Le MAE Diop à DC

Le ministre Diop s’est prêté à une série de questions-réponses avec les maliens à Washington sur les accords d’Alger. Il a répondu aux questions sans langue de bois — la plupart du temps; à certains moments il a soigneusement évité de répondre directement. Mais de façon générale ses réponses étaient très candides.

La ligne est celle que le gouvernement répète; cet accord est le fruit d’un compromis; la partie malienne a beaucoup d’objections mais souhaite avancer afin de ramener la paix et que les réfugiés reviennent.

Le gouvernement ne prévoit pas d’alternatives à cet accord; si les rebelles refusent d’avancer alors c’est la responsabilité de la communauté internationale à les y forcer. Il n’y a pas de plan B. La messe est donc dite. Commençons à prier? C’est un des points sur lesquels le ministre n’a pas dit toute la vérité; il est difficile d’imaginer ne pas avoir de plan B quand ceux avec qui on est supposé signer refuse résolument de même parapher.

Et l’armée dans tout ça? Elle continue (en douce) à se remettre à niveau? Le ministre en tout cas ne voulait pas être trop bavard sur ça. Et il a peut-être raison.

Concernant la question de débat national (avant tout accord), Diop a rappelé que la loi conférait des prérogatives au chef de l’état pour mener le pays dans la direction qu’il estime être la meilleure. Il oublie cependant que la position du gouvernement aurait été encore plus forte si il y avait des propositions émanant d’un consensus national (ou politique).

Pour la question de la constitutionnalité de l’accord, il faut attendre que le débat arrive à l’assemblée — du moins ce que j’ai cru comprendre.

Pourquoi ne pas mettre l’Algérie de côté et arriver à un accord directement avec les rebelles? La réponse du ministre: ils ne nous font pas confiance et nous ne leur faisons pas confiance; d’où la nécessité d’avoir une partie neutre entre nous. Si le manque de confiance est tel que le dit le ministre, alors il est difficile de voir comment les rebelles accepteront l’autorité de l’état et la mise en œuvre d’un quelconque accord; le paradoxe ne peut pas avoir échappé au ministre. En somme, il n’est même pas clair quand l’implication des voisins cessera.

Il faut dire que le tempérament du ministre Diop a beaucoup favorisé les discussions. L’échange était à 2 sens; les participants étaient visiblement très engagés et Diop en a profité pour leur dire ceci: les Maliens partout où ils sont doivent être des extensions de la diplomatie malienne; tout le monde doit s’impliquer.

Le ministre a évoqué plusieurs autres points; la radio awkodi a enregistré les débats.

En définitive, je ne sais pas s’il a fait beaucoup évoluer la position des uns et des autres; je n’étais pas dans la salle mais je pense que la complexité de la situation fait de cela un exercice difficile.

Mon sentiment personnel est que nous assistons en simples spectateurs à une fuite en avant des autorités maliennes; elles veulent signer ce document; la médiation veut faire signer ce document; même si les rebelles finissent par signer ce document l’insécurité du pays ne fait que grandir. Et après la signature, que se passera-t-il? Un simple retour à la case de départ; tout simplement. Le problème restera entier.

Diop et le gouvernement qu’il représente vont signer l’accord; cela ne fait aucun doute; même si cela pose les jalons de ce qui créera d’innombrables problèmes que le gouvernement en toute évidence est prêt à accepter, comme le salaire et l’incurie de son leadership. De tout son énoncé, je n’ai pas eu le sentiment que Diop et le gouvernement mesurent la gravité de la situation. Je n’ai pas le sentiment qu’ils anticipent au delà de l’étape actuelle.

J’ai commencé à écrire ce billet juste après la fin de l’intervention de Diop; entre-temps j’ai pu voir un documentaire sur TV5 intitulé “Rwanda: du chaos au Miracle”. Tous les Africains doivent voir ça. L’équipe dirigeante du Rwanda s’est donné les moyens d’avancer; 40% de son budget provient de l’extérieur (contre 30% au Mali); mais leur discours est ceci: votre argent ne vous donne pas un droit de vote.

La communauté internationale nous demande de signer; on va signer puisqu’on nous le demande; et peut-être qu’en leur donnant ce plaisir ils vont nous aider; nous aider avec des euros supplémentaires; avec plus de formation militaire; avec des dons alimentaires; car, en définitive, nous sommes des incapables; des assistés éternels.

L’état malien n’a pas les moyens de mettre en œuvre ces accords; qu’on ouvre les yeux ou qu’on les ferme le soleil brille toujours. Le Mali ne peut pas continuer à exister comme ces gens-là veulent; “signons-vite-pour-retourner-à-avant” ne marchera pas cette fois-ci.

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A. Karim Sylla