J’accuse Le Cousinage de Détruire La République

Pour ceux que mon charabia dérange, please delete and have a good time ,

Même si je ne suis plus le fanfaron et l aigri social, as i use to be, les problèmes du pays me tourmentent l’esprit, i guess i am still un philosophe en herbe…et pour ne pas paraitre comme un nain en raisonnement , chaque fois que la discussion me dépasse, j’essaye de la ramener au béton, sable gravier, i mean en terrain connu, So une fois de plus je demande pardon aux experts …comme on dit en bambara « an bolo binko » ..

1-la corruption et la république

Chaque fois que les intellos essayent d’analyser la situation actuelle du mali, le mot corruption revient sur les lèvres, petite corruption, grande corruption, corrupteurs et corrompus….

Ma plus forte note au lycée en français était « 14/20 » je l’ai eu, le jour où j’ai commencé mon exposé en disant : que c’est l’occident avec sa colonisation qui nous a amené la corruption, le prof pense que cela suffisait pour faire de moi, un candidat à l académie gauloise!!!bien sûr après mon tour du monde j’ai su que je ne mérite pas cette note « zal pesni is peta »…

A croire mon cousin chakka qui a voyagé partout en Afrique jusqu’ au Nigeria et le Cameroun, nous sommes loin d’être les plus corrompus de la sous-région, alors pourquoi la république du Mali va si mal !!!

2- la rébellion et la république

Puisque nous ne sommes pas les seuls à avoir une rébellion chez nous, j écarte ce point comme étant la raison de la dislocation de la république, sans autre procès.

3-Impunite et cousinage ont détruit la république

Bien sûr la dégringolade du mali est à chercher du côté de l’impunité qui découle du cousinage, on a trop compris et on exploite mal ce cousinage qu’ on utilise pour escroquer, pour juger, pour voter, pour voler et accepter l’inadmissible…très souvent..

Oumar A. Maiga


Bonjour Oumar et chers tous,

En plus du cousinage exploité à des fins inavouées, moi j’accuse tout ce que nous avons de négatif dans notre comportement et dans notre culture d’avoir tué la république.

J’accuse le “fadenia dialan” et le “konia” d’avoir tué la république.
J’accuse le communautarisme autarcique d’avoir tué la république.
J’accuse la culture de l’esclavagisme d’avoir tué la république.
J’accuse la culture de la trop grande tolérance nuisible des maliens source de la culture d’impunité, d’avoir tué la république.

J’accuse surtout la prédation des élites corrompus d’avoir tué la république.

J’accuse la société malienne entière d’avoir sacrifié l’avenir des jeunes maliens.

Cordialement
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Chouaibou
Twitter : @chbmaiga


Chouaibou,

Je me demandé dans quelle mesure le cousinage “universel” envers les Coulibaly n’est pas le signe de l’exploitation trop facile et intéressée de l’institution. A ma connaissance, les Coulibaly ne sont pas les parents à plaisanterie de tous les noms claniques. Mais regardez autour de vous et vous verrez combien il est facile d’obtenir l’effet escompté lorsque quelqu’un dit “Coulibaly kè” ou “Coulibaly mousso”.

Je n’ai pas souvenance d’une telle utilisation du senankounya dans ma jeunesse. Je suis pour la continuation de l’institution mais à condition que l’on respecte les buts sociaux importants recherchés dans les pratiques anciennes. Si l’on prend l’étymologie reconnue dans l’enseignement N’Ko, à savoir ” son nogoya”, il s’agissait pour les membres de différents clans d’un mécanisme de licence pour critiquer mutuellement les aspérités dans leur comportement. D’où l’insistance sur le mot “son”(caractère) et “nogoya”(adoucir pour rendre plus sociable).

Le plus faible pouvait dire au plus fort sans subir de représailles ce qui était mauvais dans son comportement ou sa façon de gérer la société; il y avait là un garde-fou contre la tyrannie et l’abus du pouvoir. Par ce canal, les recriminations populaires trouvaient un véhicule efficace. Nos sociétés aiment l’intermédiation; une chose est d’autant valable qu’elle passe par un intermédiaire.

Il n’est pas rare de voir une personne qui a bénéficié d’un cadeau demander à une autre personne de remercier le bienfaiteur. Loin d’être un simple salamalec, c’est une façon d’exprimer la gratitude autant qu’un moyen de rendre le bienfait public, car, dit-on, il n’y a pas pire voleur que celui qui cache le bienfait d’autrui(bonya dogobaga yé zonyé). Malheureusement, nous ne voyons dans le senankounya que l’aspect de la bouffonnerie et de l’exploitation mutuelle.
Bonne journée,

Chérif Keita


Bonjour Cherif,

Une toute autre question: Soundiata etait-il reellement infirme au point de ne pouvoir se tenir debout et a-t-il reellement pu marcher par miracle? Voila, je regardais un show sur l’ORTM ou Saramba Diabate etait au plateau avec un homme et ils ont raconte l’histoire de Soundiata. Selon eux, Soundiata n’etait pas paralyse (nambara), avait des jambes musclees mais ne pouvait pas se lever. Ce qui l’en empechait s’est gueri et voila comment il s’est tenu debout. Je vais voir sur YouTube pour le mettre en ligne. Je voudrais vraiment ton avis sur ca parce que c’est du malinke fort que ces deux parlent.

Abdoulaye Keita


Bonjour, mon frère. Comment vas-tu? Bien, je l’espère. Avec ta permission, je vais mettre Malilink en copie de cette réponse.

Ta question intéressante suscite beaucoup de réponses et d’hypothèses. Chez nous, l’histoire attribue bon nombre de traits physiques spectaculaires aux héros. En l’absence de preuves sûres sur la véracité ou la fausseté de ces affirmations, une analyse symbolique nous livre des connaissances plus profitables sur l’imaginaire et l’esthétique de nos peuples. Par exemple, on disait de Fakoly(le neveu de Soumaoro Kanté) qu’il avait une tête énorme et une bouche démesurément large(Fakoly Koumba, Fakoly daàba) et au narrateur d’expliquer que la dimension de sa tête est une métaphore pour sa capacité à se charger de lourdes responsabilités(de grandes charges) et que la largeur de sa bouche signifiait sa franchise extrême qui ne taisait aucune vérité, si dure qu’elle soit. On ajoutait que si Fakoly portait de gros pantalons, ce n’était pas pour dissimuler une hernie car il n’en avait pas. Fakoly était un homme dit accompli(le pantalon en est le signe). La liste continue et ainsi l’artiste oral révèle par de telles associations et métaphores sa propre dextérité verbale et captive l’imagination de son audience. Je suis sûr que tu te souviens de plusieurs de ces expressions dans nos chansons épiques.

Voyons maintenant certains des traits attribués à Soundiata. On dit communément qu’il a été paralytique pendant plusieurs années de son enfance(le nombre varie selon le narrateur). Là encore, voyons les choses sur un plan métaphorique. Pour le ngana(l’intrépide homme ou femme d’action) que Soundiata est supposé représenter, qu’est-ce qui peut être plus contrariant que l’incapacité de marcher, de courir, de sauter, etc? Tous ces obstacles à l’affirmation de la personnalité profonde du ngana se résument symboliquement dans la paralysie, qu’elle soit naturelle ou causée par les sortilèges(d’une marâtre). Le fait que Soundiata arrive à surmonter cette infirmité est aussi une marque du ngana, du héros, celui qui arrive à dépasser les limites que la vie(sa naissance ou sa condition sociale) lui impose pour élargir les frontières du vécu existentiel de son peuple(libération d’un joug étranger ou agrandissement de la patrie). Tout se passe comme si la dimension de la réussite du héros est nécessairement fonction de l’ampleur de l’obstacle(paralysie ou nambaraya) qu’il aura surmonté pour s’affirmer parmi ses pairs. Comme on le dit, le fromager est un grand arbre mais sa graine est petite. Cette image de Soundiata comme l’homme qui, après un début difficile, a triomphé de façon éclatante en se forgeant un destin prodigieux(le nankama) est la personnification d’une valeur essentielle chez nos populations, à savoir l’optimisme, penchant qui fait que nous sourions très souvent devant les plus dures épreuves (individuelles ou colllectives).

Comme dans toutes les sociétés, le héros devient une espèce de piquet auquel on accroche toutes les valeurs que le collectivité considère essentielles et indispensables pour la socialisation de l’individu. L’histoire du héros devient un outil didactique, même le meilleur, pour communiquer ces valeurs fondamentales. C’est ainsi que l’on attribue au héros ou à la figure héroïque la paternité de certaines pratiques culturelles ou d’ exploits qui ne sont pas forcément les siens(par anachronisme).

C’est à la lumière de cette réalité socio-esthétique que l’on peut peut apprécier la place centrale du héros Soundiata dans notre région. Il est cette référence humaine qui capte la plupart des valeurs culturelles essentielles, comme le respect de la mère(Sogolon Djata), la compétition avec le père ou les ancêtres(fadenya), l’importance de l’exil(tounka) pour l’enrichissement de la vie des êtres et des peuples(tissage de liens entre les peuples de la région), la lutte contre sur le statu quo et la stagnation(l’ennemi du héros). Cette dernière notion du héros comme l’agent de la révolution ou du changement se résume dans la formule suivante: “ngana mamandi fò kojugu dòn), le héros n’est aimé que les jours d’épreuves.” Tant que tout va bien, on n’a pas besoin du(d’un) héros–au contraire, on chasse celui-ci loin du village ou du pays. Mais pour peu que la sécurité collective soit menacée, on fait revenir le héros de son exil, comme on a fait venir Soundiata de Méma, au pays soninké(le Ghana), pour qu’il libère son peuple du joug de Soumaoro Kanté.

Je m’empresse de noter(en réponse à une vieille question de Malobbo) que l’oppression infligée aux Mandenka par Soumaoro n’est pas jugée négativement par l’imaginaire traditionnel, car Soundiata ne serait pas devenu un héros sans Soumaoro, qui en fin de compte, n’est qu’un sababu(une cause nécessaire). Donc, les caractéristiques effrayantes attribuées à Soumaoro aussi ne sont que des formules paraboliques, qui ne font pas de lui un être foncièrement méchant ou l’incarnation du mal. Bien au contraire, Soumaoro et sa caste(de forgerons) sont célébrés dans des refrains mémorables comme les vrais détenteurs de la connaissance(donniya) ou de la magie(souya), qualités qui constituent le fondement de toute société. Je répète toujours à mes étudiants que dans notre littérature orale à nous, il n’y a pas vraiment d’anti-héros(villains, en anglais); c’est la vision manichéenne de la littérature occidentale (les personnages doivent être bons ou mauvais) qui nous fait lire Soumaoro comme le mal; tel n’est pas le cas chez nous.

Soumaoro est le sababu qui permet l’ascension des Mandenka, le passage du royaume à l’empire, de l’état de faiblesse vers le rayonnement de leur civilisation, etc. En somme, le héros est un personnage ambigu et c’est cette ambiguité que Bertolt Brecht a saisie dans une expression semblable à celle citée plus haut: “Malheur au pays qui a besoin de héros; malheur au pays qui n’a pas de héros.” En d’autres termes, quand un pays a besoin de héros, cela veut dire que rien ne va plus; or, le pays qui n’a pas de héros est un pays condamné pour longtemps à la servitude.

Enfin, j’ai eu à beaucoup parler de ces notions dans mon ouvrage de 1995 intitulé, Massa Makan Diabaté: Un griot mandingue à la rencontre de l’écriture(Paris: L’Harmattan, 1995) et aussi dans deux émissions télé que j’ai faites sur le livre en 1996 avec feu Baba Sangaré dit Grazzi dans son Forum Culturel. Je possède les deux émissions, qui devraient être mises sur Youtube.

Porte-toi bien,

Chérif Keita


Cherif,
Merci sincerement pour ce beau cadeau d’histoire. Le titre du show en question est ngana (je comprends maintenant pourquoi). L’artiste c’est plutot Saramba Kouyate – pas Diabate. Je ne manquerais pas de me procurer ton livre. Beaucoup d’enseignements.

Permets-moi d’abuser de tes resources mais j’ai remarque que Kankou Moussa n’a pas eu la place de Soundjata dans les traditions orales. Qu’en penses-tu? Par ailleurs, le Dr. Houssouba m’aurait enseigne que le Songhai a sa source dans le malinke (bambara). Est-ce que c’est due a Kankou Moussa et son cortege? Kankou Moussa fut-il un descendant de Soundjata? On ne fait presque jamais reference a son NOM (Djamou) dans les traditions orales. Etait-il un Keita et a-t-il beneficie de la succession royale dans le Mande?

Merci beaucoup mon frere – I am ashamed I know little about our history.

Abdoulaye Keita


Merci Chérif, chers Abdoulaye et tous,

pour l’ exploration de “l’imaginaire et l’esthétique de nos peuples”. Cela contribue beaucoup à l’ éclairage ainsi à lutter contre la mystification et l’ obcurantisme entretenus sur le sujet. En fait ce que tu dis là sur les héros mandingues est valable pour les autres héros d’ autres terroirs de notre pays. Sur ceux du Macina j’ ai aussi des interprétations pareilles, donc l’ explication des paroles paraboliques.

Toutes fois, je doute fort qu’ il n’ a pas de anti-heros chez nous et que “c’est la vision manichéenne de la littérature occidentale (les personnages doivent être bons ou mauvais)”. Peut-être que tu as nos échanges passés en tête en me citant. Je disais que ces anti-héros (Soumaoro vs Soundiata) est une apologie du vainqueur. Or le morceau que j’ ai incriminé parlait de Soumaoro qui enlève la peau de son adversaire pour en faire des chaussures – et ceci sans la contribution quelconque de la littérature occidentale, mais dans la bouche d’ un griot malien estimant puiser de nos sources authentiques (ci-joint nos échanges là-dessus).

Merci encore

Bien cordialement

M. Diagayété