Ma Réaction à l’Accord de Paix Paraphé

Chèrs tous,

C’est avec joie que je vous retrouve mais cependant emprunt de tristesse par l’opportunité manquée de faire de l’accord qui a été paraphé par le gouvernement et certains groupes un accord à la mesure de l’attente de populations que leurs élites traduisent dans un papier leur entendement et équilibre séculaires sur le terrain. Je nourris cependant l’espoir que certains retards, rigidités ou non-dits (Mfa, Usa, Gatia) pourront opportunément mûrir des contradictions et être sources potentielles de progrès. J’ai vu dans Maliweb une réaction de mon ami Soumana Sacko que je critique souvent avec laquelle je suis d’accord. En plus, en tant que ressortissant des terroirs et à l’intersection des groupes aux noms desquels le Mnla et consorts ont pu outrageusement influencer le rapport de forces par la ruse et la forfaiture, je dénonce la précipitation qui en fait un mauvais accord. Je décèle de la précipitation dans la régionalisation à outrance préconisée sans se poser les questions si certaines régions du nord ont les resources historiques et humaines adéquates pour un projet confédéral qui ne dit pas son nom, si on n’incitait pas les autres régions à refuser de péréquer leurs ressources, etc., in fine si on n’incitait pas à l’éclatement du Mali… L’appellation de l’Azawad n’est pas un problème en soi, c’est un nom de caillou et de sable pas plus, jamais un nom de traîté ou convention, jamais un nom de chefferie ou de royaume. Mais lui faire revêtir les habits historiques et mémoriels qu’il n’a pas constituent une varie défaite, une forfaiture qu servira opportunément un jour le Mnla pour revendiquer sa constitution en Etat. Aussi octroyer 30% du budget malien à soutenir de telles velléités parait si myopique. Et que dire de la fonction publique locale ou des forces de défense et de police soit majoritairement une émanation des localités respectives, si ce n’est faire le lit à une sécession future? Notre mémoire est vraiment courte de la formation par de grands pays occidentaux de notre armée pour lutter contre le terrorisme et qui a été opportunément tournée contre nous par la défection en masse de cette même armée malienne pour combattre le Mali… Nous devrions nous reveiller et sentir … le thé à la menthe. Courage à mon cher ami Mohamed, Chouaidou et d’autres. A plus tard.

Diadié Alpha


Ce accord n’est pas parfait et il est du reste vague sur plusieurs cas, ce qui rendra son application encore plus delicat surtout que cette responsabilite revient a un etat central faible et mourant. Mais si ce accord peut apporter la paix a mes parents de Zarho et Ber qui sont entre le marteau du MNLA-MAA et l’enclume du MAA-GATIA, alors je le soutiens a 100%.

En termes techniques, la notion et la definition du concept Azawad dans l’accord est carrement inutile et sans benefice. On ne decrete pas ni la culture, ni l’histoire. Cela ne satisfait ni les independantistes qui voulaient la reconnaissance de l’Azawad comme entite politique avec statut particulier, ni les opposants a ce terme qui veulement nier son existance meme aussi bien dans l’histoire qu’en terme de revendication de certaines populations du Nord, fussent-elles ultra minoritaires. Donc, franchement l’accord aurait gagne en acceptation en supprimant cette reference a l’Azawad qui encore une fois ne sert a rien.

Par ailleurs, l’accord manque d’integrite. En effet, bien que son contenu decrit un systeme de regions autonomes, l’accord a failli a appeller un chat par son nom. Disons le clairement, cet accord lancera le Mali vers un systeme d’autonomie. Ce qui n’est pas une mauvaise chose. Mais c’est deplorable que IBK n’a pas eu le courage politique de vendre cela des le debut au peuple Malien. Au lieu de cela, il a plaide le ni regionalisation, ni autonomie, ni federation, ni alternative, ni rien. Aujourd’hui, les mediateurs l’ont mis a nu en venant avec un accord dont l’ossature est justement une autonomie totale. Donc ce accord sera le pere du systeme d’autonomie (Soukouna a eu raison!) Comme le pacte national fut le pere de la decentralisation au Mali.

Enfin, la question d’equite (30% & Co) merite d’etre debatu. Elle a des pros et des cons au dela de sa legalite qui pourrait etre resolu par l’intervention de la cour constitutionnelle s’il y a lieu.Avec une bonne gouvernance, cette question sera nulle et non avenue.

ABOUBACRINE Ahmed Ag


Bonjour mon cher ami Diadié Alpha;

Je sui suis heureux que tu réapparaisses à ce bon moment.

Je vais juste commenter ce passage, je te cite: “L’appellation de
l’Azawad n’est pas un problème en soi, c’est un nom de caillou et de
sable pas plus, jamais un nom de traîté ou convention, jamais un nom
de chefferie ou de royaume. Mais lui faire revêtir les habits
historiques et mémoriels…”.

De mon humble point de vue, c’est une tentative de donner un contenu
historique et politique au paradigme Azawad des touaregs rebelles
maliens pour répondre à cette question “définition du statut politique
de l’Azawad”, question lancinante qui est dans le texte du projet
d’Accord de Ouaga.

Moi qui suis, comme toi, natif de la zone dont on tente de donner une
“appelation politique fédératrice”, je dirais – c’est une spéculation
discurtive – que le paradigme Azawad pourrait se voir comme une
acceptation du fait touareg bédouin/nomade transversal dans l’espace
saharo-sahélien.

En effet, les socités/communautés touarègues et mauresques nomades,
bien que faibles en nombre par rapport aux sonraïs majoritaires, sont
essaimées dans les trois régions tel que l’on peut les appeler
globalement “kel azawad/azawad-boro” (ceux de l’Azawad) pour remplacer
les appelations traditionnelles “kel adjama/gandji-boro” (ceux du
dehors/de la brousse).

Dans ce cas de figure, AZAWAD serait considéré comme un espace
“territorialisé bédouin touareg” – “akal n’anagh” (notre pays, en
Tamacheq) – internalisé par les touaregs mais aussi reconnu par les
autres; un nouveau référent identitaire politique est ainsi trouvé
pour répondre à la question “définition du statut de l’Azawad”.

De fait, tout cela ne remet pas en cause les rapports
“nomades-sédentaires”, tradtionnellement “symbiotiques” dans un espace
“partagé” selon tous les canons mémoriels.

Sincèrement,

Mohamed AG HAMATY, berger des éléphants du Gourma!


Cher Kalifa,
Je partage tes interrogations légitimes et qu’on ne doit pas chercher la paix avec une partie en créant une autre guerre dans d’autres parties du pays.
Je suis également contre tout système de quota/préférence qui me semble générateur d’instabilité. Encore que je ne doute pas que ces quotas reviendront aux filles/fils des dirigeants du nord comme du nord. Les fils des pauvres n’en ont pas ou faiblement bénéficié de ce système préconisé par le pacte national de 92 qui a plutôt servi à maintenir et valoriser la rébellion comme moyen de pression et d’enrichissement facilement aux preneurs d’armes et belliqueux au détriment des pacifiques gens.

“Le Mali ne restera pas comme ça pour toujours. D’autres pays ont connu le chaos avant et se sont relevés. C’est pour cela que malgré les difficultés actuelles, il fallait raisonner en termes d’avenir et de générations futures” _K. Goita.

Malheureusement c’est ce raisonnement objectif et de remise en question sur le long terme qui nous (maliens) manque. Pourquoi ne raisonnons pas sur les causes structurelles et conjoncturelles de ces rébellions cycliques au Mali spécifiquement dans sa partie nord comme l’ont fait ces pays ayant le chaos comme nous le connaissons depuis 2012. Pourquoi ne pas faire le bilan du pacte national notamment l’argent destiné au développement des régions du nord depuis la fin de la rébellion 90?

La différence entre notre pays et les autres pays dans la gestion des crises se situe à mon niveau dans l’analyse de la crise et la mise en place d’une stratégie d’une résolution définitive de la crise et consolidation de la paix. Nous gérons plutôt la crise au jour le jour (solution à court terme/pilotage à vue) et n’agissons pas sur les causes de la crise encore moins chercher à la résorber définitivement pour qu’il y ait une paix définitive dans notre pays à tous. Discuter avec les diplomates internationaux intervenant sur la gestion de la crise actuelle, ils vous diront sans ambages que les maliens (nos délégués envoyés dans les négociations alger) ne connaissent même pas ou peu les enjeux de la crise, ne maîtrisent pas la géographie et la géopolitique du nord, la réalité socio économique du nord) et sont le plus souvent dans le nihilisme des problèmes de développement et de gouvernance au nord. Les clowns du MNLA maîtrisent les sujets mieux qu’eux. Peu ont/proposent des stratégies de sortie de la crise (consolidation d’une paix définitive se construit/maintient chaque jour).

“Malheureusement, avec cet accord tous les autres maliens travailleront principalement pour le nord, qui sera la seule priorité des priorités. Ce n’est pas juste. Ce n’est pas équitable. Oui à plus d’appui pour accélérer le développement des régions du nord, mais il ne faut pas verser dans l’excès de cet accord. Rien ne prouve que les autres régions continueront à accepter cette situation dans le futur. Goita

Sorry, je pense que le nord est et doit être aujourd’hui la priorité des priorités pour le Mali et le Sahel. Cependant, je pense qu’il faut éviter les excès (comme tu l’as dit) notamment les discriminations dans le recrutement des RH fonctions publiques des CT. Je ne pense pas que les nordistes soient moins scolarisés et moins compétents que ceux des autres régions. Au nord, actuellement tout manque y compris le paracétamol. L’Etat est complètement absent ou quand ses services sont présents, certains agents se comportent comme en mission d’enrichissement facile. Ils sont plus présents à Bko que sur leur site de travail. Le comportement des forces armées et de sécu fait que tu te demandes si ces régions du nord font réellement partie du Mali. Je pense qu’une évaluation du pacte national notamment le volet financement du développement local au nord risque de nous surprendre car je pense bien que ces fonds ont plutôt servi à développer le sud que le nord du mali. Le pullulement des maisons (villas) à Bko et ailleurs n’est certainement pas le fruit du seul salaire ou la réalisation des migrants.
Je suis d’accord que le nord est et doit être la principale du Mali si on tient à la conservation de l’intégrité du territoire car n’oublions que le MNLA targue à chaque occasion que le nord a été abandonné, délaissé et qui malheureusement peut trouver écho en s’y rendant. Kidal ressemble à tout sauf à une région d’un Etat qui se respecte. comme me l’a dit une fois un ami diplomate”j’ai eu honte quand j’ai visité Kidal en 2013 et qu’on me la présente comme un chef lieu de région”.

“Le 2e problème sérieux dans l’accord, c’est la pléthore d’engagements pris par le gouvernement pour développer l’ensemble des secteurs au nord:

En combien d’années ces engagements seront tenus ?
S’ils ne le sont pas dans un délai raisonnable, n’allons-nous pas tout droit vers d’autres rebellions ?
Si toutefois le nord devenait très riche, y’a t-il un mécanisme dans l’accord qui l’obligerait à assister désormais les autres parties du Mali ? Rien du tout.
N’est-ce pas inquiétant tout ça ?” Kalifa

Sur les engagements (certains et à prioriser de façon objective), je pense que le Mali doit clairement dire aux partenaires qu’il n’a pas les ressources financières pour les réaliser et qu’il est prêt à réellement investir l’argent qui est destiné au nord dans le cadre d’une paix définitive. Les ressources des autres régions mieux valorisées économiquement resteront prioritairement chez elles. Il est indispensables de valoriser les ressources locales du nord qui restent très peu valorisées actuellement et depuis 1960. C’est inadmissible que les gens meurent de faim pendant que l’eau du Niger circule 12 mois sur 12. Les quelques projets d’aménagement hydroagricoles au nord ont servi à autre choses et les gérants ont été nommés/compensés dans la haute admin malienne. Pourquoi des actions de développement socioéconomiques au nord qui feront qu’il sera économiquement autonome et qu’il cesse d’être un éternel assisté des autres régions du mali et pourtant il y a le potentiel pour cela. Cela est possible il suffit de la volonté politique (Etat et CT). Le nord n’est pas pauvre, il est sous valorisé, mis en valeur. Les populations civiles du nord (sans les entrepreneurs de la mort) sont les victimes des crises dont elles ne récoltent pas les dividendes post crises.

Pour mon ami de Kayes Sidy qui pense que le soulèvement crée le développement et que le nord serait le bénéf de vos richesses, cela se vérifie difficilement sur le terrain au nord. Cherchons à savoir si ces richesses ne sont pas perdues dans la poussière grise de Bko et autres coins de nos administrateurs dirigeants. Kayes est aujourd’hui un modèle grâce à sa diaspora qui investit. ce qui manque certainement au nord. Et si elle se rebelle, on perdra une référence à mon avis. la seule révolte qui vaille c’est celle pour la bonne gouvernance locale, un investissement/valorisation des ressources dans la région etc au lieu de penser que les ressources servent à un développement du nord. Il est dispensable qu’il y ait des sacrifices entre régions pauvres et très pauvres pour un développement harmonieux du pays. et qu’on doit arrêter de penser ma région, mon village en le remplaçant par mon pays, mon continent.

Je me permets de joindre ces deux bouquins sur la paix /sécurité au Mali. je les ai trouvé intéressant.

Bien à vous

Salutations meilleures
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Ahamadou SAMBEL