IBK sur une pente sablonneuse

Petit à petit le monde entier se rendra compte de qui IBK est vraiment. Je vous
invite à lire cet article du journal Libération.

«Aujourd’hui, la crise la plus grave au Mali, ce n’est pas celle du Nord, avec les séparatistes touaregs et les groupes terroristes, mais bien celle de la gouvernance au Sud»
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Analyse
Au Mali, le président «IBK» sur une pente sablonneuse
10 Juillet 2014 | Libération | Thomas Hofnung
Absence de progrès dans la vie quotidienne, accusations de
népotisme, critiques du FMI sur la gestion des finances… Ibrahim
Boubacar Keïta déçoit.

Mais où est donc passé le président malien, Ibrahim Boubacar
Keïta, dit «IBK» ? Depuis la débâcle, à la mi-mai, de l’armée
gouvernementale face aux séparatistes touaregs à Kidal, dans le
nord du pays, il fait profil bas. «IBK est atteint mais pas au
fond du trou», assure un diplomate qui l’a vu récemment.

La chute n’en est pas moins vertigineuse. En moins d’un an, ce
vieux routier de la politique malienne, ancien Premier ministre
dans les années 90, a dilapidé un capital de sympathie sans
pareil. Au point que certains, à Bamako, se demandent si l’homme
providentiel que le Mali avait élu à la présidence avec 77,6% des
voix parviendra à achever son mandat de cinq ans. Et de redouter
une nouvelle crise politique en gestation au Sud qui compliquerait
singulièrement le processus de stabilisation du Nord par la
communauté internationale.

«IBK a aligné les maladresses,pointe Souleymane Drabo,
éditorialiste à l’Essor. Il n’est jamais là, toujours entre deux
voyages à l’étranger. Depuis son élection, il n’a fait qu’une
seule tournée dans le pays.» «Il a certes multiplié les
déplacements internationaux, mais c’était soit pour remercier ses
pairs dans la région pour leur soutien pendant la crise avec les
groupes jihadistes, soit pour obtenir une aide financière cruciale
pour le redressement du Mali», rétorque une source diplomatique à
Bamako.

Bougie. Depuis août et son élection triomphale, les Maliens n’ont
pas constaté de changements concrets dans leur vie quotidienne.
Mi-juin, la gestion calamiteuse de fraudes sur les sujets du
baccalauréat a provoqué un tollé : suspectant des fuites, le
ministère de l’Education les a changés la veille de l’examen.
Résultat : le temps que les enveloppes parviennent aux quatre
coins du pays, certains élèves ont dû terminer leur copie à la
bougie ou à l’aide de la lumière de leur téléphone portable. «Les
gens sont inquiets, ils ont l’impression que le pays n’est pas
dirigé», résume Drabo. Pourtant, le président malien avait
enregistré des succès indéniables au lendemain de son plébiscite.
Il avait d’abord réussi à se débarrasser de la junte qui s’était
emparée du pouvoir en mars 2012 après avoir déposé l’ancien
président Amadou Toumani Touré. Sa figure de proue, le capitaine
Sanogo, est aujourd’hui en résidence surveillée, oublié de tous ou
presque. Les élections législatives consécutives à la
présidentielle se sont déroulées dans le calme, conférant une
majorité parlementaire confortable à IBK. Dans la foulée, ce
dernier décrochait une aide financière substantielle de la part de
la communauté internationale : 3 milliards d’euros, dont 800
millions auraient été décaissés à ce jour.

Acides. Mais la machine gouvernementale n’a pas tardé à se
gripper. La présence envahissante de sa famille dans les rouages
du pouvoir a fait jaser : son fils Karim président de la
commission de la défense à l’Assemblée, le beau-père de Karim
président de cette même Assemblée, un beau-frère ministre de la
Solidarité, un neveu ministre de l’Industrie et de la Promotion
des investissements… «On n’a jamais vu ça depuis l’indépendance
!»s’indigne un observateur. «IBK avait fait campagne sur le slogan
“Le Mali d’abord” ! En réalité, c’est la famille d’abord !» raille
une source diplomatique. Celle de sa femme, en l’espèce.

Mais les reproches ne s’arrêtent pas là. Alors qu’il avait
également mis en avant son éthique personnelle, jurant de se
montrer intraitable contre toute forme de corruption, IBK s’est
retrouvé en grande difficulté sur les questions de gouvernance.
Révélés en mars par le Monde, ses liens intimes avec Michel Tomi,
homme d’affaires franco-gabonais propriétaire d’un casino à Bamako
et personnalité-clé du PMU en Afrique francophone, a troublé
profondément son image.

Sur ces entrefaites, IBK a dû encaisser les critiques acides du
FMI concernant des dépenses extrabudgétaires effectuées en
catimini : l’achat d’un avion présidentiel à 17 milliards de
francs CFA (26 millions d’euros) et la signature d’un contrat
d’équipements de base pour le ministère de la Défense via un
intermédiaire, un homme d’affaires proche du clan présidentiel.
«Pourquoi le ministère ne passe pas directement la commande au
lieu d’avoir recours à un intermédiaire ?» s’interrogeait
récemment le représentant du FMI à Bamako, Anton Op de Beke.

Le temps d’en avoir le cœur net (à la faveur d’un audit), le FMI a
décidé de suspendre son aide jusqu’à l’automne. L’UE a suivi en
gelant un crédit de 100 millions d’euros. «Le gouvernement devrait
réussir à payer les salaires des fonctionnaires et les soldes des
militaires, dit un observateur étranger. Mais cela se fera au
détriment des investissements. La reprise de l’aide du FMI est
vitale pour le pays, s’il veut éviter une explosion sociale d’ici
quelques mois.» «Aujourd’hui, la crise la plus grave au Mali, ce
n’est pas celle du Nord, avec les séparatistes touaregs et les
groupes terroristes, mais bien celle de la gouvernance au Sud»,
assure un diplomate.

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A. Karim Sylla