Des Bibliothèques Publiques au Mali

Quand j’étais petit, dans une petite grande ville quelque part au Mali, il y avait une bibliothèque publique. Je l’ai découverte par hasard alors qu’avec mes amis nous cherchions quelques aventures avec les petits oiseaux et reptiles. Nous y sommes entrés et le bibliothécaire qui était un très bienveillant nous a accueillis et nous a fait découvrir les sections de notre âge. Je découvris ainsi les aventures de Tintin et quand on devait fermer je quittais à contrecœur « On a marché sur la lune ». Je fus là le lendemain à la première heure pour l’achever et poursuivre avec « L’île Noire », l’Affaire Tournesol et d’autres. Bien que mes parents fussent intellectuels, ils ne me firent pas découvrir la passion de la lecture, ni la curiosité ou l’esprit critique. Je les dois à la bibliothèque publique du Mali.

Où en est la bibliothèque publique aujourd’hui? Combien de villes au Mali ont une bibliothèque publique aujourd’hui ? Les jeunes vont-ils toujours à la bibliothèque ? Déjà quand je grandissais j’ai vu les bibliothèques s’appauvrir et se délabrer. Il ne restait plus que les bibliothèques de missions catholiques dans les villes ou je passais. Je les cherchais et les découvrais. Je n’y ai pas découvert Jésus ou Mahomet. Mais des romanciers comme Simonet et Agatha Christie ou Jules Vernes qui m’ont fait imaginer un univers si lointain qu’imaginaire dans l’imaginaire. Puis dans les centres culturels des ambassades de France, des USA et même de la Lybie je parvenais à développer ma curiosité à travers les écrits d’un peu partout dans le monde.
Je constate qu’aujourd’hui les maliens ont de moins en moins de références pour faire face aux challenges de la mondialisation. C’est une situation qui donne l’impression que le pays tout entier va dans un sens presque contraire à l’orientation commune du monde développé.

Les jeunes en grandissant dans les pays développés cultivent une passion pour un ou plusieurs domaines et consacrent leur temps et leurs efforts à cette passion. Ils y trouvent leur satisfaction et finissent par apporter leur contribution. Parfois c’est de toutes nouvelles disciplines qui naissent de simples passions de jeunes gens, que ce soit dans le domaine du sport, de la culture, de l’informatique, de la musique ou même de la médecine.

Au Mali, les jeunes grandissent dans un milieu de plus en plus corrosif où la seule orientation est vers l’argent. Les seuls idoles sont les riches ou au plus les stars du sport ou de la musique. Ils sont tentés par le court chemin vers la célébrité. La vie intellectuelle est presqu’inexistante. Personne ne brille par ses capacités de réflexion, par ses écrits ou autres productions intellectuelles. Les salles de cinéma n’existent plus. Les biennales qui nous ont donné des stars comme Ali Farka, Nahawa Doumbia, Nafissa Maiga , le Super Biton, Las marabias, etc. et qui mobilisaient toute la jeunesse malienne autour du sport, du théâtre et de la musique ne sont plus (à ce que je sache).

Pendant que les jeunes du reste du monde font du surfing, de la voile, du mountain biking, du bmx, du ski, du tennis, du basket, du skateboarding, du canoe ou du camping, etc ou apprennent différents instruments de musique ou différents arts dans des centres prévus à cet effets, les jeunes maliens à qui il ne reste que le foot sont obligés de le pratiquer dans la rue entre les voitures ou dans des terrains vagues en attendant qu’y poussent des habitations sauvages. Car si la planification prévoit des centres de cultures- je dis bien si- seuls semblent survivre les centres de cultes. Tout le reste est ensuite frauduleusement vendu et souvent revendu au plus payant.

De plus en plus les grands intellectuels du reste du monde et leurs pensées sont confinés au … reste du monde et perçus comme « étrangers à notre culture ». Il y a un repli brutal sur ce que nous considérons à tort ou à raison comme « nos valeurs » alors même que de culture il ne nous reste que la gueule (sorry). Cette politique isolationniste cultivée jusqu’au sommet de l’Etat a une incidence dramatique sur le niveau de l’école et la jeunesse malienne et partant sur le pays en général. Tous les livres scolaires sont en français mais le mauvais français se justifie aisément par le fait qu’on n’est pas français. Il fut pourtant un temps où il indiquait que vous devez lire davantage. On pourra aisément vérifier que les redactions des éleves de 6ème de 1975 valent autant sinon mieux que les écrits à l’université en 2015!

Bref, revenons à la lecture! Une société qui lit ne peut pas ne pas se développer. Elle ne peut pas être amenée en bateau par un dictateur. Elle est résiliente et indestructible par des courants idéologiques bien ou mal fondés. Je suis convaincu qu’un Mali fort passera nécessairement par un Mali qui lit, un Mali qui lit, un Mali qui lit. C’est pourquoi j’ai salué l’initiative Malebooks.
https://www.facebook.com/malebooks/
http://malebooks.ml/en/
Disclaimer : Je ne suis pas affilié à Malebooks. J’encourage simplement à supporter leurs efforts parce que je reconnais qu’ils se battent pour le Mali de demain.
Mon idée est d’aller vers une renaissance des bibliothèques publiques. Rendre disponible un catalogue des bibliothèques du Mali. Chaque malien de l’extérieur (ou de Bamako) pourra apporter quelques livres pour la bibliothèque de sa ville ou de son village lors de ses visites. Les progrès de l’audiovisuel font que les CD et DVD offrent une alternative équivalente pour l’éducation.

Battons-nous pour une société éduquée, parce que qui sème le vent récolte la tempête.

Sabu Nyuman