons à cela le fait que nos armées ont délibérément été négligées par nos
différents pouvoirs à des fins bassement politiques. En effet, dans des pays à faible
tradition démocratique, une armée trop puissante finit inévitablement par devenir incontrôlable et par dicter sa volonté au pouvoir civil, voire à l’évincer. De nombreux dirigeant préfèrent dès lors couper la poire en deux et
limiter les fonctions de l’appareil sécuritaire à la protection du régime plutôt
que celle de la nation. Les « gardes présidentielles », confiées à
des proches, se retrouvent étoffées, bien équipées et bien entrainées alors que
les autres unités (dont on se méfie) sont volontairement maintenues dans un
état laissant à désirer. Les services de renseignement servent principalement à
surveiller et à mater les opposants ou toute forme de contestation du régime.

De tels appareils, orientés vers la protection d’un individu et de son clan sont difficilement à même d’appréhender et de combattre les menaces pesant sur un pays dans sa totalité.

Résultat des courses : notre défense est faible individuellement et collectivement. Aucun pays d’Afrique de l’Ouest n’est en mesure de venir en aide à ses voisins de manière
significative.

C’est tout ceci qu’il va falloir revoir.

Vaste chantier…

Stephane Kader Bombot