Quels Effectifs Pour les Forces de Sécurité du Mali ?

Brave peuple de Malilink,

Alors que vient de se tenir le Forum international de Dakar sur la sécurité, et compte tenu de l’actualité, veuillez trouver ci-joint la modeste contribution de votre serviteur sur le sujet, du moins sur les forces de sécurité maliennes, pour vos critiques et suggestions.

Certains d’entre nous, et non des moindres, ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils s’abstiendraient de tout commentaire sur l’armée nationale. Je comprends et respecte ce point de vue. Dans le débat public, comme dans toutes choses, chacun a ses lignes rouges.

Les autres pourront se rendre compte que si ce texte est bien sévère par endroits, il ne s’agit nullement de critiquer pour dénigrer ou moquer, mais plutôt pour essayer d’améliorer l’appareil sécuritaire, les conditions de travail de nos soldats, et partant, la sécurité globale car celle-ci est l’affaire de tous, comme ont vient de le voir dans le Sinaï, à Beyrouth, à Paris, au Nigeria, et dans bien d’autres endroits de la planète dont bien sûr le Mali.

Ne soyez pas effrayés par le nombre de pages (23 ! LOL), comme vous le verrez il s’agit surtout de graphiques et de citations. Pour les citations étrangères, les traductions sont de moi et de ce fait non officielles. J’ai donc inclus le texte original pour ne pas risquer de déformer la pensée des auteurs. Tout ceci allonge le document.

Si le titre du document est Quels effectifs pour les forces de sécurité du Mali ?, n’ayant aucune compétence militaire, je me garde bien d’apporter une réponse catégorique et me contente de passer en revue divers éléments d’analyse permettant d’affiner la réflexion sur le sujet.

Les thèmes abordés sont les suivants :

    Présentation de l’armée malienne,
    Audit des FAMAs réalisé par l’EUTM,
    Différents témoignages de militaires étrangers ayant eu à travailler avec les FAMAs,
    Exposé de la théorie des effectifs requis dans le cadre de la lutte contre-insurrectionnelle,
    Présentation des ratios et recommandations de certains auteurs : James Quinlivan et Steven Goode notamment,
    Comparaison des effectifs maliens avec ceux d’autres pays, PMAs notamment,
    Interrogations sur les raisons de la situation de l’armée malienne : responsabilités du leadership, de la société civile et des partenaires étrangers.

Une dernière remarque, d’ordre méthodologique : pour mes calculs et analyses, j’ai utilisé le nombre de 15 millions pour la population du Mali. Je découvre avec surprise que cette population est maintenant estimée à 17 millions ! (http://data.worldbank.org/country/mali) Malienw, aw ni bara ! 🙂 En ces périodes de craintes d’invasions barbares, la population Africaine semble être revue à la hausse, le Sénégal en a d’ailleurs fait l’amère découverte… Ces 2 millions en plus ne changent pas grand-chose aux conclusions du texte, tout juste affinent-ils les résultats de certains ratios.

Annexes

Bonne lecture et merci d’avance pour vos commentaires.

Stéphane Kader Bomboté


Stephane,
Merci par ce travail de démontrer encore une fois de plus qu’une fonction a des normes. On ne peut s’en affranchir impunément.
Les différents documents notamment français et américains nous rappellent qu’un métier a des règles et qu’un professionnel doit s’y plier.
Le document peut être complété en traitant ce deuxième volet.
Une question : combien de cartouches doit tirer un militaire au cours de son instruction pour ne pas être un “tire ailleurs”?
Cordialement.

Amb. Ret. Mamadou Traoré


Ha ha, Excellence, je suis heureux de voir que vous conservez humour et sang-froid malgré la tragédie que nous vivons. “Tire ailleurs” est un moindre mal, qu’en est-il de tire-au-flanc ?

Stéphane Kader Bomboté


Bon effort de réflexion que la discussion autour du thé à la menthe apprécie à sa valeur et offer des verres pour les informations réunies et fournies. Le mérite du bon travail se voit à la réflexion qu’elle suscite. Ainsi, au delà des verres offerts et au delà des fuites des silences et autres tactiques d’évasion qui ne trompent que ceux qui veulent l’être, nous autres buveurs de thé essayons de susciter les échanges avec les gens qui osent se libérer. Nous disons que quand on veut se libérer, le souci du message politique clair prime sur les effectifs et les équipements. L’armée malienne reflète le niveau de confusion et de démobilisation dans un pays en abandon depuis des décennies. La même réflexion menée sur l’administration aurait trouvé la même débandade… En fait, dans l’armée comme ailleurs, ce sont les mêmes affaires de fraudes et de marchés publics de gré à gré sur avion, fournitures militaires, engrais périmés, tracteurs, etc. La préoccupation des dirigeants depuis le régime du Cmln reste de garder le pouvoir et de jouir de ses privilèges le plus longtemps possible, notamment en se livrant à une débauche de corruptions et de prévarications qui ont tout naturellement touché l’armée. La technique de garder le pouvoir utilisée d’abord par les militaires puis par les ‘démocrates sincères et patriotes convaincus’ jusqu’à nos jours est de laisser les officiers avoir aussi leur part, et bien évidemment ceci ricochera sur la troupe. Ainsi accomplir son devoir est devenu secondaire, et chez les civils comme chez les militaires, il s’agit désormais de se servir et non de servir. Et ils se sont bien livrés au bradage et à la déprédation sur les équipements militaires en plus de bénéficier des postes diplomatiques et civils prestigieux et lucratifs. Les têtes des poissons civil et militaire ainsi pourries le reste des corps de la troupe et de l’administration se sont pourris comme il le faut. Aok ira même jusqu’à suggérer armée et démocratie incompatibles, poussant ainsi à torpiller et liquider l’essentiel de l’équipement militaire pour conjurer sa hantise du putsch, y inclus une disposition constitutionnelle que coup d’Etat était crime imprescriptible. Rien de plus sot pour un système verrouillé par le mesonge et les fraudes, comme 2012 l’a montré. En fait cette ferveur masque juste l’exacerbation de la nature de classes d’une société malienne aux mains de petits profiteurs embourgeoisés et décidés à saboter le seul pion qui pouvait faire sauter le verrou qui baillonne des populations meurtries. Quant à Att tout à son ridicule simpliste et populiste, il se contentait de se démettre disant qu’il ne souhaitait pas la guerre parce que l’ayant connue. Finalement, deux conséquences logiques de la déconfiture du pouvoir central sur l’armée furent la rupture de l’Etat, armée y compris, d’avec les populations et l’emprise de l’étranger sur le pays. Quand on vous libère du dehors ou que des experts de l’Eutm vous disent combien votre armée est mauvaise et dépareillée, au delà de la triste réalité, le complexe de l’assentiment béat ressenti ne reflète que la confusion de gens dépossédés de leur propre arbitre et de leur amour propre. Quand les enfants du pays sauront se rejoindre et ressouder leurs volontés d’affirmer leurs vies et d’assumer leur destin, ils sauront organiser au delà de la seule dimension des effectifs ou des équipements une défense populaire qui reflètera cette détermination.

Diadié Alpha


Stéphane, merci beaucoup pour ton étude, dont je n’ ai “lu” que la table. “Image vaut mieux que mille mots” :-)!

Tu le sais ! ce n’ est pas “dévaluer” ton travail intelligent. J’ ai enrégistré (saved) tous les deux documents et je les lirai.

C’ est possible que les “consomme” passivement sans rien dire. Mais assure-toi que j’ estime beaucoup cette étude, car c’ est un effort intellectuel (et physique) qui y a été consacré. Et c’ est ce qui est valorisé avec les mentions données aux chercheurs, ce n’ est pas tellement les résultats qui sont scientifiquement jugés tous équivalents.

Bien cordialement

M. Diagayété


Thanks, Malobbo et tous. Bonne “consommation” alors 🙂 Merci également à Diadié pour ce complément d’analyses très pertinent.

Hélas, la sécurité est l’affaire de tous comme le rappellent les événements de la journée. Paix à l’âme des disparus et souhaitons un “heureux” (ou en tous cas le “moins pire”) dénouement à cette affaire…

Courage au personnel de sécurité, national et étranger, qui se débrouille avec ce dont il dispose.


Grand merci à Kader pour la relance de ce débat — les 3 particularités qui font du Mali un cas spécial sont la géographie, la faible densité de population et le manque de (gros) moyen. Bien qu’étant généralement d’accord avec les ratios de quantité pour les forces de police et de gendarmerie, cela ne s’applique pas bien à l’armée.

Le Mali doit bâtir l’armée dont il a besoin. Et pour cela l’effort doit commencer d’abord par cerner les problèmes auxquels le pays fera face dans le futur et modifier selon les aléas. Le nombre de troupe est important mais c’est la mission qui doit déterminer l’effectif. Il a fallu de 50 soldats Français pour stopper les djihadistes à Konna. Il a fallu 6500 soldats Français et Tchadiens (principalement) pour briser la tenailles des djihadistes au nord du Mali.

Le Mali ne doit pas (ne peut pas) se donner une armée classique — nous n’avons pas les moyens d’avoir une armée de 130 000 ou peut-être même 30 000 soldats d’infanterie classique. Dans un territoire aussi vaste seules la mobilité, la rapidité, l’efficacité et la dissuasion comptent.

Gagner un combat (ou une guerre) nécessite d’avoir un avantage sur le terrain — il peut être technique, technologique (ou en effectif). Mais quand une partie d’une armée déserte et rejoint l’ennemi avec armes, bagages, et connaissance, alors le mal est plus profond et nécessite plus qu’un toilettage.

J’espère que ce même débat est entrain d’être mené dans les hautes sphères de l’état major des armées. La loi de programmation nous a laissé sur notre faim.

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A. Karim Sylla