Detour Culturel – Religion Kitendi

La scene en boite du film Black Mic Mac que Ndack a poste illustre un phenomene culturel prenant ses sources a Kin dans les annees 60s et 70s et qui ne fait que prendre de l ampleur en Afrique et a travers la diaspora africaine. Il s agit de l idolation des griffes, ce qu on a appelle la sapologie venant de la SAPE: La Societe d Avancement des Personnes Elegantes, une autre version serait Societe des Ambianceurs et des Personnes Elegantes.

Kinshasa est une perle culturelle et l individualisme qui y regne a genere toutes sortes d eccentricites. L accoutrement a outrances, surtout avec des griffes d habits et de chaussures, dont l emblematique Weston, est le mode d expression culturelle des jeunes Kinois qui cherchent aussi a oublier les difficultes de leur quotidient. Le mouvement de la SAPE a ete initie par un musicien kinois, surnomme Stervos Niarcos, nom emprunte du defunt armateur milliardaire grec Starvos Niarchos qui symbolisait le jetset des annees 60s et 70s avec son compatriote Onassis. Stervos a popularise cette mode de vie avec l aide de Papa Wemba dans un phenomene qui a pris de l ampleur dans les annees 70s et 80s et surtout avec la sortie de la chanson Proclamation, qui joue d ailleurs dans la scene du film Black Mic Mac. La chanson exhorte les vertus de l enfant qui a reussi dans l emigration et descends a Kinshasa avec ses griffes, ses voitures et son argent. La legende veut que des milliers de jeunes kinois ont pris la route de l exil apres cette chanson dans l espoir de revenir un jour eux aussi, barde de fringues et de bling bling. La chanson a eu le meme effet sur les Kinois que la chanson de Tita Kone – Dioula – a eu sur les jeunes Soninkes. En effet, beaucoup ont pris la route de l exil apres l avoir entendu.

Le phenomene symbolise par Niarcos est surnomme la Religion Kitende, d habillements en lingala. Ceci vient s accouder a une tendance bien ancree dans la culture congolaise pour l habillement en general, occidental avant mais avec la presence sahelienne, a pris des couleurs africaines du bazin. Mais la sape domine largement et des concours de Sapeurs se tiennent a intervalles regulieres a Kinshasa et Brazza, anime avec l autre chanson fetiche des sapeurs, Dernier Coup de Sifflet de Wemba. L anniversaire de la mort de Niarcos est aussi l occasion de regroupements de ses fans au cimetiere de la Gombe ou il est enterre. En Europe, c est rare de ne pas assister a un evenement congolais sans episodes de concours de sapes, hommes comme femmes. Les ivoiriens se sont fait la chambre d echos de ce phenomene en Afrique de l Ouest avec la deference au bling bling dans le milieu couper decaler. Tout ceci bien avant meme que le mot bling soit une mode aux USA.

Je me rappelle que c etait les ivoiriens qui m avaient introduit a ce concept a l Internat en France. Je me contentais d etre un bon eleve avant, mais apres le cyclone ivoirien, tout ce dont on pensait etait des chaussures Westons, des Burberrys et autes betises, et inspire par les legendes de la sape comme Jo Balard, qui apparait d ailleurs dans le film . Dieu merci, mon sahelien de Pere m a vite remonter les boutons en me rappellant dans une lettre publique, qui devait passer par le directeur de l internat et les professeurs avant de m atteindre, mes obligations et mes devoirs d enfant du Sahel. C etait une humiliation publique saine qui m a remis les choses en perspectives avant que cela ne derape, comme chez certains jeunes kinois de Paris et Bruxelles, pour lesquels la religion Kitendi etait devenue une drogue et poussait a la criminalite pour satisfaire leurs besoins, au point ou les marchands parisiens et bruxellois ne presentait qu une chaussure a la fois a leur clientele africaine. Un des effets positifs de ce phenomene est une industrie textile florissante a Kin qui supporte des marques locales plus abordables pour ceux du pays.

Soukouna


Soukouna,
Ca me rappelle aussi des souvenirs de mon enfance a Paris 🙂
Tu vas chez ces sapeurs, ils n’ont rien chez eux, crevent de faim, mais il faut qu’ils portes leurs griffes.
I never understood this subculture. I thought they were just a bunch of clowns 🙂

Amadou O. Wane


Wane,

Moi, j ai vraiment pris peur le jour ou en me dirigeant vers la gare pour prendre le TGV de retour a l ecole, je me suis retrouve derriere un congolais, habille de la tete au pied, que je prenais pour un voyageur, mais qui se mis aussitot a se baisser pour ramasser les ordures et commencer a arranger les poubelles. C etait un eboueur qui revenait d une soiree de sapeurs. Je me suis dit que si je gagne si peu d argent, les chaussures ne seront pas ma premiere priorite. Ca a vraiment demystifier les habits a mes yeux.

Soukouna