Je T’aime, Moi Non Plus

C’est une vraie comédie ce qui se passe en France; IBK est décoré même si la justice Française est à ses trousses (il a embarqué tous ses avocats dans sa délégation, au cas où); IBK réussit à avoir une rallonge (dette + don) de la France même si elle n’est pas sûre de l’usage — de toutes les façons elle se fera rembourser. Tant pis pour les maliens si c’est mal utilisé. Et puis IBK promet à la France de (finalement?) lutter contre la corruption avec des nouvelles lois — c’est simplement hilare!!

La dernière partie de l’article est assez amusante — les politiciens français sont apparement plus subtiles que leurs homologues maliens.

A. Karim Sylla

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La France aide le Mali… sans trop savoir où va l’argent
22 Octobre 2015 | Liberation | Jean-Louis Le Touzet

Que retenir des allocutions des présidents Keïta et Hollande en ouverture ce jeudi matin, à Paris, sous l’égide de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), de la Conférence internationale pour la relance économique et le développement du Mali ? Que les convulsions qui ont tordu le Mali depuis 2013 seraient derrière nous. C’est en substance la teneur des propos présidentiels. Les deux hommes se sont donnés du «François» et du «Ibrahim», affichant une grande proximité. Hollande, répondant à un discours d’IBK qui, comme le Niger sort de son lit lors de l’hivernage, est sorti lui aussi de son texte en laissant le verbe, qu’il a riche, déborder.
IBK en chef militaire

Il fut question de reconstruction du Nord, du soutien appuyé d’Alger aux accords de paix de juin dernier, de 360 millions d’euros d’aides de la part de la France jusqu’en 2017 – dont 80 pour les régions du Nord –, de nouvelles politiques publiques, de lois sur le blanchiment de l’argent sale et aussi d’une mise en garde d’IBK envers «quiconque viendrait remettre en cause les accords de paix». Ibrahim Boubacar Keïta s’est voulu martial et a endossé son uniforme de chef militaire. La salle a alors acquiescé d’un air grave.

Reste qu’avec une armée nationale humiliée en 2013 et mise en déroute l’an dernier à Kidal, comment pourrait-elle faire respecter ces mêmes accords ?

Hollande, après avoir chaudement remercié à son tour Alger et le «président Bouteflika» pour son rôle actif dans la conclusion de ces accords, a toutefois modéré l’enthousiasme de son «cher Ibrahim» : «Si la pauvreté continue, alors les mêmes causes provoqueront les mêmes effets. C’est pourquoi nous voulons intensifier les politiques de développement.»
Où va l’argent ?

Une source sur place faisait quand même la moue : « Il faudra être encore plus attentifs que nous l’avons été aux décaissements des sommes et vérifier si elles ont bel et bien été dirigées vers ces programmes.»

Et c’est là justement que le bât blesse. Car si IBK a évoqué «de nouvelles lois sur l’évaporation fiscale», l’argent des donateurs a pris souvent, dans un passé récent, le chemin d’une tuyauterie administrative malienne qui ne donnait qu’un goutte-à-goutte confondant d’étonnement ces mêmes donateurs, aujourd’hui légèrement refroidis.

Cela écrit, il convient de ne pas se laisser totalement emporter par les échanges cordiaux entre les deux hommes. Hollande s’est montré brillamment ironique, parlant «de brièveté» à propos d’un discours interminable d’IBK et lui rappelant, avec cette morsure câline qui est sa marque de fabrique : «Si demain, il y a un Mali démocratique et qui relève les défis, alors vous pourrez être fier de vous.»

Histoire de rappeler que Paris sera extrêmement attentif au pognon décaissé et aussi, de manière subliminale, que l’opposition malienne n’avait pas été consultée lors des accords. Cette dernière pointe d’ailleurs IBK sur sa gestion, disons assez personnelle, des deniers de l’Etat.


Dernier paragraphe :

“Cela écrit, il convient de ne pas se laisser totalement emporter par les échanges cordiaux entre les deux hommes. Hollande s’est montré brillamment ironique, parlant «de brièveté» à propos d’un discours interminable d’IBK et lui rappelant, avec cette morsure câline qui est sa marque de fabrique : «Si demain, il y a un Mali démocratique et qui relève les défis, alors vous pourrez être fier de vous.»

“Nous ne goutons que très peu ce genre d’ironie. Seriez-vous en train d’insinuer que nous ne serions pas assez démocrates ou que relever les défis qui sont les nôtres relève de la chimère ? Nous eûmes préféré ouïr mots d’encouragements plus sincères, en tout cas moins ambigus.

Rappelez-vous que nous fûmes alors que d’autres n’étaient ! Nous ne saurons nous faire trimballer !”

Stephane K. Bombote


“Histoire de rappeler que Paris sera extrêmement attentif au pognon décaissé et aussi, de manière subliminale, que l’opposition malienne n’avait pas été consultée lors des accords. “

J’ inclus la sociéte´civile dans l’ opposition (non parlementaire, mais très importante), car la société civile malienne est en grande majorité contre les décisions de IBK.

Une fois de plus, il est rappelé/conseillé à IBK, par un organe étranger cette fois-ci, qu’ il vaut mieux d’ abord chercher l’ avis de l’opinion publqiue malienne avant de chercher celui “de la communauté internationale”. Cette opinion publique malienne est claire:

1. Intégrité territoriale du Mali;

2. Rétablissement de l’ État malien sur toute l’ étendue du territoire national;

3. Pas d’ impunité pour les rebelles politiques et militaires qui ont perpétré le crime, cela veut dire la guerre avec sn cortège de malheurs.

Or, très peu de ce que IBK fait s’ accorde à ces trois points, même pas en des moments très propices comme Ménaka et Anéfis. Ces villes ont été libérées par la Plateforme qui voulait les remettre à l’État malien de IBK. Celui-ci a refusé de jouer son rôle régalien.

Bien cordialement

M. Diagayété


«Si demain, il y a un Mali démocratique et qui relève les défis, alors vous pourrez être fier de vous.».

Belle ironie quelque peu méprisante qui donne le ton de cette fameuse visite d’Etat d’un obligé qu’on ne respecte pas assez mais dont on se sert. Curieusement, ajoutée à la formule « je serai intraitable » et d’autres du genre, elles pourront aider à tirer les maliens de leurs restes de chimères, comme d’un bon verre de thé à la menthe pour sortir d’un profond sommeil.

Diadié Alpha


Bien vu, Diadié. Bien avant l’ère IBK, il y avait également le fameux “A qui allons-nous rendre les clés ?” de Pierre Lellouche qui avait suscité cette réplique d’Aminata Dramane Traore : Le Mali est à rendre aux Maliens

« A qui allons-nous rendre les clés ? » est la question posée par Pierre Lellouche, député UMP et Président du groupe Sahel de la Commission des Affaires Etrangères de l’Assemblée Nationale française à propos du Mali. C’était le 22 avril 2013, lors du débat parlementaire qui a précédé le vote de la prolongation de l’opération Serval. Comme pour lui répondre, Hervé Morin, ancien ministre (UMP) de la Défense dit « Mais il n’y a personne à qui passer la main ». Comme une lettre à la poste, la prolongation demandée a été adoptée à l’unanimité. S’agissant de l’organisation de l’élection présidentielle en juillet 2013. La France officielle est non seulement unanime mais intransigeante

Et ce commentaire désabusé d’un internaute :

Le Mali aux maliens ? Soyons honnêtes, si les malien étaient incapable de défendre leur territoire quand les fous de Dieu ont envahi leur territoire. Trop de discours, mais vide. Soyons pragmatiques et disons-nous la vérité.

Les “bortchines banda fero” comme disent les Songhaïs ont-ils les moyens de leur orgueil ? Ça reste à démontrer…

Stephane K. Bombote


Hélas…la vérité est un thé à la menthe un peu trop amère à siroter pour les maliens 🙂

Our collective irresponsibility is driving us over the cliff.

Amadou O. Wane


Amadou,

Si tu n’avais pas encore sélectionné le “Quote of The Day” du jour, j’allais te proposer de ne pas chercher…. 🙂

En effet, tout est difficile au Mali , si la réalité quotidienne elle-même l’est, telle que exprimée de multiples façons par multiples couches, ici et ailleurs. J’estime qu’il y en aura très peu qui pourront opposer d’arguments valables à ton analyse.

Good day.

Abdoul