Bulletin IV : Évolution du Budget dans le Temps – 2004 à 2014

Un clin d’œil à notre ami Stephane. Quand une économie s’accroît de 4,1% (PIB) et qu’en même temps la population s’accroît de 3,2% alors la croissance du PIB/habitant est de 0,87%. Si on tient compte de l’inflation de 2,7% alors la croissance réelle du PIB/habitant est négatif: -1,9%!

Ces chiffres représentent la moyenne de ce qui s’est passé au Mali entre 2004 et 2013. Ça rappelle quand GMT disait dans ses messages de nouvel an “cette année sera encore plus difficile que l’année passée” – et cela, année après année. Il va sans dire que le Mali a besoin d’une très forte croissance; et orienter toutes les ressources possibles vers les secteurs productifs de l’économie, en premier lieu les investissements en infrastructure et moyens de production qui supporteront la croissance. Ou en est-on?


Bulletin 04 : Évolution du budget dans le temps – 2004 à 2014

Dans la première moitié de la décennie des années 2000, le Mali a bénéficié de 2 initiatives qui ont vu la réduction drastique de sa dette. Les programmes PPTE (pays pauvres très endettés) et IADM (initiative d’allègement de la dette multilatérale) ont réduit la dette extérieure malienne à près de 70%. Les ressources libérées du service de la dette devaient servir dans les dépenses de santé, éducation et agriculture.

De 2004 à 2014 le budget a presque doublé — passant de 787 milliards à 1559 milliards CFA. Cette augmentation d’environ 772 milliards (+98% d’augmentation) a été irrégulièrement repartie dans les lignes budgétaires. La part du “social” est en forte progression — il y a un accroissement des subventions et transferts, et aussi une augmentation très significatives du volet “salaires” qui passent de 16 à 21% du budget. Cela est due en grande partie à l’inclusion des vacataires et fonctionnaires des collectivités, au recrutement mais aussi à l’amélioration des traitements.

BudgetGraph1

 

Les 772 milliards d’augmentation ont été ventilé comme suit:
* 27% ont été engloutis par les (nouveaux) salaires
* 25% par la rubrique “Autres dépenses / Transferts et Subventions
* 10% dans les rubriques budgets annexes, bourses et dépenses électorales
* 10% dans le budget de fonctionnement (matériel, transport, missions, énergie, communication)
* 21% dans les investissements

En fait plus 52% de l’augmentation a été englouti par le social; seulement 1 franc sur 5 nouveaux francs va dans le domaine des investissements publiques. Ceci dit, le fonctionnaire malien est tellement mal payé que toute augmentation de salaire va directement à la consommation — chose qui n’est pas mauvaise en soi surtout si cette consommation est locale.

BudgetGraph2

Une plus grande anomalie est que 48% des investissements au Mali proviennent d’apports extérieurs – il va s’en dire que cette situation de dépendance est assez singulière. Même si le budget 2014 fait nettement mieux que celui de 2004; le ratio était alors de 66%.

Mais la fragilité chronique existe si on tient compte du fait que les recettes de l’état sont très peu diversifiées. Sans l’appui budgétaire extérieur et l’apport crée par les mines d’or, le Mali serait incapable de financer les investissement publiques ou même faire fonctionner l’administration décemment.

Le budget a été en augmentation constante depuis 2004 mais cela ne semble pas avoir d’effet sur la croissance économique réelle. De 2004 à 2013, la croissance moyenne se situe à 4,1%, l’inflation à 2,7% et la croissance de la population à 3,2%. Le tableau ci-dessous donne les détails historiques. En terme réel, le Malien moyen s’est appauvri : en 2013 il se retrouve avec 84,5% de son pouvoir d’achat de 2004 (-1,9% par an pendant 9 ans). Pendant cette même période le budget de l’état double.

BudgetGraph3

Et le Mali est à la traine. Il ne suffit pas de faire des comparaisons dans le voisinage immédiat. Certains pays (enclavés) arrivent à dégager cette croissance à deux chiffres que le Mali doit ambitionner pour au moins les dix années à venir. Le graphique ci-dessous compare la croissance économique du Mali à celle de l’Ethiopie et de la moyenne des pays pauvres. Il est évident que le Mali n’est pas le meilleur élevé.

BudgetGraph4

Des propos attribués à Albert Einstein (ou Benjamin Franklin) disent que « le comble de l’absurdité est de répéter les mêmes gestes et s’attendre à des résultats différents ». Il faut que les lignes bougent au Mali. La croissance à 2 chiffres ne tombera pas du ciel.

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A. Karim Sylla


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