Risques du Radicalisme Religieux

Bonsoir chers tous

Un autre article sur la nébuleuse islamiste branche malienne de la DAWA.

L’auteur Adama Diarra y traite de la DAWA au Mali et comment de modérée elle est devenue radicale.
Chouibou Maiga


Source: Maliweb.net

Iyad Ag Ghaly est la figure influente de la Dawa au Mali. Il est l’un des bras financiers de cette secte à travers la réalisation des mosquées et medersas. Bien avant son séjour en Arabie Saoudite en sa qualité de consul du Mali, il était en relation avec les prédicateurs pakistanais qu’il a côtoyés à Kidal. Il va profiter de son statut de consul pour parcourir plusieurs foyers de la Dawa au Pakistan, au Qatar. Le dirigeant de l’ex-organisation terroriste, Ansar Eddine s’est fixé pour mission de réussir à instaurer la Charia sur l’ensemble du territoire. Pour y parvenir, il a sollicité le service de l’un de ses lieutenants, Amadou Koufa dont la mission est d’investir les localités du sud. Ces deux personnages comptent de nombreux comparses dans les grandes villes du pays. Plusieurs présumés terroristes actuellement en détention sont issus de cette secte. Des cellules dormantes furent démantelées à Bamako et à Diago (Kati).

Les récentes attaques perpétrées au Mali notamment dans les régions de Ségou, Sikasso et dont la plus récente est la prise d’otages de Sévaré ont porté la signature de la Dawa, une secte en nette proportion au Mali. Ces attaques ont du coup jeté au devant de la scène cette secte aux relents fanatiques et radicaux. Alors qu’à l’origine elle n’était pas marquée par l’extrémisme auquel nous assistons. Selon de nombreux spécialistes, la Dawa est l’invitation faite aux hommes à adhérer à l’islam. Il s’agissait pour le prophète Mohamed (psl) et ses disciples d’appeler les fidèles sur la voie de Dieu en toute sagesse et humilité sans extravagance et sans recours à la violence. Dans la Dawa originelle, seuls les lettrés, les personnes imbues d’une profonde maitrise du Coran étaient autorisées à répandre l’islam. On nous explique que dans plusieurs versets, le Coran ordonne au Prophète d’assurer la mission de la Dawa en faisant appel au dialogue et à la persuasion : » Appelle (‘ud’u) les hommes dans le chemin de ton Seigneur, par la sagesse (al-hikma) et une belle exhortation (al-mu’idha al-hassana), discute avec eux de la meilleure manière (jadilhum bi allati hiya ahssan) « .

En effet, après la disparition du prophète et à travers l’histoire, la Dawa a pris certaines ramifications. C’est ainsi qu’apparaitra au Pakistan, l’un des plus grands foyers de la Dawa, ce qu’on a appelé la » Dawa Tabligh « . Ces membres dédient leur vie au voyage et à la transmission du message de l’islam à travers le monde. Comme on peut le constater, la » Dawa Tabligh » a fini par s’étendre dans d’autres pays dont l’Afghanistan, l’Inde et le Qatar. Elle a regagné l’Afrique à travers des pays comme l’Algérie, la Mauritanie, la Libye, le Mali, etc.

Financement des mosquées et medersas

Les premiers missionnaires de la Dawa au Mali (prédicateurs pakistanais) se sont fait connaitre du grand public comme de véritables mécènes investissant dans la réalisation des mosquées et des medersas. Et c’est à partir des années 2000 que la prédication pakistanaise a véritablement pris corps au Mali à travers l’envoi d’émissaires dans toutes les villes de l’intérieur principalement celles du nord. Sous des dehors humanitaires, ils parviennent à convaincre leurs nouveaux adeptes à renoncer à leur vie ancienne. Une situation qui a conduit beaucoup d’entre eux à abandonner leur famille ou leurs emplois. Lorsque les nouveaux adeptes acquièrent la confiance de leurs formateurs, ils sont pour les plus brillants d’entre eux envoyés au Pakistan, au Qatar ou dans d’autres foyers religieux versés dans le radicalisme pour parfaire leur connaissance (endoctrinement).

A Bamako, il sera érigé au quartier de Banankabougou, un centre pour la propagande appelée » Markaz « , un lieu de rencontre pour les membres de la secte. Il sera fermé par les autorités de la transition avant d’être ouvert de nouveau.

Iyad Ag Ghaly, le bras financier de la Dawa au Mali

Par le canal de l’argent facile, la Dawa a pris une nette progression au Mali. Elle sévit dans toutes les localités du pays et compte des disciples issus de diverses couches socioprofessionnelles. La secte doit sa consolidation au Mali à Iyad Ag Ghaly, leader de l’organisation terroriste dissoute Ansar Eddine. Il en est même sa figure emblématique. De sources concordantes, l’homme a côtoyé la secte pendant plusieurs années. C’est d’ailleurs lui qui a financé les travaux de finition du centre Markaz à Banankabougou où il priait pendant ses séjours à Bamako. Pour témoigner de son engagement pour cette secte, il a inscrit l’un de ses enfants au Markaz. Ce dernier poursuivait ses études jusqu’en 2012 après l’éclatement de la crise du nord. Ensuite, il a été exfiltré de Bamako pour le mettre en sécurité.

Véritable cerveau de la Dawa au Mali, Iyad Ag Ghaly a voulu à ses débuts donner l’image d’un homme modeste et a l’habitude de séjourner pendant des semaines dans certaines mosquées de la capitale. Il s’est aussi rendu en Mauritanie à maintes reprises utilisant les transports collectifs.

En 2007, le président d’alors, Amadou Toumani Touré, le nomme consul à Djeddah (Arabie saoudite). Il sera expulsé, trois ans plus tard, à cause de sa proximité avec des islamistes trop radicaux. C’est dire donc qu’il avait déjà versé vers le salafisme bien avant son voyage en Arabie Saoudite. Il se raconte que pendant son séjour dans le Royaume Saoudien, il a connu une véritable métamorphose. L’homme a, semble-t-il, profité du passeport diplomatique que lui conférait son statut de Consul pour visiter plusieurs pays du Golf, dont le Qatar. Il s’est aussi rendu plusieurs fois au Pakistan. Ces nombreux voyages lui ont permis de nouer d’excellentes relations avec des réseaux salafistes et mafieux. Cette connexion avec des islamistes radicaux est à l’origine de son expulsion d’Arabie Saoudite.

De retour au pays, Iyad Ag Ghaly n’a pas chômé. Il a poursuivi la diffusion de la secte dans toutes les localités. Amadou Koufa, le fondateur du Front de libération du Macina est l’un de ses plus fidèles lieutenants et va l’aider dans la propagande pour l’instauration de la Charia. Ces deux personnalités influentes bien que restant toujours dans la Dawa vont créer leurs propres organisations terroristes pour mener à bien leur funeste combat. Iyad Ag Ghaly s’est attribué comme tâche l’instauration de la Charia dans les régions nord du pays alors que Amadou Kouffa se doit de l’étendre à celles du sud.

Si Iyad Ag Ghaly est connu du grand public tel n’est pas le cas pour Amadou Koufa dont le parcours reste très complexe.

Hamadoun Kouffa : De l’élève coranique brillant au chef terroriste redouté

Celui qui sème la terreur dans la région de Mopti et l’ensemble du Mali s’est révélé au grand public lors de l’attaque des positions de l’armée à Konna, le 9 janvier 2013. Après le contrôle de cette ville, Amadou Diallo connu sous le nom de Hamadoun Kouffa, puisque c’est de lui qu’il s’agit à téléphoner plusieurs marabouts influents de la région pour les menacer de s’aligner ou périr.

L’intervention française du 10 janvier a mis fin à l’avancée des radicaux. Après cette intervention, Hamadoun a été déclaré mort par certains et blessé par d’autres. L’homme, comme la plupart des lieutenants de Iyad Ag Aly et de Belmoctar qui ont pris part à cette offensive se sont retirés dans certains pays voisins du Mali comme l’Algérie, le Burkina Faso et le Niger. C’est ainsi que plusieurs sources ont soutenu que Hamadoun Kouffa a regagné le Burkina en passant par le Gourma avant de regagner la frontière avec Mauritanie en début 2014. C’est à partir de la vaste étendue non contrôlée que ce pays partage avec le Mali qu’est le Méma que Hamadoun Kouffa a regagné le Mali.

Qui est Hamadoun Kouffa ?

A ce stade de nos recherches, il n’est pas facile de déclarer avec exactitude le lieu de sa naissance. Selon les renseignements, dont nous disposons, la famille de Hamadoun Diallo est originaire de Kouffa, un village situé dans la commune rurale de Saraféré, cercle de Niafounké, dans la région de Tombouctou. Ce village est connu pour avoir toujours eu des marabouts brillants. Ses parents ont quitté cette localité et se sont établis à Diallassagou, cercle de Bankass et région de Mopti. Selon certaines sources, Hamadoun Diallo serait né dans cette localité. Pour d’autres, il est venu avec ses parents très jeunes. Le seul point commun, c’est qu’il est issu d’une famille très peu connue. Ses parents sont tous décédés à Diallassagou où ils sont enterrés.

Ceux qui l’ont connu, le décrivent comme un quinquagénaire de teint léger-clair, d’une taille moyenne, physiquement costaud avec un nez épais et une barbe mince. D’autres affirment sans grande certitude qu’il serait né vers 1965.

De son jeune âge, Hamadoun Diallo est décrit comme un jeune intelligent et turbulent. Il a fait ses premiers pas d’élèves coranique à Diallassagou dans la région de Mopti chez le maître coranique très connu du Seno-Bankass, Alpha Nouh Yalema. Celui-ci fut son premier maître coranique. Très jeune, il a eu la maîtrise totale du Coran. Comme la plupart des élèves coraniques, Hamadoun Diallo s’est rendu successivement, à Tounouma, un village du cercle de Niafounké chez le maître coranique, Djoubolo Tounouma, à Wouro-Guiya dans le cercle de Tenenkou chez Modibo Allaye Yida. A Wouro-Guiya, il y passa près de deux ans avant de quitter ce village pour se rendre à Tioki, cercle de Youwarou chez le maître coranique Oumarou Tioki. C’est à partir de là qu’il s’est rendu à Ballaguiné à l’est de Sofara chez le maître coranique, Oumarou et à Sofara chez son premier maître coranique, Alpha Nouh Yellema. Après un séjour dans cette localité, il quitta cette localité pour se rendre chez le marabout Hamoye Dassi à Sokoura, dans le cercle de Mopti puis à Taïkiri, dans la Commune Urbaine de Mopti chez le marabout et maître coranique, Bara Sibo. Il est décrit comme un élève discourtois.

Etudiant-Poète

Dans la tradition des écoles coraniques, les étudiants évoluent dans des associations ou des organisations informelles. Ces organisations se rivalisent à travers la maîtrise du saint Coran. Dans ces organisations, les étudiants coraniques composent également la poésie récitée sous forme de chansons. Sur ce, Hamadoun Kouffa s’est distingué à travers sa créativité et sa voix d’or qui attire des milliers de jeunes filles peule. Il a adhéré à plusieurs organisations, dont la plus célèbre est » Woulamou waldemaliyi » une expression qui signifie association des enfants du Mali. Parmi ces chansons célèbres, on retient Af Dalou, Rabana Ya zal Armani, Sawa mi Sawti Amarsi et Barry Welta. Composées en peul et en arabe, ces chansons décrivent le parcours, les conditions des enfants talibés, la beauté de la femme peule, la culture peule et des injures à l’égard de certains chefs de familles qui leur refusent l’hospitalité et des jeunes filles qui déclinent leurs avances. C’est ainsi que Hamadoun Kouffa a été interdit de séjour à Guembé, Ségué et Soufouralaye dans le cercle de Mopti.

Hamadoun le prêcheur

Le brillant élève coranique et grand poète a commencé le prêche en 2001 en s’attaquant à des grands marabouts, des leaders religieux, des chefs traditionnels et des magistrats en les qualifiant de corrompu. Il s’est violement attaqué aux pratiquants de la Dawa avant de les intégrer en 2008. Cette intégration a été critiquée par plusieurs prêcheurs dans la région. Après son intégration, il a séjourné en Afghanistan. De retour, il commence à s’attaquer dans ses prêches aux gouverneurs, aux magistrats tout en appelant à l’instauration de la charia. Ce prêcheur peul converti au radicalisme religieux dispose de nombreux adeptes passifs et actifs. Il est affilié à plusieurs organisations terroristes. Il est le fondateur du Front de libération du Macina affilié à Ansar Eddine.

Bamako a failli devenir en 2012 l’un des plus grands sanctuaires de la Dawa en Afrique

En pleine crise sécuritaire, Bamako devait abriter l’une des plus grandes rencontres de la Dawa. Il était prévu la création d’un centre régional pour l’enseignement de la secte. Mais suite à des informations fournies aux services de renseignements sur le risque qu’il y avait pour notre pays d’abriter une telle rencontre internationale, les autorités de la transition l’ont annulée. Toutefois, 16 prédicateurs maliens et mauritaniens, membres présumés de la secte ont été tués à l’entrée de Diabaly. Ils avaient selon des sources sécuritaires, refusé d’obtempérer à des consignes de sécurité.

Des cellules dormantes démantelées à Diago

Toujours pendant la transition, des responsables de cette secte ont approché la préfecture de Kati pour l’achat de 50 hectares. Toutes ces superficies devaient servir à la construction d’une mosquée et d’un complexe dans la zone de Kati, non loin du camp militaire. Lorsque les autorités ont été informées de cette situation, elles ont diligenté une enquête. Les rapports de cette enquête étaient très accablants, il s’agissait plutôt d’un camp d’entrainement visant à embrigader des jeunes et perpétuer l’idéologie salafiste. Les autorités ont refusé. Par contre, certains habitants dont les enfants avaient été formés au Pakistan n’ont pas hésité à céder à la secte, des portions du champ familial. Au cours des investigations dans la localité de Diago, un présumé terroriste ressortissant du même village a été surpris en train de former de jeunes gens. Ils ont été arrêtés. D’autres cellules similaires ont été démantelées en toute discrétion à Bamako par des services de renseignements.

Abdoulaye DIARRA, Moussa SIDIBE


Modérée ou radicale il ne faut pas faire abstraction de l’histoire du sahel occidental précolonial et même au delà. Il s’agit de tout le sahel précolonial.
Vivre sous la charia est une aspiration politique du sahel de la période précoloniale.
A défaut d’avoir fait prospérer la république que nous avons connue avec la colonisation, le risque est grand que les structures de la période précoloniale nous ramènent au moyen-âge.
Le problème c’est donc de redresser la république, ses lois et ses armes. Ce serait une grand avancée par rapport à ce à quoi les forces de l’inertie sociale pourraient nous faire subir.

Je vous joint ce petit passage d’un texte de Hampâté Bah où Cheick Souadou (le plus prestigieux soufi en milieu peulh du Sahel malien), invitait El Hadj Omar à abandonner sa guerre pour mener la vraie guerre, celle de faire du peulh la langue du coran pour la conquête des âmes.

Vigilance donc.
Cordialement.

Amb. Ret. Mamadou Traoré


Monsieur l’Ambassadeur,

Le défi majeur réside dans la ré fondation ou reconstruction de l’Etat dans sa forme la plus adaptée et la plus représentative des environnements, des mentalités et des cultures (africains) pour ce qui nous concerne.

Ensuite, il s’agira de tracer le cadre des rapports inter relationnels, inter communautaires et inter institutionnels, dans un esprit de justice, d’équité et de recherche permanente d’équilibre des forces.

Dans cette dernière démarche, la recherche du meilleur équilibre avec la religion est un défi colossal. Tant que les esprits seront annihilés, fermés au savoir et que les individus auront peu d’autonomie, ces derniers n’auront pas d’autre choix que de se fier à d’autres pour penser et pour agir.

L’éducation, non prise au sens forcément occidental du terme, est la piste où les États post coloniaux ont été les plus défaillants.

Juste un exemple, quel intérêt il y a pour des étudiants de la faculté des lettres et des sciences humaines des universités maliennes d’apprendre en masse encore des langues mortes ou peu parlées dans le monde. Au même moment, on se plait à aller former des gens du culte dans des pays étrangers, sans jamais prendre soin d’ouvrir de nouvelles facultés dédiées à la connaissance des religions et du culte. Au delà de cet exemple, un autre me vient à l’esprit. La forte présence chinoise dans tous les secteurs de l’économie mondiale pourrait être une bonne occasion d’apprendre cette langue puisque les chinois s’adonnent à l’apprentissage du bambara.

Toutes ces démarches concourent à la recherche d’une autonomie de l’individu, partant, de la communauté.

Mamadou I. Konaté


Juste un exemple, quel intérêt il y a pour des étudiants de la faculté des lettres et des sciences humaines des universités maliennes d’apprendre en masse encore des langues mortes ou peu parlées dans le monde. Au même moment, on se plait à aller former des gens du culte dans des pays étrangers, sans jamais prendre soin d’ouvrir de nouvelles facultés dédiées à la connaissance des religions et du culte.

Au delà de cet exemple, un autre me vient à l’esprit. La forte présence chinoise dans tous les secteurs de l’économie mondiale pourrait être une bonne occasion d’apprendre cette langue puisque les chinois s’adonnent à l’apprentissage du bambara.”

Bons exemples, Maitre Konaté !

Bien cordialement

M. Diagayété


Mamadou Traoré: “Vivre sous la charia est une aspiration politique du sahel de la période précoloniale” ???

Oui, c’ était l’ ambition des érudits du Coran pour le Sahel précolonial – tout juste avant la colonisation, à partir de 1818, année officielle de la création de l’ Empire Peul du Macina, lequel fut suivi par l’ éphémère Empire des Futas (Toro + Djallon + Macina) de El Hadj Oumar, car les colonnes des conquérants colons le suivait sur le pas.

A remarquer que la première victoire de Sékou Amadou à Soye-Noukouma était celle contre une coalition de Bambara (Dâ Mozon), de Peuls (Boubou Arɗo Galo (Macina proprement dit), Gelaajo Hamboɗeejo (Kounari), etc., etc…) tous unis contre la propagation de l’ Islam, donc contre la Charia.

Il faut faire attention à la véracité historique.

Bien cordialement

M. Diagayété


La conversation autour du thé à la menthe prend grand plaisir au contraste introduit par Mamadou Traoré entre le risque que les structures de la période précoloniale nous ramènent au moyen-âge et l’opportunité de la république post-coloniale – ou néo-coloniale – avec ses lois et ses armes. Mamadou Konaté rebondit avec des exemples actuels d’inertie voire de régression sociale de notre système d’éducation mettant ainsi subtilement en cause le coeur même de cette république ainsi que l’opportunité d’un meilleur équilibre avec la religion dans un esprit de justice et d’équité. Plusieurs verres du breuvage stimulant à Konaté disant que tant que les esprits seront fermés au savoir et auront peu d’autonomie, ils seront voués à se fier à d’autres pour penser et pour agir.
Plusieurs verres de même à Traoré qui indique, à travers Cheick Souadou invitant El Hadj Omar à abandonner sa guerre pour mener la vraie guerre, la voie de faire du peulh la langue du coran pour la conquête des âmes. La conversation autour du thé à la menthe s’est rappelée à ce point la remarque de Amadou Hampathé Bâ que l’écriture est une chose et le savoir une autre et que la transmission initiatique fut mise à mal par l’avènement de l’indépendance sur la base d’idées et d’idéologies exclusivement européennes malgré une connaissance africaine immense et variée. L’écriture des langues locales pour conquérir les âmes? Idée bien profonde de Traoré! Les Peuls disent que l’individu a trois choses: son physique, son parler et son métier. Une ou deux venant à manquer et on peut toujours le reconnaitre, mais quand il perd les trois, il devient quelqu’un autre! Complet, il est dans l’état de neddaaku (peul), de maayaa (bambara) ou de targui (tamashack). Le deuxième verre de thé à la menthe sera pour une prochaine fois…

Diadié Alpha