Ebola – la triste réalité à la frontière sénégalo – guinéenne

Ce que j’ai noté du côté sénégalais à partir de mes lectures et échanges, c’est l’existence d’une psychose réelle et ceci du paysan au membre du gouvernement.

J’en discutais avec un ami épidémiologiste cette semaine et il me disait que lorsque le patient guinéen arrivé à Dakar avait été signalé comme un cas positif d’Ebola, il semblerait que le quartier où il résidait avait été déserté par ceux qui parmi les voisins avaient la possibilité de résider temporairement ailleurs, le temps de savoir ce qu’il en était. À l’échelle du pays (et pas seulement à Dakar donc), les pharmacies ont été prises d’assaut par les populations: dans certaines d’entre elles il y a eu une pénurie de savons. L’eau de javel a été achetée en quantité industrielle. Les fêtes de certains mariages et baptêmes ont été repoussées ou réduites à leur strict minimum pour éviter les attroupements. Dans l’article sur les gargotes, il y est dit que les gens venaient dans ces restaurants informels, se lavaient les mains, mangeaient et repartaient sans tarder. Les serrages de mains et salamalecs ont été réduits donc. C’est assez spécial dans un pays où une épidémie de choléra sévissait il n’y a pas si longtemps sans que les comportements ne changent de façon drastique. Là on observe clairement une mise en avant de la santé, au-devant même de la tradition.

Qu’est-ce qui a changé ? Est-ce le traitement de l’Ébola par les médias internationaux ? La pression des pays occidentaux ?

Selon un autre ami, il faut prendre en compte le niveau relativement élevé d’alphabétisation dans le pays pour ce qui est de l’intégration des informations reçues. Et pour le vecteur de l’information, selon l’UNICEF, 87.5% de la population sénégalaise disposerait d’un téléphone cellulaire.

Toujours est-il qu’en termes de pression, c’est surtout le gouvernement sénégalais qui en a, mais de la part de sa propre population. Sur la question de la fermeture des frontières, sur les réseaux sociaux beaucoup de sénégalais disaient très clairement que Macky Sall n’était pas fou pour laisser la frontière guinéenne ouverte sans prendre les dispositions nécessaires.

Au-delà de cette épidémie, moi j’y vois surtout une prise de conscience au niveau des populations que leur salut se trouve entre leurs propres mains. Clairement, les gens ne se disent plus qu’ils doivent faire ce qu’ils ont à faire (tradition vidée de son sens et réduite à l’imitation de faits et gestes figés dans le temps – ce que Sarkozy a maladroitement exprimé dans son discours), et qu’il suffit de laisser le reste entre les mains du Bon Dieu (relire l’article sur les gargotes).

Est-ce le début de la fin de la mentalité fataliste ?

Mon ami épidémiologiste est convaincu qu’il n’y aura pas de grave épidémie d’Ebola au Sénégal. Il m’a dit en wolof: “C’est quand la dernière fois que tu es allée au pays ? Tu sais, le sénégalais parle beaucoup et aime jouer au fou mais il est très loin d’être fou !”.

Je pense qu’il veut dire que les populations sont en train devenir pragmatiques.

Ndack