L’état d’Urgence vs Maouloud

Aujourd’hui ce sujet était présent dans bon nombre de discussions sur les radios; l’état d’urgence interdit-il les célébrations du Maouloud? Les religieux eux ont décidé que l’état d’urgence ne concernait que le gouvernement, pas eux.

L’état d’urgence avait été déclaré après le conseil des ministres extraordinaire de lundi dernier et le texte du communiqué disait ceci: “L’institution de l’état d’urgence vise à donner aux autorités compétentes les moyens de droit leur permettant de mieux circonscrire et combattre tout projet d’atteinte à la sécurité des personnes et de leurs biens et toute tentative de troubles à la quiétude des populations”.

Le communiqué, bien entendu, ne disait rien sur une interdiction de réunions et/ou attroupements, comme le précédent état d’urgence (après l’attaque du Radisson) qui disait que les attroupements pourraient être interdits.

Mais ce n’est pas comme ça que ça été compris par les religieux; ils sont passés à la vitesse V; ils ont fait aussi leur communiqué: en somme l’état d’urgence ne les concernent nullement et leurs (différents) attroupements auront bien et bel lieu. Disant n’avoir pas été consultés sur l’opportunité de l’état d’urgence en cette période de fête musulmane, ils ne sentent pas concernés du tout par cette décision gouvernementale.

Pour clarifier les choses, le ministre de l’administration territoriale (ministre de l’intérieur) est intervenu (aujourd’hui mercredi): « L’état d’urgence n’est pas instauré pour qu’il n’y ait plus de cortèges, plus de concerts, plus de célébrations […] L’état d’urgence n’est pas fait contre une communauté ou une autre, et comme par hasard les deux religions dominantes chez nous célèbrent leurs plus grandes fêtes en même temps. Bien au contraire, c’est pour protéger tout ce qui peut y avoir comme festivité »

Il y a eu quelque part un déficit de communication; le texte du communiqué aurait pu être plus clair dès le départ en clarifiant ce qui est permis et ce qui ne l’est pas (c’est d’ailleurs ce que la loi demande); mais le message des religieux aux gouvernants est on ne peut plus clair: à vous vos lois, à nous les nôtres; nous allons (désormais) ignorer ce qui ne nous arrange pas; et vous n’y pourrez absolument rien.

À cela, il faut ajouter le départ du procureur général qui serait dû en en partie avec sa prise de bec (par journaux interposés) à l’imam Dicko.

Je suis maintenant persuadé que l’état anté-2012 a cessé d’exister; nous avons aujourd’hui quelque chose qu’il faut redéfinir.

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A. Karim Sylla


Karim,

c’est la suite logique de l’incivisme qui fait ravage au Mali depuis trop longtemps. Le temps ou IBK imposait la discipline au etudiants maliens et balayait nos barbus a coup de jet d’eau des sapeurs pompiers est revolu. Dans un etat faible, le desordre fait force de lois.

Amadou Niang


Oui chers tous!

ZArawana et l’AÉEM savent comment le PM d’AOK, IBK a forcé l’ordre et
la discipline durant ces moments de fortes turbulances scolaires et
universitaires.
C’est d’ailleurs à cause de cet esprit radical d’un pouvoir étatique
que les maliens ont voté IBK, pensant qu’il va vider les bandits du
Nord Mali!
Hélas, la loi n’est plus dure comme le dit le Droit, car les
mouvements (religieux, sociaux, affaires, clans…) sont désormais des
lois!
L’autrité tant voulue des maliens d’IBK est absente!

Nous exigeons la protection de l’ETAT en disant le Droit au Mali.

Les maliens sont fatigués du manque de l’autorité de l’Etat et le droit tordu!

BA


Mr Ba,

Ne tombons pas dans des propagandes et des discours politiques. IBK n’a jamais pu discipliner l’AEEM. Les anciens secretaires et membres des differents chapitres de l’AEEM,comme Moussa Timbine, Racine Thiam, Abba Maiga, Chiana,….. peuvent vous le confirmer. Entre parenthese, nous avions vu ces gens la traiter d’IBK de tous les noms quand il etait PM. Paradoxalement, ils sont de ceux la qui remuent ciel et terre pour vendre ce grand mediocre de saint.

Pour continuer, nous aimerions vous demander ” De quelle discipline vous parlez? ” IBK est devenu premier ministre quand les etudiants etaient par dehors, et il est parti quand les etudiants etaient par dehors. A quoi ses menaces et TENTATIVES et EPISODES de DISCIPLINE ont servi? RIEN, sinon les etudiants seraient sur une autre trajectoire.

Par contre si vous ne saviez pas, nous vous informons que la politisation de l’aeem a pris de l’ascendance quand IBK etait premier ministre. Les faits sont tetus et la. Juste pour vous dire qu’il a su que ses approches ne servaient a RIEN, raison pour la quelle beaucoup de membres de L’AEEM avaient commence a beneficier des bourses pour aller en dehors du pays.

IBK n’a jamais pu regler un probleme au MALI. Si oui, le quel?
CM


Karim: “Il y a eu quelque part un déficit de communication; le texte du communiqué aurait pu être plus clair dès le départ en clarifiant ce qui est permis et ce qui ne l’est pas (c’est d’ailleurs ce que la loi demande)”.

Vues, jusqu’ à présent, toutes les expériences avec ces gouvernements de IBK , il n’ y a pas, de mon avis, “undéficit de communication”. C’ est l’ incapacité d’ apprendre de ses erreurs et de rédiger un texte correct et appoprié aux circonstances de son pays. Ça se résume en manque éclatant de réflexions profondes et de stratégie dignes d’ un État qui se respecte et respecte ses citoyens.

Bien cordialement

M. Diagayété


Pour revenir à l’état d’urgence, je voudrais réitérer mon avertissement aux autorités maliennes de ne pas galvaniser les islamistes en les provoquant dans leurs droits inaliénables. Copier-coller les mesures prises par la France n’est pas une façon de gouverner un pays. C’est un peu trop facile que d’instaurer l’etat d’urgence à la va-t’asseoir, sans même savoir ce que cela veut dire exactement ni ce que cela coûte au pays.

Pour encore paraphraser Ndack, La France a les moyens de sa politique. En plus, les rapports de forces en France entre l’Etat et les islamistes sont exactement inversés au Mali. Prendre des décrets sans en mesurer les conséquences, dans une situation si précaire comme celle du Mali relève du suicide.

Pour le président malien, aller à Kidal serait de la fanfaronnade politique mais aliéner les religieux dans un contexte où leur appui parait crucial, ne semble pas l’inquiéter. S’il est garçon, pourquoi le gouvernement n’irait-il pas instaurer son état d’urgence à Kidal?

Ce qui est sûr c’est que nous avons un président qui ne risquerait pas un cheveu ou même de salir son boubou blanc pour sauver le Mali.

Je me battrais pour que les musulmans puissent fêter en toute quiétude leur Maouloud, les chrétiens leur Noël, pour que les Bamanan du Bélédougou puissent fêter leur komo, ceux du Baniko leur djo, pour que les senoufos puissent fêter leur pori, car comme disait l’autre, un peuple qui sacrifie sa liberté pour sa sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre.

Sabu Nyuman


Merci cher Sabu pour cette mise au point, qui rejoint d’ailleurs la lamentation récurrente de M. Diagayété sur la communication publique.

À Karim, je dirai que la donne a changé en août 2009, si on veut vraiment refaire l’histoire.

Tout de même, en tant que critique de Mahmoud Dicko et autres de l’islam politisé au Mali, j’apprécie de temps à autre ce qu’il dit sur la diversité religieuse et culturelle, que ce soit en 2012 ou juste ce matin sur RFI. Nous pouvons faire la part des choses, sans être manichéen dans cette affaire. Si les imams appuient au moins verbalement cette vision de société, ce n’est déjà pas mal.

S’ils occupent une place centrale dans le débat politique aujourd’hui, il est évident qu’il faut aussi leur parler, les écouter et dialoguer avec eux. Il faut faire de même avec les critiques du lobby politico-religieux. Une gouvernance intelligente consulte beaucoup, tout en articulant avec force sa propre ligne, qui repose sur une éthique publique saisissable. La longue et riche conversation menée par nos collègues Ndack Kane et Mamadou Traoré sur la République doit être distillée en éléments précis et concrets. Peut-être, c’est notre devoir de l’année qui s’ouvre à nous.

Encore une fois, l’imam M. Dicko a salué la coïncidence historique de Maouloud et de Noël, qu’elle nous offre une opportunité de faire ce que les Maliens font ou du moins faisaient jusque-là: participer aux fêtes religieuses des uns et des autres. Si cette prise de position est sincère, tant mieux. En tout cas, elle met sur bande sonore une idée capitale qui est à la racine de l’idée républicaine et également de la laïcité. La laïcité est vraiment l’arrangement intelligent que vous (Sabu) décrivez ci-bas. Et un habitué de ce forum ne se hasarderait surtout pas à vous assimiler à un apologiste de l’islam politique.

Je crois qu’il faut profiter de ce qui persiste encore de l’esprit de la société malienne, sahélienne, ouest-africaine qui accepte la différence, si elle ne la célèbre pas; la diversité religieuse que même un imam rigoriste accepte encore. Ce sont des lucarnes à essuyer pour éviter qu’elles se referment totalement. C’est le service que l’on peut rendre aux non-musulmans (chrétiens, juifs, traditionalistes) et surtout aux musulmans. Parce que là où la diversité religieuse est oblitérée, la majorité musulmane en a souffert le plus et c’est elle qui continue de saigner en terre d’islam.

Ceux qui se battent pour la liberté de tous, se battent pour la liberté des autres et la leur. Et c’est tellement bien dit que l’abandon de la liberté n’a jamais apporté la sécurité qui en est le prétexte. C’est ce qui m’inquiète dans les tendances actuelles dans le discours public, même en France. Même si on a les moyens de sa politique, on peut se faire beaucoup de mal en tirant de trop sur la corde raide des libertés individuelles. Quant au Mali, bien sûr, le mimétisme de mauvais réflexes n’apportent rien de bon à la population, et surtout n’a aucune valeur pédagogique.

La programmation de l’ORTM aurait pu contribuer à mieux faire comprendre ce qui se passe et à impliquer les citoyens dans le débat et les actions pour améliorer la sécurité collective. Mais, là on retourne à une vieille rengaine et au constat tout aussi constant que les acteurs du secteur sont “incorrigibles”.

Mohomodou


Merci pour ce développement, Mohomodou. Lorsque vous dites que “la donne a changé en août 2009”, je suppose que vous faites allusion à la reculade du pouvoir face à la réforme du Code de la Famille ?

“Adopté en août 2009 par l’Assemblée nationale, après trois jours de débats publics, ce code est censé notamment moderniser les usages matrimoniaux, familiaux et successoraux. Dicko le juge « inadapté aux valeurs maliennes » et fabriqué par « la prétendue société civile financée par les Occidentaux ». Quitte à en déformer la portée – en laissant courir le bruit qu’il autorise le mariage homosexuel –, il organise des marches de protestation dans le pays. Le 22 août 2009, il parvient à rassembler 50 000 personnes au stade du 26-Mars, à Bamako. Et contraint Amadou Toumani Touré à reculer. Le président malien renvoie le texte en deuxième lecture. Dicko a gagné une manche. Il en a remporté une autre, le 4 octobre dernier, lors de l’ouverture de la session parlementaire : plusieurs articles de la nouvelle mouture présentée à l’Assemblée portent sa marque. Ainsi, dans la version initiale, seul le mariage civil avait un statut légal. Dans le nouveau texte, les unions religieuses sont reconnues par la loi. « Un recul », confie une source à l’Assemblée.”

http://www.jeuneafrique.com/194548/politique/mahmoud-dicko-l-imam-qui-casse-le-code-de-la-famille/

Stephane K. Bombote


Oui Modou fait référence au code de la famille.
J’ai entendu Dicko aujourd’hui sur RFI — de très belles paroles. Le problème est que son message est totalement autre dès lors qu’il s’exprime aux Maliens en langue locale. C’est moins conciliant et plus tranché. Il accepte aussi que des absurdités soient dites sans broncher. Sans parler de la démagogie — dans son interview sur RFI, on lui a demandé si la coïncidence Maouloud et Noël était juste un hasard du calendrier; “c’est l’œuvre de Dieu”. N’importe quel élève de 7eme sait que vu la différence de jour entre les deux calendriers cette coïncidence peut se répéter tous les 36-37 ans.

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A. Karim Sylla


Merci Stéphane et Karim,

Oui, S: il s’agit de ce moment où l’ère ATT (qui se prêtant bien au jeu de mots, i.e
“Air ATT”) a amorcé sa descende vers l’aéroport de Yoff (Dakar).

Et bien, K: il faut traduire ce que le dit l’imam en langue nationale en français et ce qu’il dit en français en langue nationale, comme Amadou Wane le fait pour les pérégrinations présidentielles. Ce qui, a priori, ne préjuge de rien, ne présume ni en mal, ni en bien les propos de l’homme. C’est seulement du “fact checking” appliqué à l’imamat du 21e siècle. (Voir ses prédécesseurs dans J.L. Triaud, Le temps des marabouts).

Le premier droit inaliénable que nous devons défendre avec becs, ongles, griffes et surtout plumes est celui de parler, de critiquer et même d’être profondément désagréable envers tous ceux qui parlent des “deux coins de la bouche”.

Pour une nouvelle rubrique, ce ne serait pas mal d’avoir une pour “Imam en recto verso”.

Mohomodou


Copier-coller mène souvent au résultat contraire de celui qu’on imite. L’état d’urgence actuel n’est pas celui de l’autre, c’est en fait ici une farce quand il suscite là-bas de vrais inquiétudes et débats sur les libertés, par ex. la déchéance de nationalité pour les binationaux, etc. De même Att a dû revenir promptement sur sa proposition de code de la famille. Même chose pour l’ex-avocat général qui vient d’être démis sur des déclarations plutôt à la mode du jour. La liste des retournements est vraiment longue, il faut en tirer les leçons des conversations (récemment hors réseau) autour du thé à la menthe telle “connais-toi toi-même”…

Encore, bonnes fêtes à tous!

Diadié Alpha


De très bonnes propositions, M. Houssouba. De son temps GMT aussi parlait aussi des “deux coins de la bouche”. Mais il n’y avait pas d’internet, pas de cellulaires.

Merci M. Stéphane pour l’article de Jeune Afrique. Une certaine image de l’imam commence à faire surface. Si seulement un journaliste de la place pouvait nous faire le tableau complet.

Sabu Nyuman


« Sans vouloir m’empêtrer dans un débat que je ne maîtrise , je dirai simplement que nous devrions faire attention à éviter les jugements de valeur. »_Yachim Maiga

Dans un débat scientifique oui, il ne faut pas faire de jugements de valeur. Par contre, je ne suis pas certaine que ce sujet “État d’urgence vs Maouloud”, soit un sujet scientifique. Je pense que c’est plutôt un débat de société, ce qui implique donc forcément des jugements de valeur.

La question reste: “Que voulons-nous ?” comme société. Et cela pose tout de suite la question des valeurs.

Quelles sont nos valeurs ?

Cordialement,

Ndack


Bonjour Ndack
A vous lire , je me rend compte que je me suis certainement plante. En fait je me suis prononcé sur la question de coïncidence des deux naissances et non sur un débat : etat d’urgence vs maouloud. Meme sur Centre question, chacun peut constater que l’etat d’urgence n’a pas empeche Aux chretiens et musulmans maliens de Celebrer comme par le passe. Alors pour moi le debat devrait etre plus tourne vers la responsibilite de l’état malien qui prend des décisions qu’il sait par avance non applicable pour des raisons évidentes de son incapacité.
On peut ne pas être d’accord avec Imam Dicko et je ne suis pas d’accord avec lui, pour ses récentes sorties médiatiques, mais nous devrions accepter et respecter la différence .
Ces propos sur les attentats de Paris et de Bamako sont/ils plus dangereux pour la cohésion sociale du pays que ceux qui dilapident les maigres ressources du pays et qui se font une virginité morale auprès de Paris, Rome ou la Mecque?
Au dela des condamnations des attentats avec ou sans mort d’homme, ne devrions nous nous poser les vraies questions sur les racines de ces attentats?
Qui a créé ces monstres qui tuent et se tuent?
Je laisse le soin aux spécialistes du reseau de nous dire davantage , mais je pourrai avec le regard du citoyen lambda dire que c’est notre société qui a créé ces monstres que certains appellent terroristes et que d’autres appellent martyrs.
Anticipons dès maintenant sur la question car bientôt , nos pays pauvres auront à gérer les binationaux terroristes que la France va renvoyer dans nos pays. et oui la France va exporter ses terroristes chez nous et la notre Imam Dicko aura beaucoup à dire .
Bonne journée post Noel a chacune et à chacun de vous.
Que 2016 soit une annee de paix de débats d’idées au service de nos nations qui continuent de subir les dérives d’une gouvernance mondiale mal conçue et égoïste.

Yachim