Chefs d’Etat Africains

En Juin dernier, nos amis Stephane Kader et Abdoulaye Keita avaient suggéré la lecture du livre d’Herman Cohen “The Mind Of The African Strongman” — j’avoue que le livre est très intéressant.

Herman Cohen a fait carrière comme diplomate américain en Afrique et plus tard comme le monsieur Afrique du département d’Etat, conseiller des administrations républicaines. Dans le livre il révèle beaucoup de choses sur la personnalité de présidents africains — Senghor, Houphouët-Boigny, Mobutu, Mugabé, Bongo, etc.

Senghor — dictateur aux gants de velour, esprit vivace et très à cheval sur les principes. Dans une conversation avec le président, Cohen révèle lui avoir suggéré d’annexer la Gambie; réponse de Senghor: “nous ne ferons jamais cela; ce serait une violation des lois internationales”. Il y a aussi cette révélation qui laisse perplexe: pour son personnel domestique Senghor n’employait que des Peuls; ils les considéraient comme le groupe ethnique le plus intelligent en Afrique de l’Ouest. Cela donne un peu froid au dos quand dans les hautes sphères de l’état de telles considérations déterminent les choix.

Bongo — grand ami de la France (et des US), meilleur ennemi du Gabon. Dans sa conclusion, Cohen dit que Bongo a eu tous les atouts pour mettre son pays en orbite: une petite population, du pétrole, d’innombrables minerais, etc., mais le résultat est plus que décevant. Les huit pages qui lui dédiées sont assez révélatrices des relations France-Afrique.

Houphouët-Boigny — auteur de coups fourrés, tenace et très influent. Cohen est persuadé que l’influence d’Houphouët allait bien au delà de son voisinage immédiat. Malgré la volonté de la France, la banque mondiale et le FMI à vouloir dévaluer le franc CFA, l’opposition du président de la RCI l’a rendu impossible pendant son vivant. Cohen rend aussi le président responsable de la crise politique qu’a connu la RCI; il ne pouvait supporter l’idée d’un successeur de son vivant; chose qui aurait évité pas mal de problèmes.

Le livre de Cohen est unidimensionnel; il présente ses vues à travers un prisme propre à lui même. Néanmoins, au delà des révélations intéressantes, on y apprend un pan du principe de fonctionnement des états africains. Le tout écrit dans un style très simple — comme dans une conversation.

THE MIND OF THE AFRICAN STRONGMAN: Conversations with Dictators, Statesmen, and Father Figures, Herman J. Cohen, VELLUM Books, 2015, 218 Pages

J’espère que le livre sera traduit en français — en tout cas merci beaucoup aux deux malilinkers qui l’ont suggéré ici.

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A. Karim Sylla