Quadrature Française Dans La Crise Malienne

Les aventures françaises dans la crise malienne sont systématiquement discutées par l’article de cet ancien ministre et ancient député malien. Entreprise louable au vu du grand danger que fait courir à son pays une élite toute livrée à ses jeux de style et inconséquences ou un leadership reflétant celle-là. A moins qu’ils n’agissent par réflexe de ne pas perdre le visa français comme l’affirme l’auteur qui connait bien les marécages maliens! Je lui offre joyeusement plusieurs verres de thé à la menthe pour dissoudre le goût amer des vins et népotismes dont il avait été jadis victime. Sa réflexion patriotique est d’autant plus louable. On sait ce qu’il advint de la quadrature du cercle… une bonne occasion de siroter en paix…!
Diadié Alpha

http://www.maliweb.net/contributions/les-enjeux-de-lapres-signature-de-laccord-de-paix-du-15-mai-les-quatre-responsables-francais-du-systeme-des-nations-unies-et-de-lunion-europeenne-sont-a-la-manoeuvre-pour-993832.html


L’analyse présentée dans cet article jette la lumière sur la position ambigüe et délirante de la France dans la crise malienne. L’éternel est témoin de de ce qu’elle complote et de ce qu’elle mûrit comme dessein criminel contre le Mali. Elle, la France, est Une vraie Fausse Amie du Mali.

Salif Kone


Je me demande ce que pense Bruce Whitehouse de tout cela, lui qui continue a tenir la these du “Conspiracy theory” qui sous-tendrait les pensees et attitudes des Maliens vis a vis la France/communaute internationale.

Amadou Niang


Me voici Amadou !

Serais-je vraiment le seul sur Malilink qui ne croit toujours pas aux complots et aux intentions de l’Occident de partitionner le Mali ? Lors de mon entretien avant-hier sur Radio Awkodi j’ai du réitérer et défendre mon scepticisme, et étant donné la mauvaise qualité des informations qui circulent dans la presse bamakoise surtout concernant le programme machiavélique de l’ONU au Mali, je préfère rester sceptique. Une fois que les accusations se joignent par des preuves concrètes, alors je me change volontiers de position.

Je reconnais que les actions de l’ONU et de la France ne sont pas souvent salutaires pour l’avenir malien, et que les priorités de ces acteurs ne s’accordent souvent pas avec le respect strict de la souveraineté malienne. Mais je ne vois simplement pas quel intérêt elles auraient à faire partitionner le Mali, et donc de déstabiliser (davantage) toute une sous-région. Quelqu’un pourra certainement me l’expliquer….

Bruce Whitehouse


Les confusions du discours mènent souvent aux travers de la communication et à l’ambivalence des interpretations; mais si l’ambiguïté peut être propre au discours, les dures réalités sont là sous les sens de chacun!

L’article de l’ancien député reprend les différents faits qui étayent les incongruités dans la position de ceux qui prétendent être venus aider le Mali. De la remise sur sellette par Serval d’un Mnla déjà défait par les djihadistes, à l’interdiction à l’armée de rentrer dans Kidal ainsi que de son cantonnement dans cette ville et dans Ménaka post-Mai 2014, à l’acharnement des fameux amis à déloger la Plateforme de ses positions victorieuses récentes, au projet d’accord illégal et éhonté entre Minusma et Cma abandonné seulement après la dénonciation déterminée des vaillants citoyens de Gao en soulèvement, au soutien systématique des positions Mnla-Cma par les pseudos forces neutres ou amies, aux armes « amies » saisies dans les positions du Mnla défait, etc., je me surprends de devoir m’arrêter et plaindre vraiment les maliens qui ont recours à d’autres pour leur dire comment ils souffrent chez eux une agression imposée.

Je me rends compte de l’injustice criarde sinon le cynisme à vouloir imposer à la victime de prouver le crime perpétré contre lui. En effet, le Mali a pour lui la conviction intime et dramatique d’avoir à enterrer ses victimes…
Essayez de répondre à la question de qui sont les plus crédibles témoins des tueries et autres explosions d’engins au nord du Mali ? Des outsiders comme André Bourgeot, Francis Simonis, Joseph Brunet-Jailly, Jeremie Keenan, etc. y ont apporté des réponses honnêtes…

Vous comprendrez, bien sûr à votre réponse honnête, qu’il ne s’agit pas aux maliens d’apporter des preuves qu’on les trahit, mais c’est plutôt à ceux qui nient l’évidence de nos drames d’apporter les leurs.

Diadié Alpha


On en serait pas là aujourd’hui, si les paradoxaux amis ( armant et soutenant les ennemis de la paix au Mali) consacraient le dixième de leurs efforts de communication à dissuader le complexe djihâdo-rebelle-et-narco-traficant qu’ils n’ont aucun issu en voulant diviser un pays souverain de surcroît membre de l’ONU, membre de l’UA, et qui a ratifié la plupart des bonnes dispositions internationales de protection des droits des hommes…

Quelles perspectives ont les rebelles au moyen et long terme à travers le crépitement des armes?

Salif Kone


Merci à Amadou, Malobbo, Talatou, Karim, Salif et Diadié pour vos interventions lucides. Je voudrais y répondre d’abord en soulignant la distinction entre actions et intentions.

Diadié trouve que ma réponse à Amadou niait les crimes commises contre les populations maliennes, ce qui n’était nullement mon désir. Mes doutes ne pèsent pas sur les actes mais sur les motifs. Diadié cite Bourgeot, Simonis, Brunet-Jailly, et Keenan comme des “outsiders” qui ne partageraient mon scepticisme. Je connais les analyses de Keenan, qui est depuis longtemps un adepte des théories complots (accusant surtout la DRS algérienne), mais si Bourgeot, Simonis ou Brunet-Jailly ont publié des analyses qui attribuent à la France la volonté de diviser le Mali, j’ai dû les manquer, et je les lirai dès qu’on m’en envoie les liens.

La question de Talatou est de comment réconcilier mon scepticisme du complot avec les actions franco-onusiennes qui nuisent à la souveraineté malienne. Or la thèse du complot attribue à la “soi-disant communauté internationale” l’intention de diviser le Mali. Les décisions de la France ou de la MINUSMA sur le terrain ne peuvent-elles pas menacer l’unité malienne sans avoir pour objet exprès la partition du pays ? Pour répondre à la question de Malobbo, je ne rejet pas la possibilité d’une naïveté mais je pense que c’est plutôt un problème de priorités contradictoires entre l’ONU, le gouvernement français et le gouvernement malien. Je pense que la plus haute priorité de l’ONU y est de mettre fin aux violences sur le terrain, et la plus haute priorité politique de la France, c’est combattre les groupes djihadistes qui menacent directement les intérêts économiques et sécuritaires français. Ces priorités semblent avoir poussé ces acteurs de pactiser avec le diable : comme dit Karim, les autorités françaises ont décidé de chasser certains groupes armés et de laisser des autres tranquilles, voire d’utiliser ceux-ci contre ceux-là, ce qui nuit à la plus haute priorité du gouvernement malien, à savoir la protection de sa souveraineté et de son territoire. Je considère ça une question de complaisance et non de malveillance, même si l’effet à terme risque d’être le même.

Concernant les évidences des intentions françaises évoqués par Amadou et les affirmations du MNLA de son soutien français (voir par exemple http://malijet.com/actualte_dans_les_regions_du_mali/rebellion_au_nord_du_mali/128596-quand-l%E2%80%99histoire-donne-raison-au-%C2%AB-ministre-des-affaires-ext%C3%A9rie.html), il est incontestable que le MNLA a essayé depuis 2011 de se montrer fréquentable sur la scène internationale, malgré le refus total de la communauté internationale de reconnaitre sa déclaration de l’indépendance. Dès l’arrivée de Serval dans le nord du Mali les dirigeants du MNLA ont crié haut et fort que leurs éléments collaboraient avec les Français sur le terrain dans la “lutte contre le terrorisme”. Le récit de J-C Notin (http://www.tallandier.com/livre-9791021004566.htm) m’indique que la réalité était toute autre ; il décrit une méfiance générale entre le Serval et les mouvements séparatistes. Je suppose que je trouve ce récit plus fiable que les articles de la presse bamakoise simplement parce que Notin montre ses sources, alors que les journaux maliens (à l’exception de L’Essor et un ou deux autres) ne m’ont pas inspiré la confiance dans le passé récent, par exemple en répandant les rumeurs sur les supposés mercenaires burkinabè et ivoiriens en mai 2012. J’ai du mal à distinguer le vrai du faux et du vrai-faux sur Maliweb, Maliactu etc.

Il y a encore des faits qui, pour moi, perturbent la théorie du complot. Si la MINUSMA a pris partie pour les rebelles, pourquoi jusqu’ici les combattants du MNLA restent les seules à être tués par la force onusienne (http://www.rfi.fr/afrique/20150120-mali-minusma-detruit-vehicule-rebelles-mnla-cma-tabankort-gao/) ? Si je ne me trompe pas, aucun élément des FAMA ou du GATIA n’a encore été visé. Si la France et la MINUSMA soutiennent les espoirs indépendantistes, pourquoi sont-elles depuis 2013 dénoncées par des manifestants pro-“Azawad” à Kidal ?

Pour conclure, je prie toujours qu’on m’explique, quel motif auraient la France et l’ONU pour diviser le Mali ? Mon scepticisme dépend, je pense, sur ce que je perçois comme un manque de motif dans l’affaire.

Je tiens à remercier tous les Malilinkers qui animent ces débats qui m’informent chaque jour, et à vous assurer que je reste toujours ouvert à vos analyses dans l’intérêt d’un Mali uni, tranquille et prospère.

Bruce Whitehouse


Bruce, ma question “naivité” est naturellement rhétorique. Sans quoi comment imaginer que la France avec son expérience millénaire soit naive. C’ est ainsi avec l’ ONU dont les décisions importantes viennent des puissances les plus expérimentées du monde dont la France.

“Quel motif auraient la France et l’ONU pour diviser le Mali ?” (Bruce). Je n’ en vois pas aussi d’ intérêt à court et moyen terme. Mais tjrs étant: la France de Sarkozy a encouragé, armé (en partie) le MNLA dans sa lutte armée. Je pense que là tu n’as plus besoin d’ arguments supplémentaires.

Une partie de la réponse est déjà là par toi-même: “combattre les groupes djihadistes qui menacent directement les intérêts économiques et sécuritaires français”. Le MNLA ne peut pas menacer les intérêts économiques de la France, car ces dirigeants (en fait ses uniques vrais membres) dépendent absolument de la “complaisance” (Bruce) de la France en tout point de vue.

Dans le même ordre d’ idées, on peut se demander pourquoi la Françafrique (et la Francophonie) a (ont) une vie si dure: intérêts économiques, politiques et diplomatiques de la France en perte de vitesse vis-à-vis de ces concurrents directs y compris les USA bien que partenaire idéologique de la France. Tous ces intérêts de la France dans ces anciennes colonies sont de même niveau d’ importance, alors que ces colonies, comme par miracle, constituent le peloton des plus pauvres du monde.

“Si je ne me trompe pas, aucun élément des FAMA ou du GATIA n’a encore été visé. Si la France et la MINUSMA soutiennent les espoirs indépendantistes, pourquoi sont-elles depuis 2013 dénoncées par des manifestants pro-“Azawad” à Kidal ? ” (Bruce). D’ abord ce n’ est pas tout à fait vrai. Il y a bien eu des morts maliens par la MINUSMA à Gao. Les FAMAs et le GATIA n’ ont jamais menacé directement Serval, Berkhane et la MINUSMA. C’ est les troupes du MNLA, qui peut-être, par indiscipline, l’ ont fait. La France et la MINUSMA savent très très bien que la majorité des Touareg et Arabes, ne parlons même pas des autres communautés sont contre le MNLA. Je pense que tu admets que ce serait mortel pour la Mission de la France et de la MINUSMA de ne pas considérer le rapport des Forces civiles sur le terrain. Une autre partie de l’ explication que la France et L’ONU (la MINUSMA) ne peuvent pas être naives !

Les dénociations faites en l’ endroit de la France et de la MINUSMA de part et d’ autre montrent tout au moins leur position ambigue. Si la France par son chef de BERHKANE a dit qu’ elle est là pour combattre les jihadistes, la MINUSMA ne l’ a même pas dit des bouts des lèvres.

Pour finir avec la tergiversation: la Mission de la MINUSMA est claire et fixée dans les différentes résolutions de l’ ONU: intégrité territoriale du Mali et rétablissement de l’ État malien sur le tout le territoire malien. Qui s’ oppose activement et ouvertement à ces objectifs? Pourquoi la MINUSMA ne lui montre pas clairement ses limites, au moins verbalement, ça suffirait pour indiquer aux Maliens que la MINUSMA est lá pour aider la République du Mali?

Mais non la MINUSMA se livre à un exercice d’ équilibristique, de neutralité: ni convainquant, ni courronné de succès, les populations sont pilliiées, tuées, etc. par le MNLA et ses alliés pas par les FAMAs et la Plateforme. Moi j’ ai arrêté ma petite statistique que j’ ai commencée en Avril/Juin 2015, tellement il y a d’ insécurité pour la population civile et les FAMAs cantonnées …

En tout état de cause la MINUSMA doit savoir qu’ elle n’ est pas dans un labo chimique où la neutralité est bien définie: ph 7 ….

Bien cordialement

M. Diagayété