Justice Populaire Très Inquietante a Bamako

Malobbo et Fad,
Le défi est grand mais il en vaut bien la peine. Bamako était un gros village jusqu’au début des années 70, avec tout ce que ce terme a de positif: tout le monde se connaissait et le milieu de vie était salubre. C’est quand Bamako est devenue une ville que les choses se sont gâtées, conséquence de deux régimes politiques(le régime socialiste et le militaire) qui n’ont pas été tendres envers les ruraux malgré ce que disaient leurs discours, forçant des masses de gens à fuir leurs villages et hameaux pour venir s’entasser dans les vieux quartiers déjà exigus et dans la périphérie, cr´ánt ce que mon frère l’écrivain Ismaïla Samba Traoré appellera “Les Rûchers de la capitale”(roman). Bamako était connue comme la ville la plus coquette de l’AOF, non pas qu’elle eût des grandes bâtisses en béton comme Dakar et Abidjan, mais essentiellement parce qu’elle était propre. Et cela, on le devait principalement à la rigueur que les agents du Service d’Hygiène(est-ce que ce mot existe encore de nos jours?) mettaient dans leur travail. A la fin de la deuxième guerre, feu mon père devait intégrer ce corps colonial, comme beaucoup de ses anciens compagnons d’armes. Le colonisateur, qui avait été convaincu de leur intrépidité sur divers fronts en Europe, ne pouvait pas trouver meilleure légion en temps de paix pour lutter contre les moustiques et le paludisme, les cauchemars des Tropiques. La population de Bamako jouissait d’une assez bonne santé à cause de l’action de ce service, situé autrefois dans le quartier appelé “Banantoukoro”, (zone de la BDM centrale). Plusieurs années après le décès de mon père, je suis tombé sur un de ses carnets où il inscrivait toutes les contraventions imposées, tant aux ménages qu’aux commerces privés(libanais et européens) pour avoir laissé la moindre eau stagnante sur leur propriété. En parcourant ce petit carnet jauni, je me suis rendu compte de la conscience avec laquelle ces braves gens faisaient leur travail. Mentalement, j’ai revu beaucoup d’établissements que j’avais connus pendant mon enfance à Bamako(au centre-ville) mais qui ont aujourd’hui disparu. Et en faisant une petite enquête, j’ai compris que certaines célébrités de l’époque coloniale s’étaient illustrées dans ce corps, notamment Lassidan(Adjudant) Karamoko, dont la famille est près de l’hippopotame de Ouolofobougou-Bolibana(station d’essence). J’ai aussi appris que mon père, surnommé à l’époque “Ouolofokè”(le Wolof), était craint pour ses contrôles sanitaires car il ne pardonnait pas la moindre infraction aux règles. Le petit carnet qu’il nous a légué s’est aussitôt mis à parler, non seulement de cette phase intéressante de la vie de mon père mais ausssi de ce corps de métier que l’on appelait en bambara, “naravélikèlaw”, déformation du mot français(larve, de moustique bien sûr), car leur contrôle était toujours suivi d’une opération de pulvérisation des larves.
Le Service d’hygiène existe toujours mais hélas sans les moyens d’antan. Toute la vieille équipe est maintenant partie(Paix à leur âme!), celle qui dans les années 60 a mené vaillamment la campagne d’éradication de la variole au Mali, sous la direction du docteur américain, mon vieil ami, le Dr. Pascal James Imperato. Ce dernier, ancien Health Commissioner de la ville de N.Y et doyen émerite de l’´école de Santé Publique de la Downstate Medical Center de Brooklyn, est un des rares Américains qui puissent se vanter d’avoir visité chaque village malien d’alors. Parlant de bibliothèque vivante, cet homme en est une. Une de mes idées est de récolter sur film ses souvenirs de la vie à Bamako et au Mali sous le régime Modibo. Il est l’auteur d’un ouvrage très riche en information, intitulé A Wind in Africa: A Story of Modern Medicine in Mali.
More later,
Chérif Keita


Hallo Fad,

je ne peux pas assurement écrire la vie à Bamako. J’ ai connu Bamako intensivement seulement pendant une bonne année scolaire. J’ étais telle ment dépourvu que je marchais de Médine à Hamdallaye pour visiter un ami – pas aussi tellement garni.

Il y a aussi mes 10 mois à Sotuba comme petit chercheur. Là je me déplaçais avec les fameuses CT entre Sotuba et Sogoniko, soit par Yirimajo ou Bamako – Rive Gauche.

C’ est ainsi que j’ ai bien connu Bamako d’ en bas, les ruelles, les scènes, etc., etc.,etc.

Mes autres séjours à Bamako furent et sont tjrs courts (je ne souhaite pas plus), mais je dois dire intensifs, car je vois les choses en comparaison pas seulement avec des pays européens, mais aussi des pays africains: Sénégal, Togo, Éthiopie, un peu Nigéria. Okay, avec un esprit critique on voit, entend et sent plus.

Je remets le bâton de relais à Abdoulaye et Chérif Kéita. Il me semble que eux sont de Bamako ou du Mandé.

Bien cordialement

M Diagayété


—–Original-Nachricht—–
Betreff: Re : AW: [malilink] Justice populaire très inquietante
Datum: Sun, 15 Mar 2015 15:56:21 +0100
Von: Fad Seydou

Abdoulaye, Diagayete, Cherif et autres,
Ils sera utile si vous pouvez créer le temps d’ecrire des livres pour nous edifier davantage sur la vie a Bamako des annees 70 et peut-être meme avant.. Mais aussi des autres villes du Mali.
Cdmt. Fad

——————————————–
En date de : Dim 15.3.15, malobbo.diag a écrit :

Objet: AW: [malilink] Justice populaire très inquietante
Date: Dimanche 15 mars 2015, 15h26

“Amadou Hampâthé Bah était de Médine (Médina-Coura, Commune
II). Il aimait s’ asseoir devant sa Porte”.

C’ est là que je l’ ai rencontré en 1978 (je ne sais plus quel mois
et quel jour du mois, en tout cas un dimanche), comme membre
d’ une petite délégation de la section DINAFLA qui
s’ évertuait à développer la langue peule. Parmi la
délégation deux qui furent par après ministres de l’
éducation du Mali.

Bien
cordialement
M.
Diagayété


—–Original-Nachricht—–
Betreff: Re: [malilink] Justice
populaire très inquietante
Datum: Sun, 15 Mar 2015 15:15:58
+0100
Von: Abdoulaye Keita
An: Amadou Wane

Amadou,
Tres juste ce que tu ecris. Ca devrait etre le role de nos ecoles
superieures de former les gens a developper l’ esprit
entrepreneurial.‎ Ecrire un livre c’ est bien un moyen
de faire de l’ argent “passive income” en un
sens. Les Hampate Bah vivaient de leurs ecrits tout comme
Seydou Badjan Kouyate, Amadou Traore, et Bakary Kamian. Nos
etudiants doivent etre encourages par leurs encadreurs a
faire usage de leurs talents au lieu de vouloir reussir par
l’ engagement dans la politique. Quelqu un aurait du
avoir ecrit plusieures bibliographies de la troisieme
generation de nos grands intellectuels: Tieoule Konate,
Abdoulaye Coulibaly – un grand footballeur qui est un grand
avocat francais, Oumar Coulibaly – le premier directeur
africain du Lycee Technique je ne me rappelle plus mais il
fut prof de Physique, Moustaph Soumare qui le succeda a la
tete du Lycee Technique qui fut prof de math et ministre de
l’ education, Mamadou Dembele prof de Chirurgie, premier
directeur de l’ hopital de Kati et premier ministre,
Prof Bagayoko qui fut proviseur du Lycee Askia apres prof
Bakary Kamian, mon propre grand frere qui fut prof sortant
de la Sorbonne qui a ete le premier et seul
editeur/presentateur du journal parle en anglais sur la
Radio du Mali sous la premiere republique. J’ ai manque
plusieures de nos eminences grises que quelqu un d’
autre pourra citer.

Chacun de ces hommes avait un trait unique, fier, modeste, mais
aussi batisseur. Leur vie doit etre ecrite pour aider nos
generations a mieux connaitre notre pays.

Une petite remarque au passage, Hamadou Hampate Ba est de
Medine‎. Malgres ses responsabilites officielles, il a
toujours vecu chez lui. Il aimait s’ asseoir devant sa
porte et echangeait toujours avec les enfants du quartier.
Nous aimions le taquiner comme un grand pere, lui tirait sa
petite barbe et l’ appellait Foulah Tiecoro ba. Ca
l’ amusait car il avait beaucoup foi aux jeunes. Un
chercheur devrait retrouver ses enfants et faire un recit
sur cet homme d’ une capacite d’ expression
inimaginable. Il y en a plusieurs venant de nos
societes.

Un autre geant de notre Mali fut Mahamane Alassane Haidara, premier
president de l’ assemblee nationale. Etant numero deux
du regime il fut d’ une modestie incontestable en
comparaison avec nos contemporains qui gèrent nos pays
aujourd hui. ‎Il marchait a pied pour se rendre a la
priere du vendredi a Tombouctou. Il n’ a jamais vecu
dans une maison officielle dans sa circonscription a
Tombouctou et les militaires ne gardaient jamais sa maison.
Il pacourait la ville et conversait avec les gens. Il
connaissait leurs realites. Un homme d’ une humilite
extraordinaire.

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From: Amadou Wane
Sent: Saturday, March 14, 2015 11:44 PM
To: Abdoulaye Keita
Cc: Cherif Keita; Moussa Aliou;
malilink malilink
Subject: Re: [malilink] Justice
populaire très inquietante

Je crois qu’on n’ecrit pas assez sur notre societe. It is unfortunate. There is so much to learn from our past from our elders.

Amadou Wane

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On Mar 14, 2015, at 20:19, Abdoulaye Keita
wrote:

Oui absolument.

C’etait connu et on n’ y pensait meme pas en d’ autres
termes. Quand on croisait la personne la nuit dans la rue,
on le saluait comme tout “vieux” du quartier”
Ba—ini sou”!

Celui
dont j’ ai parle vivait dans la meme rue que nous.
Certains des amis d’ enfance de son fils peuvent en
temoigner- ils sont vivants dont l’ un est aux Etats
Unis, un en France, un entre Dkr et l’ Afrique du Sud,
un a bko juste en face de sa maison, et IBK notre
president.
Keita

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From: Cherif Keita
Sent: Saturday, March 14, 2015 7:22 PM
To: Abdoulaye Keita
Cc: Amadou Wane; Moussa Aliou;
malilink malilink
Subject: Re: [malilink] Justice
populaire très inquietante

Quand on était petit, on entendait beaucoup parler
d’un certain Dipa, qui s’habillait comme une femme
et qui savait rôtir le poulet mieux que n’importe
qui(un clin d’oeil à mon frère Moussa Aliou!).
D’ailleurs, sa cuisse de poulet était devenue
proverbiale. Il était un de ces personnages légendaires de
la fin de l’époque coloniale, au même titre que
Lamineba, un chauffeur d’autobus. Si vous écoutez
les(vos) enfants jouer au conducteur de camion, même
aujourd’hui, ils diront: “Laminiba ka karé(le bus
de Laminiba)!”. C’est de lui qu’il s’agit.
Te souviens-tu de ces gens, Dr. Keita?


From: “Abdoulaye Keita”
To: “Amadou Wane”
Cc: “Moussa Aliou”
Sent: Saturday, March 14, 2015 6:01:59 PM
Subject: Re:[malilink] Justice populaire très inquietante

Eh oui Amadou. Un de nos freres du quartier a perdu la vie dans
l’ attentat manque par Kissima, Karim et Tiekoro et
Companie contre GMT. Ce grand frere fut un des civils allies
aux Tiekoro. Son pere pratiquait ce cross-dressing.
Keita

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From: Amadou Wane
Sent: Saturday, March 14, 2015 6:52 PM
To: Abdoulaye Keita
Cc: Moussa Aliou; malilink, malilink
Subject: Re: [malilink] Justice populaire très inquietante

Keita,
I learn something new today. I had no ideas about this
practice.

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On Mar 14, 2015, at 14:12, Abdoulaye
Keita <abdoulaye.keita@gmail.com>
wrote:

“je ne savais pas qu’il y’avait des individus à Bamako qui pouvaient commettre
le sacrilège de se travestir ou de porter des vêtements de
l’autre sexe. Les moeurs en prennent un serieux coup
ici.” Moussa Aliou.

Mon point qui suit n’est point
une critique de Moussa Aliou, mais une mise au point pour
informer nos amis de ce qu’ils ne
savent peut etre pas de certaines habitudes qui
ont existees a Bamako surtout; depuis plus de 60 ans. La
pratique du port des habits de femme par un
homme n’est point nouvelle a Bamako. Les buts
etaient differents de ce Moussa a
rapporte.

Nos “peres” qui la pratiquaient le soir avaient leur famille et enfants qui
furent nos aines et/ou amis du quartier. Tout le quartier le
savait et les connaissait bien. Ils ne portaient pas
ces habits pour faire de la “raquette” mais pour
“plaisir” individuel. Ils avaient une
voie feminine et prenaient part aux habituelles ceremonies
de marriage ou de bapteme en compgnie des femmes. Ils ne
genaient personne, ne causaient de tort a personne, et on
les considerait musulmans et ils allaient a la mosquee dans
leurs habits d’homme. Voila ou s’etendait la
conception liberale de l’Islam a l’epoque. On nous
a enseigne de ne juger personne car c’est le Bon Dieu
qui est l’ultime juge. Dommage
qu’aujoud’hui, ce sont les hommes qui jugent, et
voila pourquoi nous avons les exces de l’usage de
l’Islam que l’on nomme
“jihadiste”.
Keita


2015-03-14 7:13
GMT-04:00 ‘Moussa Aliou’ via malilink <malilink@malilink.net>:

Bonjour à tous,
En lisant cet article j’ai été très confus sur
plusieurs points:
– je ne savais pas qu’il y’avait des individus
à Bamako qui pouvaient commettre le sacrilège de se
travestir ou de porter des vêtements de l’autre sexe.
Les moeurs en prennent un serieux coup ici.
– Je me pose la question sur le bon sens de la
population. Je me demande si la population connait la notion
de la justice ou de l’impunité. Voici des gaillards
tentent de violer ce qui leur semble être une fille. Dès
qu’ils découvrent le pot aux roses, ils se font passer
en victimes et agissent à visage découvert. Et si
c’était une vraie fille, ils l’auraient violé en
bande. Et pourtant la population préfère tuer le maudit
travesti et honorer les violeurs.
Je crois que ce dossier ne doit pas être classé. Il
faut qu’on arrête ce travesti car c’est interdit.
Mais surtout il faut qu’on arrête ces jeunes qui
voulaient commettre un viol. Après 5 à 10 ans passés en
prisons pour tentatives de viol, ils serviraient
d’exemple aux gens qui pensent que leur force physique
leur donne tous les droits sur les femmes.
Pauvre Mali.
Voilà pourquoi quand j’apprend des affaires de
lynchages je suis triste…

Moussa Aliou
alfamoussa@aim.com