Éliminer les véhicules de service

Bonjour Sylla,
oui, je connais le salaire des fonctionnaires. Et il est anormalement
bas. Et la seule façon de l’augmenter c’est que l’Etat réduise ses
dépenses ailleurs.

Oumar aussi pose (presque) la même question. Je veux vous dire à tous
les 2 que le rôle de l’état n’est pas de permettre à tous les
fonctionnaires d’acquérir un véhicule. Même aujourd’hui tout le monde
n’y a pas droit si on suit les textes en vigueur. J’ai donné les
exemples pour qu’on puisse tous avoir une idée des couts approximatifs.
Personnellement je pense qu’à part des cas bien spécifiques, personne ne
doit avoir droit à un véhicule de service. Tout le monde doit se
débrouiller pour arriver sur son lieu de travail. Les services doivent
avoir un nombre de véhicules nécessaires pour les déplacements indiqués
par le travail. Sans plus.

Il y a quelques années, dans un ministère dont je tairais le nom, il y a
avait un total de 175 véhicules; la plupart étant des legs de projets
internationaux. Le budget “frais de réparations” dudit ministère était
de 13 millions CFA par an. Mais avec 175 véhicules, le ministère s’est
retrouvé avec une facture de 18 millions CFA pour les 3 premiers mois de
l’année. S’en est suivit une réunion d’explication où les textes ont été
sortis et relus. Il se trouvait que seulement une dizaine de cadres dans
le ministère avait droit à un véhicule de service. Le ministre ne
voulant pas frustrer tout ce monde a pris une décision de Salomon: tout
le monde pouvait garder “son” véhicule de service, mais seulement
ceux/celles autorisés par les textes pourront les faire réparer aux
frais de l’état. Le reste devraient se débrouiller. Parmi ceux-là il y
avait des gens (dont une secrétaire) qui n’avait pas les moyens
(salaire) d’entretenir un véhicule. N’est ce pas le comble de
l’aberration? Ce véhicule a une valeur monétaire qui finira pas devenir
zéro faute d’entretiens adéquats. Et qui perd? Le contribuable.

C’est ce gâchis-là qu’il faut résoudre. Il y a beaucoup de
fonctionnaires parmi nous. Revoir, rééquilibrer et rationaliser les
dépenses de l’état sont plus à leur avantage qu’au citoyen lambda. Nous
autres allons gagner parce qu’il y aura plus d’argent à investir dans
des écoles, dispensaires et routes. Pour les fonctionnaires il s’agit
aussi de gagner leur vie décemment. Par exemple, si on arrime le salaire
du fonctionnaire sur le taux d’inflation, beaucoup de “problèmes”
auraient disparu: 1,84% d’augmentation de salaire chaque année pendant
10 ans donne 20% de plus en total.

Juste pour pousser la discussion un peu loin. Il y a, disons, 60 000
fonctionnaires maliens – si on leur accordait tous une augmentation de
50 000 FCFA/mois (que ton salaire soit 60.000 ou 300.000, tu reçois
exactement 50.000 F de plus), l’incidence sur le budget sera de 3
milliards par mois. Soit 36 milliards par an. Comment donc économiser 36
milliards pour payer le fonctionnaire malien 50.000F de plus par mois,
quelque soit sa catégorie? Les négociations avec l’UNTM doivent porter
sur ça, à mon avis. C’est à dire comment et où réduire les budgets de
fonctionnement pour couvrir l’incidence financière des augmentations. Il
faut pousser l’état malien à faire plus que ce que l’UNTM demande.

Il faut dénicher et éliminer tout ce qui est “bizarre”. Quand tu
parcours le budget malien, les même services sont entrain d’acquérir du
matériel informatique années après années, sans fin. Alors que j’ai le
même ordinateur depuis 2010. Tous les services ont un budget “Frais
Postaux”; combien de fois l’administration utilise vraiment la poste? Un
ancien DAF m’a expliqué que les DAF s’arrangent avec quelqu’un à la
poste qui fait une fausse facture et un nombre de gens se partagent
l’argent de la ligne budgétaire. Dans le budget 2014, il y a un total de
682 millions CFA de frais postaux. A qui on envoie tous ces courriers
dans un pays où les gens n’ont même pas d’adresse?

Le fonctionnaire est mal payé. On peut mieux le payer si on dépensait
mieux nos maigres resources. Et mieux encore, on pourrait faire
bénéficier le reste de la société.

______________
A. Karim Sylla


Pendant que mon grand frère AgMai- Kagamé séjourne à Paris, je me retrouve moi du coté de Kigali dans la très belle capitale Rwandaise. Oui le Grand Rwanda comme ils le disent ici: Rwanda Rugari!
Je suis arrivé dans cette merveilleuse ville en fin de semaine passé juste au moment où sur ce réseau, nous échangeons sur l’expérience Rwandaise qui a consisté à réduire le parc automobile au minimum nécessaire.

C’était donc pour moi le lieu idéal pour impliquer mes collègues et amis Rwandais dans la discussion sur Malilink.

Ma première question fut: On dit ailleurs que votre président est un dictateur, qu’en pensez vous?
La réponse est sans équivoque bien qu’indirect: “On disait ra même chose de Khadaffi mais res rybiens re regretteront jusqu’à ra fin de reurs jours. Pas seuremet res rybiens mais beaucoup d’africains. Khaddafi a fait prus pour r’Afrique que tout r’occident reuni.” (si vous avez des difficultés à lire ce qui précède remettez les “L”  à la place des r en couleur. Je continue en français facile)
Il continue: “nous préférons un dictateur qui construit son pays et s’occupe du bien être de son peuple qu’un démocrate qui ruine son pays et se préoccupe de sa famille et de ses amis. Aujourd’hui notre Rwanda avance doucement mais surement.”

Après ce discours passionné et sincère de mon ami “hutu” s’il vous plait, j’enchaine ave mon actualité portant sur les véhicules de l’état.
Sa réponse est la suivante:
Waou! il fallait être là!
Kagamé lors d’une réunion avec les différents ministres en dehors de Kigali en pleine campagne, mentionna comme point de divers les COÛTS ELEVES du parc automobile de l’état et demanda aux ministre du transport et aux autres ministres, quelles solutions peuvent être apportées pour réduire ces coûts. Il nous faut avoir une solution aujourd’hui et tout de suite. Cette situation ne peut plus continuer. Il faut qu’on s’entende sur ça pour l’intérêt des Rwandais.
Après maintes simulations et scenarios plus ou moins similaires, l’équipe des ministres et son président proposa que tous les véhicules non nécessaires soient recensés, garés et mis en vente. L’état mettre ensuite en place des mesures pour s’assurer que les ministres et quelques responsables clés puissent se procurer des véhicules personnels à moindre frais.  Fin de la réunion avec mention que le ministre du transport est chargé de l’exécution de la présente décision prise en conseil de ministre délocalisé.

les jours passent et rien ne se passe, les habitudes sont têtues. Le président appelle son ministre des transports pour lui rappeler que la décision prise en conseil de ministre prend du temps à être appliquée. Le ministre répond dans le langage de ceux qui ne veulent pas avancer “patience M. le Président, nous sommes là dessus, ça va arriver bientôt, on est vraiment la dessus”

les jours passent, rien ne se passe, Kagamé appelle le Directeur Général de la police et lui INSTRUIT de demander à ces agents de se placer dans toutes les artères de la ville et d’arrêter tous les véhicules de l’état et les garer au stade quelque soit la personne qui est à l’intérieur.

Aussi tôt dit, aussi tôt fait. Les policiers sont partout. Un ministre sort de son bureau et comme d’habitude est conduit chez lui dans sa résidence ministérielle. Quelques minutes plus tard, le véhicule est arrêté par des jeunes policiers à une intersection. Le dialogue:
Le Policier: Bonjour, nous avons reçu l’ordre d’arrêter le véhicule.
Le chauffeur: Il s’agit du ministre dans le véhicule, vous faites erreur.
Le Policier: Oui nous le savons bien, mais nous devons arrêter le véhicule.
Le Ministre: Vous savez qui je suis moi, je suis le ministre de…….., vous allez vous attirer des ennuis, j’appelle tout de suite le Directeur Général de la police, vous allez le regretter.
Le Policier: M. le Ministre, un collègue va vous accompagner et une fois arrivé chez vous il revient avec le véhicule.
Le ministre était sur les nerfs et n’écoutait même plus.
Le Ministre: Allo le DG de la police, c’est M. le Ministre de la ….., un de vos agents veut immobiliser MON véhicule.
Le DG de la police: M. le Ministre, si vous ne voulez pas prendre un taxi pour rentrer chez vous, écoutez ce que vous dit ce jeune policier. Faites le monter avec vous et remettez lui le véhicule, c’est un engagement que vous avez pris en conseil de ministre.
Il n’y a plus d’autres recours, le ministre comprends que les choses ont changé, il s’exécuta.
Le lendemain le stade était plein de véhicules qui sont ensuite expertisé et mis aux enchères.

Je demande à mon ami, donc les ministres n’ont plus de voiture de l’état?
Non, mais Ils ont des voitures personnelles toutes neuves qui ont été importées hors taxes et l’état leur a payé les 50% des frais, mais les voitures restent personnelles et sont maintenus à leurs charges. En plus tous les ministres vivent dans leurs propres maisons ou louent des maisons, ils ont une indemnité logement et paient eux mêmes leurs factures d’eau et d’électricité. Aucun ministre ne vit aujourd’hui au Rwanda dans les propriétés de l’état.  Avec ses mesures, ce sont des milliards d’économie qui ont été réalisés.

Et Kagamé lui même, ne s’est il pas enrichi pendant ces années au pouvoir?
En ma connaissance et ce qui est dit au pays, il dispose d’un petit appartement dans son village et de quelques vaches.

Son mandat fini dans deux ans, va t-il se représenter?
Je souhaite vous dire oui, mais malheureusement NON et je le regrette. Je crois que nous avons encore besoin de lui.

Mais il n’est pas le seul Rwandais compétent?
Oui, c’est exactement ce qu’il a répondu aux journalistes qui lui ont posé la question s’il va faire comme ces président africains qui falsifient les constitutions pour se maintenir au pouvoir.
Il leur a répondu: c’est une insulte au peuple rwandais que de dire que je vais rester au pouvoir pour parachever un quelconque projet. Le Rwanda a existé avant moi, je suis arrivé placé ma brique, et je m’en irais, d’autres rwandais viendront placer les leurs. Je resterais rwandais et participerais autant que je peux au développement de mon pays.

les gens peuvent dire ce qu’ils veulent de Kagamé, mais tu es là et tu vas rencontrer beaucoup de rwandais, pose leur la question. Cet homme est entrain de changer ce pays. Il peut avoir fait des erreurs ou commettre des bêtises, mais personne ne peut lui reprocher de ne pas oeuvrer pour bâtir un GRAND RWANDA, un Rwanda où le Rwandais est conscient de sa part de responsabilité.

Donc mon ami, tu veux me dire que Kagamé n’est pas dictateur?
Si c’est ça la dictature, franchement je ne souhaite pas avoir de démocratie en remplacement de cette dictature là.

Depuis dimanche que je suis là, j’ai rencontré beaucoup de Rwandais, dans la rue, dans des écoles, dans des restaurants, à l’aéroport, dans les marchés, dans des espaces de jeux, cette fierté nationale est présente. Cette appréciation de l’approche Kagamé est là. Des hutus au tutsi, c’est le même discours, nous revenons de très loin et cet homme a joué un rôle que vous ne pouvez pas comprendre dans la réconciliation des esprits. C’est un grand homme. Ni la France ni l’occident ne détiennent le baromètre d’appréciation de la grandeur d’un homme.

Enfin, Kigali est une ville extrêmement propre. Ma grande soeur de la poubelitique doit venir voir comment ils arrivent à le faire et importer chez nous. Je vais aussi me renseigner sur comment ils y sont arrivé.

Bonne nuit!
Kigali sous la pluie depuis hier soir!
05/08/14
Mohamed Ag Acharom