Résultats du BAC – Mali

Cher Talatou, surtout cher Diaby et tous,

Le taux de réussite au bac est réellement très bas et demande une vraie
réflexion.

Comme dit Talatou, tous les acteurs de l’école sont interpellés.
J’ajouterai, tous les partenaires de l’école sont interpellés.

Commençons par voir la configuration des écoles secondaires au Mali.
Plus de 80% des lycées sont privés. Ici, on doit automatiquement penser
aux promoteurs qui sont généralement des “représentants” fonctionnaires
maliens. Ces fonctionnaires se font représenter car la loi ne les permet
pas d’être en même temps et à la fonction publique et au privé. L’Etat à
son tour paie pour chaque élève orienté dans un lycée privé. Si jamais
ton enfant est orienté dans un lycée privé loin de toi et que tu décides
de le rapprocher, c’est la croix et la bannière. Si tu as la chance, on
l’échangera avec un autre élève qui décide de transférer. J’ai déjà fait
l’expérience deux fois. Donc, comprenez Mr Diaby, ce business nourrit
certains hauts fonctionnaires que vous ne pouvez soupçonner. Puis, pour
fleurir ce business, il faut faire passer les élèves. C’est pour cela
que ce n’était pas surprenant quand les medias disaient que certains
promoteurs faisaient parrie des fraudeurs.

Qui sont les enseignants qui travaillent dans ces lycées? Généralement
ce sont les étudiants de la 1ere ou 2eme année de nos facultés. Je n’ai
rien contre eux, mais il faut au moins un pédagogue pour véhiculer le
savoir à ce niveau. En clair, personne ne regarde le profil des
enseignants. Tout compte fait, ça n’aurait rien donné car ceux qui
doivent contrôler sont souvent les vrais promoteurs ou doivent à eux.
Donc, c’est compliqué.

Ce que je dis pour le secondaire est bien valable pour le fondamental.

Quant aux parents d’élèves, Mr Diaby, pensez vous que celui qui paie de
sa propre poche des sommes colossales pour acheter un diplôme pour son
enfant va exiger de lutter contre la fraude? Comprenez une chose, ce
sont des fainéants qui gagne bien leur vie au Mali. Dans un pays où le
docteur est obligé d’aller s’endetter chez l’étalagiste qui ne sait même
pas écrire son nom, pour arrondir son moi alors que des gens, souvent
sans diplôme ou avec des diplômes achetés, possèdent des villas, des
voitures et sont au centre de toutes décisions car ils ont un Tonton
“bien placé”, pensez vous qu’il est facile de convaincre les citoyens de
ce pays d’accorder une valeur aux études? Vous vous trompez.

Je ne “dédouane” pas les enseignants réels, c’est-à-dire les pédagogues,
mais reconnaissons qu’on les accuse souvent à tord.
Pour Talatou, je voudrai bien que vous développiez votre idée de
“zonidication” du bac que se veut national. J’ai compris l’application,
mais pas le bien fondé.
A bientôt.

Dr Moussa TAMBOURA
Faculté des Sciences et Techniques
Université des sciences, des techniques
et des technologies de Bamako
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From: ‘maiga talatou’ via malilink ;
To: M’Paly DIABY
Subject: Re: [malilink] Résultats du BAC – Mali
Sent: Sun, Jul 20, 2014 9:08:11 PM

Bjr a tous/te/s !
Ce sujet est d’importance très capitale comme nous le disons tous ici !
Il n’y a absolument aucun doute qu’un système qui fait échouer 80% ou
plus de ses participants est horrible et a revoir sous tous ses angles:
Dans le cadre de cette revision, tous les acteurs (a des degrés de
responsabilité certes différents) doivent se remettre en cause pour une
bonne critique et autocritique. Le plus grand accent, comme bien
souligne ici, doit être mis sur l’education de base pour garantir un bon
redressement dans une décennie ou une generation (selon la precision et
le degré d’implementation des initiatives de redressement).
Dans le lot des aspects a considerer, pour ne pas revenir sur les
importants angles deja soulignes dans notre échange-ci, il serait
intéressant aussi de voir le pourcentage de candidats s’étant présentes
au Bac avec des moyennes annuelles élevées ou meme très élevées, mais
qui curieusement finissent par échouer au Bac ou par passer avec mention
passable (dans le meilleur des cas).
Ceci a mon avis pose un sérieux problème de méthodes et/ou de contenus
de nos evaluations. En analysant ce problème, il y’aura certes des
implications administratives, déontologiques, pédagogiques,
socio-économiques, etc qui devront être sérieusement discutées pour
donner une bonne chance a un redressement. Ces discussions ne devront
pas donner l’occasion a un “autre forum de plus”, mais a un vrai forum
dont les recommandations seront suivies avec sanctions administratives
s’il le faut.
Dans le cadre de ce redressement, a un moment donne (moyen ou long
terme) il faudrait que notre pays aille vers l’organisation d’un Bac par
zone. La zone (pas forcement géographique dans ce cas-ci), a l’image des
poles actuels de correction du Bac, regroupera un certain nombre
d’Academies d’Enseignement qui auront les memes sujets au Bac, etc dans
le cadre bien sur d’un programme national enseigne sur toute l’étendue
du territoire.
La creation de telles zones aura l’avantage de créer une competition
saine qui rehaussera les niveaux et les résultats aux examens. Elle
permettra une plus grande implication des parents et de tous les autres
acteurs scolaires. En plus de tout cela, le pole agira cependant sous le
contrôle du Ministere en charge de l’Education qui élaborera des
gardes-fous (pour garantir une competition saine et éviter qu’elle ne se
transforme en occasion de gonflement de notes, etc). Le Ministere en
charge de l’Education aura la l’attitude d’intervenir et de mettre sous
tutelle toute zone ou les choses sembleraient piétiner, etc.
Enfin, autre avantage par ces temps qui courrent, un examen par zone
limitera bien les possibilités et l’envergure des fuites des sujets
d’examens-meme si j’ajoute que je ne pense pas qu’il y ait eu de fuite
au Bac cette année. Au DEF oui !
Merci a tou/te/s pour l’échange et bonne soiree !

Talatou A. Maiga
University of Utah

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Le Dimanche 20 juillet 2014 13h35, ‘M’Paly DIABY’ via malilink
a écrit :

Bonjour Mr Sylla et tous,

Moi j’ai une autre interprétation de ces 84 % d’échec au bac.
Bravo auxenseignantss, aux autorités et au parents d’élèves d’avoir de
choisi délibérément de compliquer un peu plus l’avenir d’au moins 84 %
des jeunes du pays. Je considère que un taux de réussite à un examen tel
que le bac est honte pour tout le Mali et veut dire beaucoup de choses.
Le Mali est le seul pays au monde avec des taux de réussite en dessous
des 20 %. Chez nous les enseignants n’ont pas honte de dire qu’il y a eu
dans leur classe 5 admis sur 30 élèves. Les ministres n’ont pas honte et
n’ont aucun scrupule d’annoncer leur échec enannonçantt de tels
résultats le monde à travers. Personnellement, à leur place j’aurai
honte. Imaginez un employé dont la réussite n’est que de 16% ou moins
tous les ans. Ce n’est pas compliqué soit il se remet en question et
fait mieux soit il est viré. N’oublions pas que les enseignants et les
minsitres sont payés pour donner à a jeunesse un savoir et des
compétences qui vont lui permettre de s’en sortir demain. Sont-ils
conscients de leur job et de leur responsabilité. Je ne le crois pas et
les parents d’élèves sont là à se plaindre de ces résultats sans
broncher depuis l’époque de Moussa Traoré et son UDPM.

La solution à ce problème n’est pas forcément compliquée. Les parents
d’élèves doivent en premier jouer leur rôle de défense de la jeunesse en
participant activement à l’instruction de leurs enfants à travers des
associations et en rappelant aux enseignants et aux autorités leur job
et leur responsabilité. Les associations de parents d’élèves doivent
être obligatoires dans toutes les écoles afin de rapprocher les parents
de l’école et de les responsabilité également. Bien d’autres solutions
doivent exister bien sûr.

Bien à vous tous
Mr Diaby

De : ‘A. Karim Sylla’ via malilink
À : Malilink Liste
Envoyé le : Dimanche 20 juillet 2014 18h19
Objet : Re: [malilink] Résultats du BAC – Mali

Un peu moins de 17000 admis sur près de 104 000 candidats; le taux de
réussite est de 16,24% (pour être précis) – soit 3 points de plus que
l’année dernière.

Une autre façon de voir ça est que 84% de ceux qui arrivent en terminal
sont d’un niveau tellement bas que même leurs propres enseignants
pensent qu’ils doivent chercher un métier autre que ceux que la filière
universitaire offre.

Et pour les 16%, la tâche est également ardue. Je faisais une recherche
sur des universités au Canada et j’ai vu que certaines indexaient le
Mali directement — le bac malien n’y est accepté qu’après une année
préparatoire ou bien une année passée au supérieur au Mali. Alors que la
même exigence ne s’impose pas au bac des pays voisins (RCI, BF, Sénégal).

Tant qu’on ne va pas doubler, tripler ou quadrupler le nombre de classes
et d’enseignants au primaire cette situation ne va pas s’améliorer. Mais
le pays est déboussolé quand il s’agit des priorités.

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A. Karim Sylla