Débat Critique Sur Modibo Keita

Modibo n’était pas un “saint” — mais au delà de là on peut polémiquer sur ses choix politiques et économiques. La responsabilité est peut-être collective au sein du RDA, mais il en était le chef.

Concernant l’embargo, j’ai une lecture très différente; elle n’a jamais réellement existé — la raison pourquoi les produits ont manqué était parce que les circuits d’approvisionnement n’avaient pas à leur disposition les devises nécessaires. Oui il y avait la cherté, mais cela était une démonstration très claire que les choses ne commençaient pas bien. Parler d’embargo revient à reprendre la propagande de l’époque — le “ça ne va pas parce qu’on essaye de nous asphyxier”. Mes parents ont passé leur vie à faire le commerce avec le reste de la sous-région. Il y a tout un livre qui peut être écrit sur le sujet.

Je ne suis pas neutre quand il s’agit de Modibo; il s’en est pris aux commerçants pour tuer ce qui avait toujours existé depuis l’empire du Ghana: l’activité commerciale source d’enrichissement. Vous savez comment les commerçants échappaient à l’emprisonnement? En faisant des cadeaux aux responsables politiques de l’époque. La corruption n’a pas commencé sous GMT.

Le problème avec Modibo et le RDA, c’est que même quand ils se sont rendus compte que ça n’allait pas, ils se sont entêtés dans le mauvais choix — on s’est retrouvé avec la révolution active. Comme rien ne marchait, la réponse a été de faire encore pire.

Les apologistes font une liste des entreprises d’état créées sous Modibo comme preuve que son régime travaillait — ces soit-disantes entreprises étaient pour la plupart vouées à l’échec. On dépense les maigres resources de l’état pour faire du prestige, sans véritable retombée sur le pays. Est-ce différent de ce qui se passe à Koulouba aujourd’hui?

C’est bien pour ça que je ne suis pas d’accord quand on dit que Modibo faisait ses choix dans l’intérêt du Mali. Non, l’intérêt du Mali se trouvait ailleurs que ce dans quoi le pays a été entraîné.

Cependant, son régime n’est pas la pire des choses qui aurait pu arriver au Mali; si un “IBK” (synonyme de sans-programme) était au pouvoir en 1960, il y a tout lieu de penser que les choses auraient conduit à plus qu’un désastre — ç’aurait été une calamité. Toutes proportions gardées.

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A. Karim Sylla


Re,
Merci Stephane Kader. C’est exactement mon propos. Je suis ravi de constater qu’il est compréhensible. Et je croyais que tout le monde avait compris que 2012 n’a été hélas que l’aboutissement d’un processus commencé beaucoup plus tôt.
Pour répondre un peu à A. Karim, c’est possible que Modibo Kéïta ne comprenait rien à l’économie. Et un gouvernement n’est pas une individualité, fusse-telle charismatique. Sous d’autres cieux, on a l’exemple d’un des meilleurs économistes de sa génération qui n’a pas eu de résultats mirobolants. Et il ne faut pas être nécessairement économiste pour faire les bons choix économiques. Mais on peut dire que Modibo Kéïta comprenait où se trouve l’intérêt de son pays. Et il ne me semble pas juste de dire que Modibo Kéïta a demandé “au Maliens de se priver de sucre, de lait en poudre et autres produits importés”. C’est parce qu’ il y avait un embargo sur certains produits en raison des orientations politiques du régime et de ce fait ils faisaient l’objet de trafic et donc coûtaient trop cher. (dixit des commerçants que j’ai interrogés lors d’enquêtes de recherches et qui pourtant ont souffert des choix politico-économiques). Le bon sens était de dire de se passer de ces produits importés. Enfin sans mettre en doute l’anecdote du nescafé, je dirai simplement que les anecdotes, c’est toujours amusant.

Continuons à discuter. La matière s’y prête bien et le sujet en vaut la peine.
merci
Issa Diawara


Bonjour Idrissa,
Les défis à relever au Mali étaient certes immense, mais c’est la voie même qui a été choisie qui fut le problème. Mais en parlant de la Chine, c’est au début des années 80 que leurs leaders ont compris qu’ils allaient tout droit vers le mur. Ce que la Chine est arrivée à faire c’est démonter tout l’arsenal communiste et collectiviste, et favoriser l’entreprise privée. C’est ce qui a créé sa prospérité. Aujourd’hui la Chine n’est communiste (ou communisante) que de nom.

Le régime de Modibo avait un choix à faire; mon gros problème c’est que même face à l’évidence que les choses pourrissaient la réaction n’était pas de reculer mais de foncer tête baissée. D’ailleurs une bonne partie des militaires putschistes — dont GMT — voulait seulement une réorientation parce qu’en toute évidence ils se savaient incapables de prendre les choses en main. Le coup d’état n’a été “confirmé” que quand les militaires se sont rendus compte que la conviction de Modibo était très forte (durant une rencontre entre les putschistes et Modibo après son arrestation). Il a même fallut 3 jours avant que GMT ne s’adresse aux Maliens; et puis si tu regardes la composition du premier gouvernement les militaires avaient pris soin de garder 5 anciens ministres de Modibo aux postes clés.

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A. Karim Sylla


Tout comme il y a quelques années ce même Mali ayant survécu sa situation de dette des années 1960 se battait désespérément pour bénéficier du programme d’allègement de la dette pour les pays les moins avancés (PPTE pour les initiés). Devant les critères rigides du Fmi et de la banque mondiale pour y être éligible – ironie: ils estimaient que la dette malienne n’était pas assez élevée – un brave patriote anonyme a soufflé aux autorités maliennes qu’elles devraient insister auprès des institutions internationales pour que la dette en nature des ex-pays de l’Est soit incluse dans le calcul. Ainsi le compte y fut et le Mali accéda au PPTE… Ironiquement donc, le Mali fut sauvé par sa dette… Cependant, dommage que les retombées de cet allègement eurent été siphonnées par les pratiques de la bande qui gouvernait le Mali dans les années 1990 grâce à une corruption farouche et généralisée… Ce brave patriote anonyme qui vit aussi devrait parler un jour à ce brave fonctionnaire stagiaire pour discuter de la gestion du pays. J’apporterai le thé à la menthe pour agrémenter cette conversation.

Diadié Alpha


Chers amis,
Comme les americains aiment a le dire, quand ca vient au President Modibo Keita, “we have to agree to disagree”. Je vais tenter de clore cette petite dispute de famille en remarquant ce qui suit:

– L’histoire du Mali contemporain est l’heritage de tous les maliens. Les maliens doivent ecrire cette histoire en faisant usage d’une methode scientifique; pratique universelle. Si le sondage ou methode similaire est utile, ceux de nos cadres qui ont vecu ou furent acteurs de certains faits positifs ou negatifs de nos differents regimes politiques doivent se faire entendre pour que les faits soient catalogues. Nos historiens doivent se mettre au travail. Aux Etats-Unis, des professeurs ont ecrit l’histoire des EU que l’on enseigne dans les ecoles. Peut-on reussir un tel defi au Mali?

– Rappellons – nous qu’en 1960, on n’accedait a un cycle superieur que si on ne passait pas a la bourse – un genre de concours au niveau territorial. A cause de la reforme de l’enseignement de 1962, beaucoup de medecins, infirmiers/infirmieres d’etat, veterinaires, avocats, professeurs n’auraient pas l’opportunity qu’ils ont eu. Jusqu’en 1962, le systeme selectif fut qu’en sorte que quand on rentrait au college technique par exemple, sur 40 eleves (2 classes de la 5eme qui devint la 7eme), 5 finissaient par faire la deuxieme partie du Bac en Technique/Mathematique.

– On nous enseignait la literature negro-africaine sans exclusion aucune (President Senghor, Aime Cesaire, etc…) sous la premiere republique. Plusieures familles senegalaises et maliennes sont si metissees que ces deux pays ne peuvent jamais vivre separes.

– J’ai toujours soutenu sur Malilink que l’etat ne devrait pas etre dans le commerce des details – sur la base de l’histoire de cette partie de l’Afrique. Notons cependant que l’Huilerie de Koulikoro etait une bonne initiative si on considere que l’huile de coton et le beurre de Karite ont des benefices medicinaux. J’ai gagne mon pain dans la gestion d’usines aux Etats-Unis et je sais que Walmart (la plus grande chaine de supermarches au monde) n’accepe pas que les aliments frits ne le soient qu’avec certaines huiles dont l’huile de coton. Si quelqu’un pouvait redemarrer cette usine, le Mali se doterait d’un moyen de reduire l’epidemie de l’hypertension arterielle en encourageant la consommation de l’huile de coton.

Bonne soiree,
Keita


Ce débat sur Modibo et ses réussites comme ses échecs semble pollué par les partis-pris idéologiques des uns et des autres : pros ou antis socialistes, pros ou antis marché.

Modibo était-il suffisamment versé dans la science économique ? Ses professeurs pourront nous édifier sur son réel niveau en la matière. Je pense pour ma part qu’il avait suffisamment compris l’économie pour réaliser que la jeune nation Malienne ne pouvait pas seulement vivre de l’or et du coton. D’où ses efforts pour la constitution de grands ensembles politiques et économiques (fédération du Mali avec 4 pays) et surtout ses efforts pour l’industrialisation du pays (d’inspiration socialiste).

L’industrialisation est loin d’être un luxe ou une coquetterie et il est nécessaire pour la plupart des pays Africains de l’envisager sérieusement.

Pourquoi ? Parce qu’une économie reposant exclusivement sur les 2 autres secteurs (primaire et tertiaire) ne suffit pas à générer suffisamment de richesses pour assurer le bien-être de la plupart des pays, à moins :

d’avoir des réserves pétrolières gigantesques vous permettant de vivre de cette rente (ex Libye ou Gabon),

ou d’être une petite ile paradisiaque disposant de plusieurs kilomètres de plages de sable fin (ex Seychelles).

Pour tous les autres, c’est-à-dire tous ceux qui n’ont pas de réserves importantes d’une matière première stratégique, qui ont un potentiel touristique limité, et qui ont une population de plusieurs millions d’individus répartie sur plusieurs centaines de kilomètres carrés qu’il faut contrôler, pour tous ces pays, il est crucial de développer des capacités industrielles.

En effet, la détérioration systématique des termes de l’échange sur les 50 dernières années est là pour rappeler que le plus sûr moyen d’appauvrir nos pays consiste à échanger des matières premières (dont le prix ne cesse de chuter et n’est même pas fixé par nous) contre des produits finis à forte valeur ajoutée (dont les prix ne cessent de grimper).

Les efforts de Modibo n’ont pas eu les résultats escomptés dans l’immédiat et l’impatience de certains a conduit au coup d’état de 1968.

Si les personnes qui ont balayé Modibo (et ses orientations socialistes) avaient poursuivi l’effort d’industrialisation d’une autre manière (libérale par exemple), j’aurai été le premier à applaudir. Force est de reconnaitre qu’ils n’ont rien fait de tel et qu’aujourd’hui comme dans les années 60 le Mali vit de 2 choses : l’or et le coton. Comme dans les années 60, ces 2 ressources ne suffisent pas à assurer le bien-être de la population Malienne. Comme dans les années 60, et hélas comme ailleurs sur le continent, nous importons des produits finis à forte valeur ajoutée et nous exportons des matières premières dont nous ne contrôlons pas les cours…

Une politique d’industrialisation ne se met pas en place sur un mandat présidentiel mais plutôt sur plusieurs décennies comme le montrent les exemples de la Chine, de la Corée du Sud et des autres NPI. Après les efforts initiaux des années 60, au Mali, comme ailleurs sur le continent, les politiques d’industrialisation ont été abandonnées pour le paradigme de l’avantage comparatif et de l’ajustement structurel. Résultat : il n’y a nulle part aucune capacité industrielle, aucune industrie de transformation pour un continent de plus d’un milliard de consommateurs qui regorge de matières premières et dont la classe moyenne se développe à grande vitesse.

Au moment où nous avons ce débat, combien de partis Maliens (ou Africains) ont un plan sérieux d’industrialisation, qu’il soit d’inspiration socialiste ou libérale ? S’ils ont ces plans, les partis en questions semblent en tout cas très discrets là-dessus et préfèrent parler de mille et une autres choses…

Ce qui m’amène à penser comme Ameno que ce sont plutôt les économistes Africains d’aujourd’hui, ou du moins les leaders d’aujourd’hui, qui ne comprennent pas grand-chose à l’économie…

Stephane Bombote


Tout comme il y a quelques années ce même Mali ayant survécu sa situation de dette des années 1960 se battait désespérément pour bénéficier du programme d’allègement de la dette pour les pays les moins avancés (PPTE pour les initiés). Devant les critères rigides du Fmi et de la banque mondiale pour y être éligible – ironie: ils estimaient que la dette malienne n’était pas assez élevée – un brave patriote anonyme a soufflé aux autorités maliennes qu’elles devraient insister auprès des institutions internationales pour que la dette en nature des ex-pays de l’Est soit incluse dans le calcul. Ainsi le compte y fut et le Mali accéda au PPTE… Ironiquement donc, le Mali fut sauvé par sa dette… Cependant, dommage que les retombées de cet allègement eurent été siphonnées par les pratiques de la bande qui gouvernait le Mali dans les années 1990 grâce à une corruption farouche et généralisée… Ce brave patriote anonyme qui vit aussi devrait parler un jour à ce brave fonctionnaire stagiaire pour discuter de la gestion du pays. J’apporterai le thé à la menthe pour agrémenter cette conversation.

Diadié Alpha


2015-02-01 4:40 GMT-05:00 Mamadou Traoré :

“Et attention, au danger de réécrire faussement l’histoire. Nous avons l’obligation de l’honnêteté intellectuelle, le devoir moral de l’objectivité scientifique, l’interdiction de travestir les faits. Qu’on en fasse des critiques acerbes et sans complaisance, des analyses divergentes, des débats contradictoires, des postures opposées; oui. C’est le lot et le rôle de l’intellectuel, du chercheur, du bâtisseur. De celui qui cherche à construire. “_ Issa Diawara

Dans les années 60, un jeune fonctionnaire stagiaire au Ministère des Finances décide de son propre chef, de faire le tour des banques et des entreprises d’état, pour faire le point sur la dette extérieure du Mali. Il remontait en effet au Ministère des finances que le Mali avait de plus en plus d’impayés quant à sa dette extérieure.
Ce jeune fonctionnaire usa les semelles de quelques paires de chaussures avant de décider qu’il en avait assez fait mais que de toutes façons il fallait qu’il arrête parce que fatigué. Il fit donc un rapport à son chef qui le transmis au Ministre, qui le transmit au Président Modibo Kéïta.
Branle bas de combat au ministère des finances quelques jours plus tard. Ce jeune fonctionnaire est convoqué avec son chef dans le bureau du Ministre. Est il sûre de ce qu’il avance ? Son rapport est revenu du courrier du Président Modibo Kéïta avec l’annotation : ” Est ce que ce jeune est un patriote ? Depuis quand le Mali a t’il contracté une telle dette ?”
Sommé de s’expliquer, le jeune dit au Ministre : “Ce n’est qu’une partie. Je n’ai pas fini le travail que j’avais commencé parce que c’était devenu pénible de faire tout cela à pied.”
Le Ministre lui dit : “Qu’à cela ne tienne, vous prendrez la voiture de service désormais et tâchez de terminer rapidement ce travail”.
Ce jeune venait de lever un lièvre qui le conduira à la création du service de la dette extérieure, aux redressements des SMDR, de la SOMIEX, à la mise en œuvre du redressement du franc malien, à la dévaluation. Bien sûre il sera Ministre et aujourd’hui, il est chef d’un parti politique. Il vit encore. Que Dieu nous le garde encore longtemps, pour sa famille et pour qu’il puisse éclairer le chemin de ceux dont la quête de vérité les mènera à jusqu’à la porte de son bureau.
Il y a beaucoup d’anonymes de son genre qui détiennent des parcelles de vérités non “officialisables”.
Cordialement.

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Amb. Ret. Mamadou Traoré


Le 1 février 2015 04:12, Ndack KANE a écrit :

Oh Stéphane you’ve made my day !!

Un ami qui a lui aussi apprécié Le Devoir de Violence de Ouologuem m’a dit: « Eh ben, s’il fallait écrire un “Devoir de Violence” version années 2010, ça va prendre 3 tomes, ce sera sur au moins 3 ou 4 continents, et Hollywood va acheter les droits parce que ce sera le film du siècle ! »

De Khadafi à Wade en passant par ATT et Blaise, il y aura de quoi faire une Saga !

Ndack


Date: Sat, 31 Jan 2015 23:04:16 -0500
Subject: Re: [malilink] Re: {malilink} RE: Débat critique sur Modibo Keita
From: stephkaderb
To: boudoul
CC: malilink@malilink.net

Demander du Nescafé pour le président ? Mon Dieu, quel amateurisme ! Apparemment les sbires de Modibo ne savaient pas qu’on pouvait acheter un avion sur deniers publics, le faire exploiter par une société privée, et ensuite voyager tous les 2 jours pour aller acheter soi-même son Nescafé à l’étranger ! Effectivement les gars de la première république étaient très incompétents. D’où leur remplacement par les super-managers du CMLN qui ont mis le pays sur la bonne trajectoire…


2015-01-31 20:32 GMT-05:00 ‘A. Karim Sylla’ via malilink <malilink@malilink.net>:

Je vois qu’on est sorti du cadre initial de cette discussion; mais je vais mettre ma bouche dedans parce qu’il y a lieu de rappeler certaines choses.

Modibo Keita ne comprenais pas grand chose à l’économie, ni ce qui pouvait faire avancer le pays économiquement; il faut le dire avec clarté.

Les politiques socialisantes ou pseudo-socialistes de l’US-RDA ont mis le Mali dans un retard qui continue encore à nous affecter.

On dira que Modibo était au moins une personne honnête qui n’a pas volé son peuple comme ce à quoi on assiste aujourd’hui; soit, on peut lui concéder cela. Mais n’est ce pas le minimum qu’on doit demander aux dirigeants?

Pendant que Modibo demandait aux Maliens de se priver de sucre, de lait en poudre et autres produits importés, ses sbires venaient commander du Nescafé à chaque voyage que mon père effectuait en RCI; “il ne faut pas oublier le Nescafé du président”, lui disait-on.

Dans les archives de Kennedy se trouvent des rapports sur les propos tenus par Modibo; “nous ne sommes pas vraiment avec les pays du bloc de l’Est”, disait-il, “c’est seulement parce qu’ils ont été les premiers à nous apporter de l’assistance”; je paraphrase bien sûr, mais c’est l’essentiel de ce qu’il disait.

En somme, un politicien comme bien d’autres; avec à la fois sa dose de bonnes et mauvaises chose, de bon sens et d’incohérence, de droiture et de double langage. Mais certainement pas un saint.

Dire que le parti-état faisait son auto-critique ne change rien au fait que la critique générale n’était pas tolérée. C’est un régime désemparé et sans solutions que les militaires ont fait tomber. Seulement ces derniers n’ont pas su faire mieux. Cela aussi il faut le dire.

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Karim Sylla


On Jan 31, 2015, at 7:05 PM, ameno TRAORE wrote:

Bonjour

Qui suis-je ? Je suis blanc quand tu m’utilises et je disparais quand tu m’oublies.

Autre exemple de dénigrement

Quelques fois on entend certains ainés soutenir que sous Modibo on rationnait certains produits et que c’était la croix et la bannière pour s’en procurer. Présenter les faits de cette manière c’est prendre des raccourcis, c’est occulter une partie de la réalité de l’époque.

En effet, à l’indépendance, l’économie malienne était détenue par les libanais et Français. Ils ont fermé leur commerce pour punir le Mali (embargo) parce que ce pays avait tourné le dos à la métropole; c’est ainsi que Modibo a rapidement ravitaillé le pays en produits de première nécessité. Pour que la majorité des maliens puissent bénéficier de ces produits, il a instauré le rationnement (sucre par exemple). Par contre, le mais qui était cultivé au Mali n’était pas rationné.

Je comprends que ceux qui voulaient tout avoir à eux seuls soient opposés à sa politique; je comprends aussi l’attitude de ceux qui voulaient rester sous tutelle de la métropole.

Une chose est sure on ne peut pas être souverain, indépendant sans en payer le prix. Dans les années 90 en chine on se lavait une fois par semaine par rationnement de l’eau, et aujourd’hui ils sont la première puissance économique.

Modibo devrait être un modèle pour la jeunesse malienne, comme Sankara l’est pour la jeunesse Burkinabè et africaine. C’est grâce aux modèles que les jeunes se forgent une conscience, une carapace et un avenir. Mes amis du Balai citoyens disent que les enfants de Sankara ont grandi et qu’il est temps pour eux de bâtir un Burkina nouveau. Ils étaient à la base de la mobilisation dans la crise récente.

La crise malienne a révélé la léthargie de notre jeunesse par manque de modèle. Pour moi cette situation a été expressément voulue.

Sous d’autres cieux ils (Modibo, Cheikh anta diop…) entreraient au panthéon.

C’est ainsi que ca fonctionne.

Ou sont nos modèles?


From:
To:
Subject: Débat critique sur Modibo Keita
Date: Sat, 31 Jan 2015 12:40:53 -0500

Bonjour Ameno,

Tu viens de démontrer à nouveau que “le sens des intentions que je te prête” sont très justes. Parbleu, tu es QUI pour décider de manière unilatérale de ce qui est un dénigrement versus une critique ? Donc toi tu critiques mais les autres dénigrent ? Ce n’est pas un comportement intellectuel mais plutôt un acte hautement dictatorial digne d’un gourou. C’est le genre de chose qui me dresse les cheveux sur la tête ! Depuis 2012 ce pays est à terre, ses populations souffrent et on en est à causer de “Oh ne dénigre pas mon président” ??

Comme je l’ai dit, il faut avoir ce débat avec d’autres, pour ma part, I am out.

Ndack


From:
To:
CC: malilink@malilink.net; malilink@malilink.org
Subject: RE: [malilink] RE: {malilink} Communiqué du gouvernement sur la situation à Gao_reponsse
Date: Sat, 31 Jan 2015 15:48:28 +0000

Bonjour Soumaila, N’Dack et tous

En disant:
” C’est seulement à ce moment-là que Ameno est arrivé pour faire de Modibo Keita un prophète intouchable, exempte de critique. J’ai encore sa phrase en tête: “On peut tout reprocher à Modibo Keita sauf d’avoir travaillé sans relâche pour les intérêts du Mali”. Ce qui signifie que personne n’a le droit de dire que les choix de Keita n’ont pas été pour l’intérêt du Mali à l’époque et qu’il a pu faire des erreurs. Il n’a ensuite évoqué Senghor, non pas pour le personnage lui-même, mais uniquement pour illustrer ce qu’il a dit sur Keita. dixit Ndack

Ces affirmations sont la preuve de ta méconnaissance du régime de l’USRDA par conséquent, je comprends le sens des intentions que tu me prêtes.
Lors du 2è séminaire de l’USRDA en 1962 si je ne me trompe, l’USRDA a reconnu ses insuffisances en matière de politique agricole (par ex): pour te dire tout simplement que ce parti s’auto-critiquait ; dire que Modibo est un prophète ou qu’on ne doit pas le critiquer est un non sens.

Ce que je dénonce c’est le dénigrement de Modibo.
Pendant 23 ans, sous le régime de Moussa Traoré on ne pouvait pas parler de Modibo keita, donc toute une génération a été privée de cette histoire, ce qui fait qu’aujourd’hui notre jeunesse ignore qui était Modibo et certains aînés ont entretenus une image négative de ce régime.

L’une des critiques adressée à Modibo Keita est sa milice, or il existait aussi une milice sous la révolution de Sankara qui a aussi fait quelques exactions, cela n’a pas empêche pas de dire du bien de Sankara qui n’a vécu que 4 ans et qui a moins fait en terme de réalisation que Modibo, comment expliquez vous cela?
Parce que, Modibo est victime de dénigrement et non de critique.
Ce dénigrement est cuvert par le manteau d’un semblant de critique

Par exemple l’une des critiques que j’adresse à Modibo c’est de ne s’être pas aligné au bloc de l’EST pour protéger son régime.

Il en est de même pour ceux qui critiquent (en réalité dénigrent) souvent Cheikh Anta Diop qui est un scientifique, on attends d’eux des preuves scientifiques.

Alors arrêtons de prêter des propos ou des intentions à X ou Y.

Get up stand up, don’t give up the fight

MALI TE TILA


From:
To:
CC: malilink@malilink.net; malilink@malilink.org
Subject: RE: [malilink] RE: {malilink} Communiqué du gouvernement sur la situation à Gao
Date: Fri, 30 Jan 2015 15:30:29 -0500

Soumaïla,
Ma divergence avec Ameno ne se situait pas pour ma part là où tu le penserais.

(1) Nous parlions des indépendances et de république;
(2) Soukouna a critiqué vertement les choix des gouvernants d’antan, notamment ceux de Modibo Keita;
(3) Mamadou Traoré a je crois dit qu’il faut reconnaître à Keita le fait qu’il ait cherché à créer une Nation et lui rendre hommage pour cela, mais qu’ensuite il y a eu des choix qui ont été faits sous sa présidence et qui n’ont pas été les bons et qu’il faut relire l’histoire avec un oeil critique, et c’est là où il rejoint donc Soukouna;
(4) C’est seulement à ce moment-là que Ameno est arrivé pour faire de Modibo Keita un prophète intouchable, exempte de critique. J’ai encore sa phrase en tête: “On peut tout reprocher à Modibo Keita sauf d’avoir travaillé sans relâche pour les intérêts du Mali”. Ce qui signifie que personne n’a le droit de dire que les choix de Keita n’ont pas été pour l’intérêt du Mali à l’époque et qu’il a pu faire des erreurs. Il n’a ensuite évoqué Senghor, non pas pour le personnage lui-même, mais uniquement pour illustrer ce qu’il a dit sur Keita.

Ma divergence avec Ameno est que je n’idolâtrerai jamais d’un homme, un humain, et j’ai horreur du dogme. Pour moi, Senghor et Keita ne sont pas des saints ou des dieux. Je suis capable de critiquer tout le monde, sans exception aucune: Lat Dior Diop Damel du Cayor, Senghor, Wade, le Khalife des Mourides ou des Tijanes, le paysan du Ferlo, la vendeuse de poisson au marché et moi-même, tout ça c’est du pareil au même pour moi, personne ni y est plus grand ou plus petit que l’autre, encore moins intouchables, ce sont tous des humains responsables qui ont leurs qualités et leurs défauts et c’est tous ensemble que nous sommes les acteurs de l’histoire de ce pays appelé Sénégal.

Bien sûr, je ne vais le faire que si mes interlocuteurs veulent faire avancer la science. Mais caresser celui-ci ou celui-là dans le sens du poil, héros du passé ou du présent, juste pour se faire du bien au moral, ce n’est pas mon truc. Donc comme cela faisait du mal à certains comme Ameno qu’on critique Modibo Keita, j’ai dit qu’il n’y aura plus de débat de ce type entre lui et moi car nos divergences sont d’ordre philosophique et sont irréconciliables. Ceci d’autant plus qu’il s’est mis à parler de l’histoire esclavagiste de l’Église en plein évènement Charlie Hebdo pour faire je ne sais quelle analogie macabre.

Car enfin ce forum d’échange c’est pour s’enrichir les uns les autres, et quand un échange ne va nul part, j’arrête et je change d’interlocuteurs. C’est logique je crois.

Ndack


From:
To:
CC: malilink@malilink.net; malilink@malilink.org
Subject: RE: [malilink] RE: {malilink} Communiqué du gouvernement sur la situation à Gao
Date: Fri, 30 Jan 2015 19:09:39 +0000

Ndack,

Merci beaucoup pour cette analyse que j’apprécie infiniment. Merci aussi pour ces rappels de l’histoire, même si souvent les parties de l’histoire relatées sont nuancées par les circonstances et les enjeux du moment et aussi de l’historien lui-même. C’est pour cela et comme vous le savez, même dans le domaine académique, il y’a des ouvrages et des “ouvrages”.

J’ai suivi une discussion entre vous et Mr Ameno, sur la position à vous que c’est plutôt Senghor et son gouvernement avec la bénédiction de la France qui ont puni Modibo Keita et le Mali, en exerçant un blocage économique de la jeune République Mali, et Mr Ameno qui a soutenu que c’est Modibo Keita qui avait essayé de punir le Sénégal, en leur privant le riz provenant du Mali. Pourtant à mon avis, chacun de vous avait raison, et vos divergences ne résidaient uniquement à mon sens, que de la façon dont chacun de ces deux aspects de l’histoire vous ont été “appris” (terme utilisé par Ndack) et de l’importance ou de l’impact qui leur à été donnée.

Mamadou Dia, qui est bien cité dans le rappel de l’histoire ci-dessous indiqué à travers le lien, semble en très bonne complicité avec Senghor à l’époque de la Fédération du Mali, mais pourtant a passé 14 ans emprisonné par Senghor depuis le lendemain de l’indépendance du Sénégal en 1960 (libéré en 1974) ; ne pourraient-ils pas constituer deux aspects contradictoires et irréconciliable pour des uns et des autres qui n’ont eu la chance d’apprendre qu’un seul de ces deux aspects ?

Autrement dit, à mon avis, vous Ndack, vous aviez raison avec le blocage de l’économie malienne, comme moyen de punir Modibo Keita pour sa prise de position radicale vis-à-vis de la France et de son orientation idéologique. Moi, j’ajouterai que l’économie malienne a été également bouleversée à plusieurs reprises par l’injection massives de faux billets de francs maliens sur le territoire du Mali à travers la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Mr Ameno également, n’avait-il pas raison de dire que Modibo a essayé de punir le Sénégal en lui privant le riz ? car l’Office du Niger avec son barrage, avait été créé par la France à l’époque coloniale pour produire du riz de qualité pour subvenir aux besoin de la métropole et de la sous-région. Tout dépends de l’ampleur que l’effet a pu prendre. A mon avis, chacun de ces aspects constituent des réalités de l’histoire du Mali et du Sénégal. Mais ce que nous devons retenir, si minime soit-il, c’est qu’au-delà des personnes et de leurs ambitions, les deux pays ont montré jusqu’aux générations d’aujourd’hui, qu’ils ont quelque chose de commun et que l’histoire ne pourra pas effacer ; et peut-être raison pour laquelle, les deux pays ont tous les deux gardé le même drapeau (avec la nuance de l’étoile) et la même devise nationale (Un Peuple, Un But, Une foi). Sinon, y’avait-il quelque chose qui pouvait les empêcher de les changer après l’éclatement de la fédération du Mali ? Non, je ne pense pas !

C’était à vous donc, Ndack et Amano d’aller au-delà de vos divergences de ce qui est écrit, des divergences de ce qu’on a appris, à moins qu’on a vécu soi-même les faits.

Merci et cordialement à vous, Ndack et Amano, et je m’excuse d’être revenu sur cet échange.

Soumaila


From: Ndack KANE
Sent: Friday, January 30, 2015 12:11 AM
To: Mariko, Soumaila; A. Karim Sylla
Cc: Malilink; Malilink
Subject: RE: [malilink] RE: {malilink} Communiqué du gouvernement sur la situation à Gao

Ci-dessous, un extrait de l’article suivant:

http://maliactu.net/celebration-du-20-janvier-ou-la-mise-sous-tutelle-francaise-de-larmee-malienne/

Puis un peu d’histoire récente:

http://modibokeita.free.fr/federation.html

Aujourd’hui on se retrouve donc avec deux populations, les héritiers de Senghor et les héritiers de Keita. Et, comme je le disais, les deux ne pensent pas la chose militaire de la même façon. Ce que l’on appelle “le poids de l’histoire”. Même récente.

Ndack

« Pour rappel, en 1959 lorsque le Sénégal et le Soudan français décidèrent de former la Fédération du Mali afin de constituer un Etat économiquement et militairement fondé, le Président Modibo Keïta ne tenait qu’à une chose : une souveraineté totale. C’est à ce titre que le général Soumaré sera nommé chef d’état-major général des armées de ladite Fédération qui éclata en août 1960. Dans un de ses écris, le Commandant Modibo Naman Traoré a relaté : « Après l’éclatement de la Fédération du Mali, le Président Modibo Keïta fit appeler le général Abdoulaye Soumaré pour lui confier les destinées de la jeune armée nationale, pendant que le capitaine Pinana Drabo était envoyé à Ségou comme commandant en chef des armées. Après le congrès extraordinaire de l’Union soudanaise RDA lors duquel le Mali opta pour la voie socialiste de développement, l’évacuation des garnisons étrangères établies en différents points du territoire national fut exigée. Les Maliens entendaient aussi assumer le plein exercice de leur souveraineté militaire tant interne qu’externe. Cette décision très courageuse dans le contexte de l’époque fut acceptée par la France qui n’a opposé aucune réticence dans la passation de consignes ».

C’est à la suite de cette détermination à défendre soi même sa patrie qu’en 1960 les troupes françaises avaient commencé à quitter le Mali. En effet, c’est exactement le 20 janvier 1961 que le dernier soldat français quitta notre pays, matérialisant ainsi l’affirmation de la détermination des Maliens d’user de toute leur souveraineté militaire. Toujours selon le Commandant Modibo Naman Traoré, « dès lors, le Mali ne confiera plus de responsabilité de défense à une puissance tierce et développera d’ailleurs une diplomatie militaire multiforme et diversifiée, fondée sur l’intégration et la recherche de la paix et la sécurité dans le monde. Aussi, en cas d’agression extérieure, le pays ne peut que compter sur ses propres forces. Il est à noter par ailleurs que le 3 août 1961, le président de l’Assemblée nationale, Mahamane Alassane Haïdara, a signé la loi N°81/ANRM portant organisation générale de la défense. Cette loi de défense avait pour objet d’assurer en tout temps, en toute circonstance, contre toutes les formes d’agressions, la sûreté et l’intégrité du territoire, ainsi que la sauvegarde de la vie des populations. Elle pourvoit de même au respect des alliances, traités et accords internationaux. Les principes de défense sont déterminés par les autorités constitutionnellement responsables ».
– See more at: http://maliactu.net/celebration-du-20-janvier-ou-la-mise-sous-tutelle-francaise-de-larmee-malienne/#sthash.bzRXQDys.dpuf »


From:
CC: malilink@malilink.net; malilink@malilink.org
Subject: RE: [malilink] RE: {malilink} Communiqué du gouvernement sur la situation à Gao
Date: Thu, 29 Jan 2015 23:16:26 -0500

« Mais prière noter que les faits peuvent ne pas être les mêmes dans le fonds, mais se gérer de la même façon ; tout comme ils peuvent se ressembler sur le fonds mais se gérer différemment. »_Soumaila

Tout à fait Soumaila et c’est une excellente remarque. Ceci dit, la difficulté ici ne se trouve réellement ni au niveau des présidents, ni au niveau du système étatique, mais plutôt au niveau des populations elles-mêmes.

Au Mali et au Sénégal, le gouvernement ne fait pas face à la même population. Donc si le problème se gère de la même façon dans les deux pays, la réaction de la population peut être différente face à cette gestion identique.

La population de la période coloniale est différente de celle d’aujourd’hui. Aujourd’hui, IBK et Macky Sall ne font pas face aux mêmes populations. Au Mali, IBK fait face à une population qui est majoritairement née dans un Mali dit indépendant où le président a été Modibo Keita, puis GMT (régime militaire), AOK, ATT avec peu d’étrangers dans la gestion militaire du territoire. Les gens ont une certaine idée de ce qu’est ou plutôt de ce que devrait être pour eux le Mali et l’armée malienne.

Alors qu’au Sénégal, Macky Sall fait face à une population qui est majoritairement née dans un Sénégal dit indépendant où le président a été Senghor, puis Diouf, Wade avec l’armée française pour assurer en bonne partie la sécurité nationale depuis 1960. Les Sénégalais sont très au fait des limites de leur armée et d’ailleurs investissent beaucoup plus dans les outils diplomatiques pour régler les crises.

Aussi, face à une crise qui implique l’armée, il n’est pas possible de s’adresser à ces deux populations de la même façon. Les Maliens parlent de souveraineté militaire à longueur de journée. Les Sénégalais quasiment jamais.

Ndack


From:
CC: malilink@malilink.net; malilink@malilink.org
Subject: RE: [malilink] RE: {malilink} Communiqué du gouvernement sur la situation à Gao
Date: Fri, 30 Jan 2015 03:56:42 +0000
Ok, Ndack. Merci, j’ai compris. Mais prière noter que les faits peuvent ne pas être les mêmes dans le fonds, mais se gérer de la même façon ; tout comme ils peuvent se ressembler sur le fonds mais se gérer différemment. On a tiré sur des manifestants à Dakar pendant la période coloniale parce qu’ils demandaient de meilleures conditions et justes. Je voudrais seulement dire que la réaction d’un gouvernement Sénégalais serait différente et proportionnelle, et elle serait logique ! Mais si ma connaissance du Sénégal n’est pas à la mesure des faits, ce n’est pas un problème ! On laisse au temps nous donner raison !

Cordialement,

Soumaila


From: Ndack KANE [] Sent: Thursday, January 29, 2015 3:33 PM
To: Mariko, Soumaila; A. Karim Sylla
Cc: Malilink; Malilink
Subject: RE: [malilink] RE: {malilink} Communiqué du gouvernement sur la situation à Gao

Soumaila,

Ce qui s’est passé à Gao avec la MINUSMA aurait pu se passer difficilement présentement au Sénégal parce que:
– Il n’y aurait même pas eu de MINUSMA au Sénégal parce que:
– L’armée sénégalaise ne se serait pas battue seule contre les groupes armées en 2012, le problème aurait été réglé depuis un massacre du type de celui d’Aguelhoc parce que:
– L’armée française a déjà une base au Sénégal, et ce depuis 1960 parce que:
– Sur le plan militaire les dirigeants sénégalais n’ont pas fait de la souveraineté du Sénégal une priorité parce que:
– Ils ont préféré mettre les priorités ailleurs et sous-traiter en grande partie la sécurité nationale de ce jeune et petit pays pauvre et ce, depuis 1960.

Tu pourrais lire les Tome 1 et 2 de l’ouvrage du Colonel Ndaw. Cela donne une petite idée de ce que sont les institutions du Sénégal sur le plan militaire. Les livres peuvent être téléchargés ci-dessous.

Un document officiel de l’Assemblée Nationale française sur la coopération militaire avec le Sénégal:

Ndack

Tome 1: http://assirou.net/wp-content/uploads/2014/07/Pour_lhonneur_de_la_gendarmerie_sénégalaise_Tome_1.pdf

Tome 2: http://assirou.net/wp-content/uploads/2014/07/Pour-lhonneur-de-la-gendarmerie-senegalaise-Tome-2_2.pdf


From:
To:
CC: malilink@malilink.net; malilink@malilink.org
Subject: [malilink] RE: {malilink} Communiqué du gouvernement sur la situation à Gao
Date: Thu, 29 Jan 2015 18:55:00 +0000

A mon avis, ce qu’il faut comprendre de cette situation et garder à l’esprit, c’est que le Mali de par sa souveraineté et de son droit de jouir de cette souveraineté, pouvait donner aux responsables de la MINUSMA, et à ceux qui ont fait les premières déclarations sur le comportement de la population civile de Gao dans leur marches de protestation, 24 heures pour quitter le territoire du Mali. Mais encore faut-il que cela trouve le Président de la République, lui-même présent dans le pays !

En outre, si le Président IBK qui est rentré quelques jours plus tard après les évènements de Gao, avait écourté son voyage pour rentrer le même jour ou tout au plus le lendemain, ce geste aurait eu une force politique, plus crédible et audible avec une portée beaucoup plus considérable que son discours qu’il fait après son retour de son voyage. Qu’est-ce qui était plus important, continuer son voyage à l’étranger ou l’écourter pour venir assister le peuple malien dans sa douleur avec ses pertes de vies humaines à Gao ? Cela a été une autre erreur de la part d’IBK.

Imaginez que ce qui s’est passé au Mali avec la MINUSMA à Gao, s’était passé dans un pays du Maghreb, ou encore au Sénégal tout près, nous pouvons être certains que la réaction du gouvernement serait d’exiger le départ des responsables de la MINUSMA de leur pays dans les 24 heures qui suivent. Même un Dionkounda Traoré, n’allait pas donner plus de 72 heures !

Cordialement,

Soumaila


From: ‘A. Karim Sylla’ via Malilink [mailto:malilink@malilink.org] Sent: Wednesday, January 28, 2015 7:20 AM
To: malilink
Subject: {malilink} Communiqué du gouvernement sur la situation à Gao

Communiqué du gouvernement sur la situation à Gao
Ce jour mardi 27 janvier 2015, les populations de Gao ont participé à une marche de protestation contre la décision d’un accord signé entre la MINUSMA et certains groupes armés, en vue d’établir une zone temporaire de sécurité dans le secteur de Tabankort.
La marche de protestation a dégénéré, provoquant des morts et des blessés.
Le Gouvernement, tout en déplorant cette situation, adresse ses condoléances aux familles des victimes et souhaite prompt rétablissement aux blessés.

Il a immédiatement dépêché une délégation à Gao pour exprimer sa solidarité et sa sympathie aux familles des victimes.

Il réaffirme son attachement à la paix sociale et à la quiétude des populations et lance un appel au calme et à la retenue.

Le Gouvernement rappelle que l’une des missions essentielles de la MINUSMA est la protection des populations civiles. Il appelle cette dernière à renforcer ses capacités dans ce sens précis, à savoir la protection de toutes les populations civiles et la contribution à la garantie de la libre circulation des personnes et des biens.

Une fois de plus, le Gouvernement rejette toute forme de violence et exprime son attachement indéfectible à la paix sociale. Il rappelle que les principales victimes de la persistance du conflit sont et restent les populations civiles.

Le Gouvernement exhorte la MINUSMA au traitement impartial du gel des positions et l’engage à ses côtés à prendre les initiatives propres à résorber la situation ainsi créée.

Le Gouvernement, après avoir reçu les responsables de la MINUSMA, se félicite de leur décision de retirer ledit document et de leur volonté de poursuivre de manière inclusive le processus de consolidation du cessez-le-feu et de la sécurité.

Bamako, le 27 janvier 2015

Le Ministre des Affaires Etrangères, de l’Intégration
Africaine et de la Coopération Internationale par intérim,

Tiéman Hubert COULIBALY.
Chevalier de l’Ordre National

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A. Karim Sylla