Document original de la MINUSMA

Soukouna,
Ce que tu dis est bien possible — c’est à dire un “accord” au sein d’un accord (léger) d’Alger. On signe à Alger un document vague et puis “wink-wink” on laisse les rebelles faire ce qu’ils veulent avec peut-être quelques garde-fous. Tout le monde sauve sa face.

Le problème avec ça c’est qu’aujourd’hui il n’y a pas un seul mouvement, mais plusieurs mouvements. Hier le contrepoids c’était Gando Koy; aujourd’hui il y a un foisonnement de ces groupes qui — à terme — les rendront complètement incontrôlables. Ce que je vois c’est que avant même que l’encre ne soit sec sur ces accords, un nouveau foyer de tension naîtra. Comprends bien qu’aujourd’hui personne ne fait confiance en l’état malien.

La deuxième source de problème avec un “accord”, c’est la rue. A mon avis, il faudrait simplement une étincelle pour que le socle même de l’état malien se disloque. Malgré les rétro-pédalages de l’ex-PM Mara sur certaines dispositions de l’accord, la voix officielle continue à dire qu’il y aura des lignes rouges; pas rougeâtres et pas oranges.

Le troisième problème — le plus grand à mes yeux — est que l’autonomie n’existe pas dans la Constitution du Mali; certains changements administratifs entrent dans les compétences des faiseurs de lois, mais ceux envisagés par les rebelles demanderont un changement de la Constitution du Mali. Chose qui nécessite un référendum.

Dans le camp des rebelles, les choses sont allées tellement loin qu’il ne peut y avoir un retour en arrière et un acceptation des lignes rouges.

C’est pour ça que je ne vois pas un accord signé de sitôt. En somme, si ce n’est les djihadistes qui plantent des bombes ici et là, ce “cessez-le-feu” arrange tout le monde — IBK ne sera pas celui par qui le Mali a été divisé; et les rebelles auront une indépendance de facto — chose qui serait déjà acquise, n’eut été la naissance du GATIA et la scission du MAA. Le problème est que le temps ne joue pas en la faveur du Mali.

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A. Karim Sylla


On Jan 25, 2015, at 9:16 PM, Souleymane Soukouna wrote:

AKS,

Je crois que l erreur que tu fais dans ton analyse est la credibilite que tu donnes a IBK et meme les intentions des boss du MNLA. Les lignes rouges d IBK n existent que pour l imaginaire sudiste, on veut un president autoritaire, IBK leur a servi ce qu ils voulaient entendre sinon dans la pratique, ces lignes ont ete systematiquement battues en breche depuis qu il les a trace. Le Mali a zero controle sur le Nord ,et apres le Kidal de Mara, sa presence n est meme plus symbolique. Un accord sera signe par Bko parce qu IBK ne pourra faire autrement, surtout avec la crise qui s accroit.

La seconde erreur est que tu ne peux pas envisager un accord a cause de l impossibilite d une application methodique et unilaterale. Un accord applique a la lettre est un evenement rare en Afrique, ca demande beaucoup de volonte politique de tout les cotes, de l argent et d autres resources, meme sans la complexite de la situation malienne. Il n y aura pas un accord mais plusieurs accords dans l accord, si on peut dire cela, ou encore a chacun son accord.

L accord pour la communaute internationale represente d abord une etape necessaire a ce qu elle voit comme sa mission principale, la stabilisation du Mali qui commence d abord a une normalisation du Nord sur le plan securitaire, c est a dire la regularisation des mouvements rebelles, appellons cela FAMA Etendues, en pratique une representation symbolique des FAMA, probablement pas enormement plus que ceux qui y sont deja, plus les forces territoriales/regionales etc qui seront les rebelles sous uniforme FAMA mais en realite intactes dans leurs structures de commandement. Cette “domestication” est importante parce qu elle tombe dans la logique de capacity building ou peace building selon la theologie onusienne. Elle permettra techniquement le retour des refugies et s inscrira dans la logique du succes onusien.

Pour la France, ils s en foutent aussi longtemps qu ils n auront pas a jouer aux gardiens de jardin d enfants pour maliens. Ils veulent se concentrer sur le terrorisme et le Mali rentre dans un ensemble pour eux. Le MNLA peut appeller l Azawad tout ce qu ils veulent, cette region comme le reste du Mali fait partie pour les francais d une zone d operation qui s etends de la Mauritanie au Soudan.

Pour IBK ce serait de pouvoir continuer ses voyages sans qu on l emmerde sans cesse sur les accords d Alger, on remarquera que dans le pre accord on parle surtout d application immediate de l accord surtout au Nord, le reste du pays peut attendre, il est pret a continuer a fustiger tout ce que les maliens veulent qu il fustige sauf lui meme, il a son avion et sa presidence, le reste ne l interresse pas parce que, entre nous, qui s attends a que les choses changent fondamentalement pour ce pays? IBK a occupe le pouvoir depuis longtemps et il sait mieux que quiconque ses limites et celles du pays, il n est pas fou, c est pour cela qu il agit dans l insouciance.

Pour le MNLA et Co, avec un accord qui maintient le statu quo actuel, ils ont tout ce qu ils cherchent, l independance sans le nom et les prebendes qui viennent avec pour les boss, et crois mois, aller faire des emplettes au marche de Gao est le dernier des soucis de leurs chefs. Il ne veulent meme pas que les gens de Gao aillent au marche de Kidal. Ils voient Alger comme plus comfortable que Bko de toute facon, les produits algeriens les satisfaient et les circuits sont bien developpes.

L accord est essentiel pour nous parce qu il focalisera les efforts a des reformes au Sud qui, esperont le, permettra ultimement un ensemble politique qui, non seulement reconnaitra la realite du terrain a Kidal comme un accord potentiel le fera, mais l integrera dans le fonctionnement du pays de sorte que Kidal soit pleinement en sync avec le reste du pays et non une republique autonome. Il n y aura plus de guerre, la frontiere vient d etre officiellement trace, c est a nous de prendre conscience de cela et exiger des reformes sur l ensemble du pays. C est ce que doit representer l accord pour nous qui est une opportunite de preserver le Mali. Un accord veut dire un combat plus effectif contre le terrorisme donc moins de chance que le MUJAO et le MNLA se metamorphosent en Boko Haram, et donc plus d opportunites pour repenser le Mali dans la paix, ca c est la facette primordiale de l accord pour le Mali.

Soukouna


Soukouna, il n’y aura pas d’accord à Alger
tout simplement parce que IBK ne peut pas donner aux
rebelles ce qu’ils veulent et eux ne peuvent pas revenir
au Statu Quo.
IBK en tout cas semble être
convaincu que nous sommes sur la bonne voie — il pense que
le temps joue en la défaveur des groupes armés; je pense
qu’il se trompe énormément. La situation telle
qu’elle existe aujourd’hui arrange plutôt les
trafiquants en tout genre….je copie une partie de son
discours du 20 Janvier ici. Quel est l’intérêt pour
Ag Najim d’accepter de retourner dans le giron de
l’état malien? Les gens du MNLA savent aujourd’hui
que s’ils déposent les armes, leur sécurité ne sera
plus garantie. Pensez-vous que Bilal Ag Cherif pourrait
aller faire des emplettes au marché de Gao, comme si de
rien n’était? Et ils ont un drapeau et signent des
accords solennels avec les Nations-Unis.
Voir http://www.koulouba.ml/54eme-anniversaire-larmee-nationale-message-nation-sem-ibrahim-boubacar-keita-president-republique-chef-supreme-armees-koulouba-19-janvier-2015/[…] Le processus inter-malien aboutira. Il n’y
a pas d’autre choix que d’aboutir à la paix. Le Mali
n’a pas d’autre alternative, le Mali n’est pas seul
dans ce combat. Les groupes armés, quelque soit le temps
qu’ils y mettront, accepteront, tôt ou tard, la main que
je leur tends. C’est un geste de bon sens, sincère et
fraternel. Il est temps que nous arrêtions d’insulter
l’avenir, de nous faire du mal les uns aux autres, de
faire mal à ceux que nous aimons, surtout les personnes
âgées et les enfants, pour des projets chimériques. Car
tant qu’il y aura un Malien sur la terre du Mali, sur
cette Terre des Hommes, personne n’acceptera la division
de ce pays. Aucun Malien ! Pendant qu’il est encore temps,
sachons raison retrouver ! Sachons unité retrouver !
Sachons, de nouveau, revivre ensemble et pleinement ensemble
!Je dis donc aux mouvements, de nouveau, venez à la
table du dialogue. Nous y sommes ! Venez-y cette fois-ci
franchement, sans faux-fuyant et surtout les premiers
responsables. Ne laissez pas ça à d’autres. Le refrain
« nous n’avons pas pouvoir de décision » est trop
épuisé. Il est temps que vous veniez à la décision.
Laissons les armes au vestiaire, ne créons pas des démons
qui nous emporteront tous demain, tels que l’ethnisme, le
communautarisme ou le séparatisme. Restons le même Mali de
Kidal à Kayes. Restons la même Nation d’Ambidédi à Tin
Zawaten. Car s’il y a une guerre juste à mener, c’est
celle contre l’analphabétisme, la faim, la maladie et la
pauvreté. […] ______________________
A. Karim Sylla


Malobbo,
Pas à toi toi et moi avons le plus souvent les mêmes opinions sur les problemes du Mali. Je m’adresse à ceux qui pensent que la MINUSMA est dans son rôle de faire tout au Mali dès l’instant que c’est nous qui avons demandé qu’ils viennent nous aider. Pour moi cela ne doit pas leur donner un chèque en blanc. Ils doivent être à l’écoute des populations et du Gouvernement s’ils veulent réussir leur mission. Mon impression est qu’ ils écoutent plus les puissances influentes notamment certains pays y compris des pays voisins dont les agenda ne concident pas toujours avec la paix durable. La paix durable pour moi doit être juste et basée sur la réalité du terrain et non sur la propagande des groupes séparatistes dont les affirmations ne repose sur aucune étude sérieuse. Rendre l’ Etat du Mali seul responsable du manque de developpement du Nord est un mauvais diagnostic. Toute solution basée sur ce faux diagnostic ne sera pas durable. C’est dommage que même certains de la partie malienne semblent faire l’amalgame entre les problemes de gouvernance qui sont communs à toutes les regions et la crise du Nord qui est causée par d’autres facteurs endogènes( le racisme et le féodalisme de certains groupes qui refusent toutes les idées republicaines ou democratiques) et exogènes ( influences géopolitiques et géostratégiques, effets collatéraux de la guerre contre khadafi, influences des narco-trafiquants , influence de l’extremisme islamique qui est devenu un mouvement mondial, etc…) Ces facteurs exogènes ont un poids plus important dans la cause de la crise. Malheuresement la communication et notamment les media internationaux et les leaders politiques étrangers semblent donner une image opposée à la réalité. Même nos Frères Africains ne semblent pas nous aider à rétablir la verité .