Le Budget Malien V: Qu’est ce qu’Internet nous coute?

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Bulletin 05: Qu’est ce qu’Internet nous coute?

Le Conseil Économique, Social et Culturel est une des institutions de la
République prevue par la Constitution. L’article 106 le présente
comme-ci: “Le Conseil économique, social et culturel a compétence sur
tous les aspects du développement économique, social et culturel. Il
participe à toute commission d’intérêt national à caractère économique,
social et culturel”. C’est assez vague comme définition, mais les 7
articles qui suivent expliquent son domaine d’intervention, mode de
fonctionnement, le choix de ses membres, etc.

Son principal attribut est qu’il doit être consulté sur chaque projet de
loi des finances; il est composé des représentants de syndicats,
patronat, collectivités, associations, maliens de l’extérieur, ainsi que
des cadres supérieurs de l’État. Il se réunit 2 fois par an pour 15 jour
au maximum. Son budget annuel est de 1,28 milliards CFA par an.

Dans ce budget, il y a 38 millions CFA (chiffre rond) dédié à Internet –
rubrique “3-626-12” (“Frais d’internet”). Selon le texte justificatif,
la “dotation est destinée à la prise en charge de l’abonnement à
l’internet, l’entretien du réseau internet, la maintenance et les
dépenses liées à l’animation du site web du CESC.” Pour une institution
dont les membres ont tous un autre job, c’est quand même étrange de
payer une somme aussi élevée; non?

Le conseil est supposé avoir un site web (www.cesc.insti.ml); le
problème est que le site n’existe pas, ou est inaccessible. Cela laisse
l’abonnement à Internet et “l’entretien du réseau Internet” comme
justificatif des 38 millions – je ne suis pas sûr de ce qu’ “entretien
du réseau Internet” veut dire. Entretien de quoi? Les cables? Les
routeurs? Cela ne pourrait pas couter plus que quelques centaines de
milliers de francs.

A quoi servent les 38 millions? En fait, il est difficile de voir
comment le CESC peut dépenser 38 millions pour Internet puisqu’une ligne
de 4 Mbps ne coute que 3 360 000 FCFA par an (ADSL) – ça devrait être
assez pour une institution dont les membres travaillent juste 1 mois
dans l’année. Que font-ils avec le reste de l’argent?

S’agit-il alors de lignes individuelles? 38 millions peuvent acheter 117
abonnements de 384 kbps (Réseau Orange). Le Conseil a 58 membres et 30
agents permanents*. En tout 88 personnes. Meme si on leur prend chacun
une ligne à leur nom, le compte n’y est pas. En tout cas, ça me parait
bizarre, d’autant plus qu’en 2010 le budget Internet de CESC n’était
“que” 22 millions FCFA (soit 73% en plus). Le cout de l’abonnement à
Internet n’a pas augmenté.

Ceci dit, tout n’est pas aussi “bizarre”; la Cour Supreme (une autre
institution de la république), a un budget “raisonnable” de 4 669 000
FCFA. Et en 2010? Exactement 4 669 000 FCFA. Pas 1 franc de plus, pas 1
franc en moins.

Pour le budget d’État il y a un total de 708 millions CFA inscrits dans
les rubriques 3-626-12 (428 millions CFA en 2010); mais ce chiffre est
seulement un minimum, parce que plusieurs départements enfouissent leurs
dépenses dans d’autres rubriques.

Ces départements (Présidence, Primature, Assemblée, ministères, etc.) ne
détaillent pas leur cout – Pour la présidence, c’est un mélange
incompréhensible – les “travaux d’extension du site Web” sont liés aux
“besoins spécifiques d’investissement de la Sécurité d’Etat” dans une
même dotation budgétaire de 250 millions CFA. À la primature,
“l’abonnement à la presse et à internet” fait partie de la dotation qui
englobe les fonds de souveraineté du PM. Au ministère des affaires
étrangères, le budget Internet est inscrit dans la même dotation qui
prend en charge la “location de véhicules pour la couverture de certains
événements” (93,8 millions CFA). Au ministère de la santé, Il y a une
rubrique 3-626-12, mais aussi plusieurs dépenses Internet enfouies dans
d’autres rubriques (Frais postaux, Programmes de communication,
Programme SIDA, Programme Palu, Programme Dracunculose, etc.) Au
ministère de l’énergie, il y a 6 795 000 FCFA pour “la prise en charge
des besoins de formation en Informatique et Internet des membres du
Cabinet.”

Dans la plupart des cas où le 3-626-12 n’est pas utilisé, le cout
d’Internet est groupé avec celui du téléphone.

J’arrive à une estimation de 894 millions FCFA pour seulement les
ministères et les institutions. En utilisant des moyennes capées par le
prix de la ligne de 4 Mbps.

Y-a-t-il un moyen de réduire ces couts?

Au Mali, il y a 2 fournisseurs de services (si on ne compte pas les
revendeurs); dans le moyen terme (~ 3-5 ans), Internet et le téléphone
doivent être groupé en un et unique service. Les 2 prestataires (bientôt
3 si Alpha Telecom voit le jour) devront être appelés à faire une offre
de prix pour remporter le marché de la téléphonie de l’État. Avec la
technologie existante, les services administratifs pourront garder leurs
numéros et changer de fournisseurs sans interruption de service –
SOTELMA et ORANGE s’y opposeront, mais ces 2 entreprises devront à un
moment ou à un autre ajuster leur prétentions.

Dans le court terme, les services Internet devront être négociés de
façon globale avec les 2 fournisseurs pour qu’il y ait un prix “Etat
Malien”. Chaque ministère, direction ou service aura une seule ligne;
pas de connexion personnelle. L’État Malien ne doit pas payer de ligne
Internet pour le domicile d’un fonctionnaire – sauf dans les cas
exceptionnels, comme les besoins sécuritaires. Et éliminer les
aberrations, tel que le cas du CESC.

Il faudra également créer un système d’adresse email pour la fonction
publique – example: Fanta.Diarra@administration.ml; cela éviterait les
yahoo.fr, cefib.com ou gmail.com qui font légion aujourd’hui. Le
benefice sera double; les emails intra-administration ne passeront plus
par Washington ou Bruxelles, mais Souleymanebougou; et la bande passante
extérieure du Mali se trouvera soulagée. Pourquoi administration.ml au
lieu de sante.gouv.ml ou finances.gouv.ml? c’est parce qu’au Mali on a
tendance à changer le nom des ministères à chaque remaniement; de plus
cela permettra aux fonctionnaires de passer d’un service à un autre sans
interruption de mail.

Last but not least, il faut créer une direction de la technologie
rattachée à la primature qui élaborera la politique d’utilisation de
l’outil Internet; sera en charge du service email de la fonction
publiquesera en charge de la maintenance (pas le contenu) de tous les
sites relevant de l’administration; veillera à l’élaboration et
l’application d’une politique de cyber-sécurité; et sera responsable des
relations avec les fournisseurs. Son premier job sera de mettre en place
un modèle unique (template) pour tous sites web de l’administration.
Pour éviter la cacophonie qui existe aujourd’hui.

(*) Le nombre des membres du Conseil est fixé par la loi. Ces chiffres
datent de 2006, et comme je n’ai pas trouvé une loi rectificative, je
suppose que le chiffre de 58 n’a pas changé.

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A. Karim Sylla


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