L’opération Barkhane, un « permis de tuer au Sahel »

Tribune. Depuis l’intervention française au Mali, le ministère de la défense se félicite régulièrement de la « mise hors de combat » de présumés terroristes. L’armée française administre la peine de mort, alors que la France l’a abolie en 1981 et que sa diplomatie promeut l’abolition partout à travers le monde. Ce curieux paradoxe vient de l’absence de réflexion sur la manière de lutter contre le terrorisme.

La France a épousé la conception américaine de lutte contre le terrorisme, la fameuse war on terror, sans en mesurer les conséquences et surtout sans en constater la tragique inefficacité. Il suffit pour s’en convaincre de regarder dans quel état se trouvent l’Afghanistan et l’Irak pour comprendre combien cette stratégie est un échec. Un échec total. Le Mali ne fait pas exception à la règle. Dix-huit mois après le début de l’intervention française, la situation sécuritaire dans le Nord est des plus précaires malgré la présence militaire internationale, et la situation à Bamako aussi dégradée qu’à la veille de la chute du président Amadou Toumani Touré.

Je fais pourtant partie de ceux qui considèrent que l’intervention était une décision politique courageuse du président Hollande. Malheureusement, la victoire militaire s’est transformée en défaite politique par absence de réflexion sur les causes du terrorisme, doublée d’un déni troublant des réalités politiques maliennes.
Vengeance contre légitime défense

La lutte contre le terrorisme ne peut se limiter à l’élimination de chefs présumés. Exécuter sans aucune forme de procès de présumés terroristes, c’est tuer au nom de nos valeurs, ce que, justement, nous reprochons à nos adversaires. Certains avancent la légitime défense. C’est oublier qu’elle est définie en droit français : la riposte doit intervenir au moment de l’agression, sinon c’est une vengeance. Et c’est ainsi qu’elle est perçue par les populations locales, car exécuter un présumé chef terroriste, c’est avant tout tuer un père, un mari, un fils ou un frère. Je n’oublie pas pour autant les victimes du terrorisme, mais, dans un Etat de droit, il revient à la justice de faire la lumière et de sanctionner. Promouvoirl’Etat de droit de manière crédible comporte une exigence non négociable : l’exemplarité.

Cette stratégie du Talion masque le fond du problème : pourquoi ces mouvements terroristes s’enracinent-ils dans certaines régions et pas dans d’autres ? Pour ce qui est du nord du Mali la réponse est assez simple, même si la solution l’est bien moins. La défaillance de l’Etat dans le Nord et sa présence prédatrice voire meurtrière (l’armée malienne s’est livrée à des exactions à plusieurs reprises depuis l’indépendance y compris récemment) ont laissé un espace à des groupes armés qui remplissent aussi des fonctions sociales au-delà de la terreur qu’ils exercent sur les populations. Les populations du nord du Mali ne goûtent guère à la philosophie de vie imposée par les groupes terroristes, mais elles n’apprécient pas plus la présence de l’Etat malien telle qu’elles l’ont toujours connue.

Cet Etat malien post-indépendance n’a jamais été une bénédiction pour ces populations. Alors, quand elles tombent sous le joug des groupes terroristes, elles font ce qu’elles ont toujours fait depuis des décennies : elles s’adaptent. Elles ne font que passer d’une situation précaire à une autre. Ces groupes terroristes cherchent aussi à se faire accepter, ils achètent des denrées à des prix élevés, transportent les personnes malades dans les plus proches dispensaires ou font régner l’ordre. Des témoignages confirment la sécurité qui régnait à Gao sous l’empire de ces groupes, ce qui, bien évidemment, n’excuse en rien les violences commises par ceux-ci — encore que la diplomatie française ne semble pas s’émouvoir pour les mêmes violences quand elles sont commises par l’Arabie saoudite… Question de pouvoir d’achat ?
La responsabilité des autorités maliennes

Les populations du Nord se sont, en outre, complètement détournées de la vie politique et de son système représentatif tels que les conférences nationales du début des années 1990 les ont imposés. La démocratie tant vantée par l’Occident se trouve déclinée localement au profit d’intérêts particuliers, dans une logique de prédation, à l’image de ce qui se passe à Bamako. La démocratie est perçue comme permettant à une minorité de s’enrichir en toute impunité avec la bénédiction de la communauté internationale, dont l’hypocrisie confine à la complicité. C’est cette perception qu’il convient d’intégrer pour comprendre qu’un contingent militaire et des milliards d’euros annoncés lors de conférences internationales ne convainquent plus personne sur le terrain.

Comme je l’ai souligné, la solution n’est pas simple. Commençons d’abord par une ambition fondée sur l’exigence de vérité. Les autorités maliennes sont les premières responsables de cet énorme gâchis. Arrêtons de nous voiler la face, soyons exigeants dans le partenariat avec le Mali. Ne nous contentons pas de faux-semblants, sans quoi les mêmes causes produiront les mêmes effets. J’ai souvent entendu dire que toutes les vérités n’étaient pas bonnes à dire. La force d’une vérité n’est pas d’être tue mais d’être dite, avec le respect que l’on doit à chacun. C’est sur ce terrain que la France est attendue.

Lauren Bigot est un ancien diplomate français devenu consultant indépendant.
Source:lemonde.fr
http://goo.gl/gfHPni


Merci à Thierry et à Francis Simonis d’avoir partagé cet édito de Laurent Bigot avec nous. Ce texte met en cause non seulement la politique française dans la sous région mais davantage l’élite politique malienne et l’Etat malien, y compris ses forces armées :

La défaillance de l’Etat dans le Nord et sa présence prédatrice voire meurtrière (l’armée malienne s’est livrée à des exactions à plusieurs reprises depuis l’indépendance y compris récemment) ont laissé un espace à des groupes armés qui remplissent aussi des fonctions sociales au-delà de la terreur qu’ils exercent sur les populations. Les populations du nord du Mali ne goûtent guère à la philosophie de vie imposée par les groupes terroristes, mais elles n’apprécient pas plus la présence de l’Etat malien telle qu’elles l’ont toujours connue. Cet Etat malien post-indépendance n’a jamais été une bénédiction pour ces populations.

J’aimerais bien savoir ce qu’en pensent les autres sur la liste, car ses propos nous interpellent tous. Rappelons que c’est Bigot qui a dit en juillet 2012 (http://www.maliweb.net/politique/82663-82663.html):

C’est pathétique, le discours de la classe politique malienne est pathétique! Pas un homme ne sort du lot… Un conseiller de Blaise Compaoré me disait : « Le Mali peut s’effondrer, pourvu que Bamako reste, et ils vont tous se battre pour des parcelles de pouvoir à Bamako ». C’est exactement ce qu’on observe. Les deux tiers du territoire échappent à la souveraineté de l’Etat malien et on a une classe politique qui se bat encore pour entrer au gouvernement…

Bigot avait raison en 2012 ; a-t-il raison aujourd’hui ?

Bruce Whitehouse


Hello Bruce,

Merci pour la réactualisation des messages de Francis et Thierry.

Oui, nous nous souvenons des analyses de Laurent Bigot au début de la crise. Je crois avoir commenté sur ses analyses inspirées de ses expériences.
La teneur du récent billet fut évoquée également par des presses étrangères, si vous suivez la chaîne Russe ou Channel 4 par exemple. Je pense que ses avertissements sont visionnaires et sages. La définition du “terroriste” en fonction de son accoutrement ou s’il porte une barbe ou pas et sa longueur, auront sans doute ajouté à la “configuration”.

“Les populations du nord du Mali ….., mais elles n’apprécient pas plus la présence de l’Etat malien telle qu’elles l’ont toujours connue. Cet Etat malien post-indépendance n’a jamais été une bénédiction pour ces populations.”__Bruce

Je dois dire que c’est étonnant de lire une telle généralisation venant de Bruce. Est-ce plus pour provoquer le débat ?

Abdoul


En plus de ton étonnement sur un passage de ce que Bruce écrit, je constate que Bigot ert Bruce aiguisent “leurs bouches sans toute fois siffler”.

1. Ils ne semblent pas être au courant de ce qui se passe maintenant. L’ heure est à des reconciliations tous azimuts, surtout entre les différentes tribus touareg.

2. L’ heure est aussi à l’ application de l’ Accord, même si beaucoup de ces points sont mis en doute par l’ opinion nationale malienne.

3. Il y a un certain apaisement sur le terrain au Nord comme au centre où les FAMa luttent contre les résidus d’ insécurité.

4. Enfin la question principale au Mali est quand Kidal retournera définitivement dans le giron national pour que les populations soient ravitaillées avec le nécessaire – du moins avec le peu que l’ État peut leur fournir. Et là commence déjà ce que je leur reproche: quand est-ce que la France dira à ses protégés criminels qu’ ils doivent cesser leur parade et se retirer dans leurs trous pour que l’ administration malienne et tout ce qui s’ en suit y compris les FAMa reviennent.

Je continue avec mes reproches. Bien sûr que les bailleurs de fonds doivent être plus sévères avec le régime de IBK. Nous l’ avons exiger aussi ici – très sévèrement d’ ailleurs et de manière continue.

Je pense que Bigot doit clairement dire que la France a été base de cette rébellion. Chose que Hama Ag Mahmoud, très haute personalité des rébelles (affaires étrangères et même préssenti comme 1er président de “l’ Azawad”). Bigot doit aussi dire que c’ est le comportement de la France qui a rendu Kidal extra-territorial au Mali. Ce qui a compliqué la situation pendant et après Serval plus que n’ importe quel évènement.

Je pense personnelement que si la France commande à ses protégés de se retirer de Kidal et de laisser l’ État malien y excercer son autorité, ceci serait plus bénéfique pour la paix au Mali que les promesses (!) de milliards, car “un tiens vaut mieux que deux que tu auras demain”.

Bien cordialement

M. Diagayété


Abdoul, ce n’est pas Bruce qui a dit ça mais Bigot. C’est d’ailleurs dans l’article cité :

“Cette stratégie du Talion masque le fond du problème : pourquoi ces mouvements terroristes s’enracinent-ils dans certaines régions et pas dans d’autres ? Pour ce qui est du nord du Mali la réponse est assez simple, même si la solution l’est bien moins. La défaillance de l’Etat dans le Nord et sa présence prédatrice voire meurtrière (l’armée malienne s’est livrée à des exactions à plusieurs reprises depuis l’indépendance y compris récemment) ont laissé un espace à des groupes armés qui remplissent aussi des fonctions sociales au-delà de la terreur qu’ils exercent sur les populations. Les populations du nord du Mali ne goûtent guère à la philosophie de vie imposée par les groupes terroristes, mais elles n’apprécient pas plus la présence de l’Etat malien telle qu’elles l’ont toujours connue.

Cet Etat malien post-indépendance n’a jamais été une bénédiction pour ces populations. Alors, quand elles tombent sous le joug des groupes terroristes, elles font ce qu’elles ont toujours fait depuis des décennies : elles s’adaptent. Elles ne font que passer d’une situation précaire à une autre. Ces groupes terroristes cherchent aussi à se faire accepter, ils achètent des denrées à des prix élevés, transportent les personnes malades dans les plus proches dispensaires ou font régner l’ordre. Des témoignages confirment la sécurité qui régnait à Gao sous l’empire de ces groupes, ce qui, bien évidemment, n’excuse en rien les violences commises par ceux-ci — encore que la diplomatie française ne semble pas s’émouvoir pour les mêmes violences quand elles sont commises par l’Arabie saoudite… Question de pouvoir d’achat ?”

Stephane K. Bombote


Je dois ajouter que l’assurance est en rapport avec mon interrogation et ma perception erronée. Mais elle ne doit pas non plus occulter l’engagement de Laurent Bigot globalement, même si certains points sont discutables.
Abdoul


Abdoul, est-ce que cela veut dire que vous vous inscrivez en faux contre la déclaration “Cet Etat malien post-indépendance n’a jamais été une bénédiction pour ces populations”?

Bigot n’écrit pas que l’État a toujours été une malédiction, mais simplement pas une bénédiction – ce qui me semblerait une vérité assez banale, tellement les Maliens (de toutes les régions) ont été mal servis par leurs gérants. Ne suffit-il pas à lire les critiques actuelles et passées de L’État malien sur ce liste pour voir que c’est vrai ? Peut-être que j’ai mal compris le sens de son langage, mais je ne vois rien de si étonnant dans les propos de Bigot. Certainement l’Etat malien pourrait et devrait être une bénédiction pour toutes ses populations (même celles qui ne se comptent pas dans ses projets)… mais l’est-il aujourd’hui, l’était-il dans le passé ?

Discutons alors ces “points discutables” dont Abdoul fait allusion.

Bruce Whitehouse


Bruce bonsoir

A votre interrogation ci “Abdoul, est-ce que cela veut dire que vous vous inscrivez en faux contre la déclaration “Cet Etat malien post-indépendance n’a jamais été une bénédiction pour ces populations”?”, je voudrai répondre ceci :

1. “Au nord” dont parle Bigot, il y a des populations qui réclament la présence de l’armée malienne. C’est fait à Gao, Ménaka, Goundam, Tombouctou, etc. C’est un fait.

2. Il y a nord et nord alors. Si Bigot veut parler de certaines contrées de Kidal et en partie même Tombouctou ou Gao, il peut avoir raison.

Leçon qu’on peut tirer de ces faits : ce n’est pas toutes les populations du “nord” qui sont dans le cas qu’ils évoquent au sens strict du terme.

Troisièmement, je voudrai aussi revenir sur vos dires : concernant l’administration (les services publics autant civils que gendarmerie et police) et ses prédations, toutes les populations du Mali de Kayes à Kidal en ont souffert.

Ma position est que Bigot a généralisé une chose qui est très relative.

Cordialement
____________________
Chouaibou
Twitter : @chbmaiga


Effectivement, et c’est vérifiable par ceux qui peuvent encore en
douter, ” … Bigot a généralisé une chose qui est très relative.”,
dixit Diadié Alpha.

En tant que “Nordiste fieffé”, je valide les points mis en exergue par
Diadié Alpha, je le cite et je commente en ajouts NDLR:

1. “Au nord” dont parle Bigot, il y a des populations ( qui, à 99,
99%, NDLR), réclament la présence de l’armée malienne. C’est fait à
Gao, Ménaka, Goundam, Tombouctou, etc. C’est un fait, (sauf les femmes
et les enfants de la ville fantôme de Kidal, le trou de rats, pris en
otages par la Coalition Mafieuse des Apatrides (CMA), les chefs des
Ichoumars touaregs libyens, ces déclassés sociaux, déflatés…, NDLR);

2. Il y a nord et nord … (Si Bigot a parlé de certaines contrées
de Kidal … il a, 100% raison, NDLR):.

Je valide Diadié Alpha quand il dit “Troisièmement, je voudrai aussi
revenir sur vos dires : concernant l’administration (les services
publics autant civils que gendarmerie et police) et ses prédations,
toutes les populations du Mali de Kayes à Kidal en ont souffert

Leçon qu’on peut tirer du texte de Bigot: ce n’est que le 0, 001 %
des populations du “nord” ( (les femmes et les enfants de la ville
fantôme de Kidal, le trou de rats, pris en otages par la Coalition
Mafieuse des Apatrides (CMA), les chefs des Ichoumars armés, de jeunes
vagabonds touaregs libyens, déclassés sociaux, déflatés du noble
l’identitaire touareg) ;qui est dans le cas que ce consultant évoque
au sens strict du terme.

Sincèrement,

Mohamed AG HAMATY


Bonjour tous,

Je suis également en accord avec ce que Diadie et autres disent, mais personnellement, je voudrais qu’on évite d’utiliser des termes comme “(sauf les femmes et les enfants de la ville fantôme de Kidal, le trou de rats, pris en otages par la Coalition Mafieuse des Apatrides (CMA), les chefs des Ichoumars touaregs libyens, ces déclassés sociaux, déflatés…, NDLR)”. Nous sommes tous des maliens qu’on le veuille ou pas, et sommes obligés de vivre ensemble, tôt ou tard”, et cela malgré l’état d’âme qu’on peut éprouver. Si on peut le faire, ce sera une très bonne chose assez constructive. Je suis aussi pour la justice. Autrement dit que les fauteurs de cette situation du Mali soient punis selon la loi.

Dans ce monde d’aujourd’hui on agit par stratégie; le coeur gros et l’émotion ont très peu de place pour pouvoir surclasser ou battre son ennemie, ou son opposant. Sinon, au lendemain de l’intervention Russe en Syrie pour soutenir le pouvoir en place, une autre guerre n’allait-elle pas éclater entre les Russes et les Américains (OTAN)? La Turquie et l’Europe de l’Ouest ne voulaient-elles pas une riposte musclée? Mais la raison et la prudence ont semble-t-il avoir pris le pas chez les américains. Encore une fois, peut-être que je me trompe, mais je crois que c’est la meilleure et efficace stratégie.

Cordialement,

Soumaila Mariko


Salut Bruce,

En me permettant de te reprendre, je crois que la reprise devrait plutôt être : “Bigot n’écrit pas que l’État a toujours été une malédiction, mais simplement qu’il n’a jamais été une bénédiction”

Je pense que nous risquons d’arriver au même résultat. Oui, je faisais aussi allusion à toujours lire de commentaires balancés de toi dans tes articles.C’est mon opinion assumé et un constat, mais en même temps, pas pour décliner des points de discussions, j’aurai aussi un égard envers ce qu’écrit Laurent Bigot, pas non plus parce que je verrai qu’il ne souhaiterait être contredit.

Après un thé à la menthe, je me dit qu’il pourrait également avoir ses raisons de n’avoir pas été plus précis sur la référence.

Pour l’instant, pas plus de commentaires, en ce qui me concerne.

Je passe les points à d’autres, autour de la séance du thé à la menthe.

Merci, Bruce.

Abdoul


Mr Bruce,

Oui, je suis d’accord qu’il y’a une nuance entre l’État a toujours été une malédiction et l’État n’a pas été une bénédiction, et je dirais l’État n’a pas toujours été une bénédiction, afin d’inclure la notion du temps et de l’espace. C’est un constat global fait par l’auteur et qui ne l’engage, qui le fait en fonction de sa vision, de ses perspectives et attentes. En outre, moi, je dirais que les États post-indépendance ont fait quelque chose pour leur peuple, mais peut-être qu’ils ont fait davantage pour eux-mêmes individuellement que pour leur peuple. Autrement dit, ils pouvaient faire mieux pour leur peuple et peut-être dix ou cent fois mieux que ce qu’ils ont fait.

Si on prend le Mali avant l’indépendance, le pays avait combien de médecins en 50 années de colonisation, l’histoire un seul médecin au moment de l’indépendance. C’est pour cela que une copie du manuel Formule Thera (certainement de Thérapie) était remis à tous les médecins et personnel médical pour qu’ils se débrouillent seul dans les brousses malienne. Seydou Badian Kouyaté a aussi contribué dans cet effort de mise à la disposition des médecins, des manuels de traitements pour ces médecins de brousse. Combien d’enfants du Mali colonial ont pu aller à l’école ? très peu, une poignée.

L’école au Mali, et partout en Afrique de l’Ouest à l’exception du Sénégal, s’arrêtait en 6 année de scolarisation. À la 6ème année, vous sortez et apprenez le reste dans le tas, qu’il soit médical, technique ou administratif. Les plus brillants, comme les Modibo Keita étaient sélectionnés pour partir à Dakar pour William Ponty, l’École de formation des Instituteurs pour devenir des enseignants. Voilà la chose un peu résumée.

Étant natif du quartier Médine à Bamako (Médina Coura), et ayant vécu les dernières années de la colonisation, nous vivons à côté des enfants des colon blanc en chiens de faïence. Eux, ils vivaient dans le quartier des colons au pied de la colline de Point G derrière le Stade Omnisport et nous, dans le bas quartier sur la rue 14. Vous ne pourrez pas imaginer ce que représentait la colonisation pour un petit enfant nègre de Médine ou de Missira à ces époques. Instruire le colonisé n’était pas l’objectif du colonisateur et l’école était pour les fils de chefs comme le souligne ce récit ci-dessous, contrairement à ce que beaucoup ont tenté de démontrer ici dans la situation de Fily Dabo Sissoko, un fils de chef de Canton dans le Mali Colonial qui n’était pas pour l’indépendance du Mali, au moment de l’indépendance du Mali:

” Le gouverneur par intérim du Soudan français, puis gouverneur général, Henri Terrasson de Fougères fit construire en 1923-24 l’école professionnelle des Fils de Chefs, devenue après son décès le 5 mai 1931 l’école Terrasson de Fougères par décision n° 1134 du 10 juin 1931, puis le collège classique Terrasson de Fougères en 1946-1947, et enfin le lycée Terrasson de Fougères du 20 mai 1950 à 1961, date à laquelle l’établissement prit le nom de lycée Askia Mohamed. Cet établissement a formé de nombreux futurs cadres du Mali, dont Modibo Keïta, (1931-1934) ; Kadari Bamba; Dioncounda Traoré (-1961) ; Alpha Oumar Konaré (-)” Source Wikipedia.

Au lendemain de l’indépendance, l’école a été rendu public et gratuit à tous, mais avec des capacités très limités pour absorber d’un seul coup le grand nombre d’enfant du Mali en âge d’être scolarisé, mais qui étaient laissé pour compte par le colonsateur. En outre, il y’a avait la situation des grands enfants, un peu plus âgés que l’âge de la scolarisation, mais n’ayant pas été scolarisés par le colonisateur ; donc enfants potentiellement à sacrifier pour toujours. Un autre dilemme auquel les états post-indépendance faisaient face.

Autrement dit, les États post-indépendance ont fait quelque chose à mon avis, mais peut-être qu’ils pouvaient faire beaucoup, en particulier les états les plus récents, sinon je ne suis pas aussi sûr que tous ceux qui sont entrain d’écrire aujourd’hui, auraient pu être en mesure de le faire.

Cordialement,

Soumaila Mariko


J’avais vu cette note de Bigot mais pensait ne méritant pas réponse tant il m’a paru plein d’affirmations gratuites. Ce n’est pas parce qu’une analyse légère est bien écrite dans ‘la langue de Molière’ ou par un de ses descendants qu’il cesse de l’être! En fait, cessons les complexes, ‘la langue de Molière’ appartient à qui la parle! Bravo pour les efforts d’Abdoul qui est bien dans l’esprit du thé à la menthe sur toute la ligne, de Senghor à Bigot. J’ai noté également la conviction de Chouaibou correctement suivi par Malobbo, et sans oublier Soumaila. Cet effort de penser sans complexe par rapport à quelqu’un qu’on veut mettre trop haut doit être encouragé. Comment donc résister à tant de courage sans une solidaire réflexion? La conversation autour du thé à la menthe ajoute donc une autre réflexion et regrette tout malaise ressenti…

Laurent Bigot finit sa tribune en disant que la force d’une vérité n’est pas d’être tue mais d’être dite. Bravo à lui pour ce qu’il a dit au plus fort de la crise malienne en 2012, mais aussi pour certaines vérités dites ici sur la politique française qui fait du copié collé américain sur le sol malien avec le piteux résultat que l’on sait. Mais, aussi mais, dommage qu’il ait manqué ici de dire en entier cette vérité concernant le Mali. La défaillance de l’Etat et sa présence prédatrice voire meurtrière n’est pas plus une réalité au nord que dans le reste du Mali. En la limitant au nord, cette demi-vérité par Bigot était pour condamner l’armée malienne dans le sens des groupes armés d’exactions ethniques au nord. C’est certes une armée sous-équipée et faible qui reflète le reste de l’administration malienne, mais elle est bonnet blanc au nord et blanc bonnet au sud. Pour paraitre équilibré Bigot dénonce (seulement) la terreur des populations pour les groupes armés (pas d’exactions) qui ont occupé l’espace laissé par l’armée, tout en remplissant aussi des fonctions sociales (sous-entendu, que l’équivalent malien ne remplit pas)! Quelle contre-vérité! Bien plus, quel mensonge que de dire que les populations du nord du Mali n’apprécient pas la présence de l’Etat malien telle qu’elles l’ont toujours connue! L’amalgame va au niveau de la foi quand il dit que cet Etat malien post-indépendance n’a jamais été une bénédiction pour ces populations. On se rend compte maintenant que Laurent Bigot parlait pour les Mnla et consorts qu’il amalgame dans le vocable de populations du nord. A part ça, le reste peut passer pour bonne analyse, comme nous disons autour du thé à la menthe!

Diadé Alpha