Mali: Reconsidérer le Consensus

Trois ans après l’intervention militaire française au Mali et le déploiement massif des organisations sous régionales, régionales et internationales, personne n’est en mesure aujourd’hui, de prédire l’avenir du Mali. D’ailleurs la véritable question qui se pose actuellement, au niveau de la communauté internationale, est de savoir comment se retirer sans que l’ensemble de l’édifice ne s’effondre.

L’absence de stratégies pour la mise en œuvre d’un véritable processus de sortie de crise, de la part des autorités maliennes, a eu et continue d’avoir un impact désastreux sur l’action des soutiens internationaux.

A quoi bon de former des Groupe d’Autodéfense Touareg et Alliés (GATIA) si ces derniers ne disposent d’aucune doctrine pour le long terme? A quoi ça a servi de négocier la paix pendant près de deux ans (Transition), pour ensuite aller vers un affrontement armé, comme ce fut le cas en mai 2014 à Kidal?

A ce jour, une grande partie du Mali aurait due être une zone complètement sécurisée, mais les crimes de droit commun, tout comme la justice populaire, y ont atteint des proportions inquiétantes. En plus de ces situations qui semblent ne gêner personne, les déclarations des autorités, appelant la population « à s’habituer au terrorisme », démontrent clairement une posture de résignation.

La communauté internationale ne pourra pas faire grand-chose, si l’Etat ne propose que peu.

Dans l’histoire des Opérations de Maintien de la Paix, aucun Etat n’a eu accès à autant de soutiens, en même temps, comme ce fut le cas pour le Mali. A ce sujet, un diplomate a parlé de soutien planétaire. Le Mali doit porter des initiatives crédibles et régulariser le processus de paix.

Il est important d’avoir à l’esprit que la communauté internationale, au regard des urgences à travers le monde, ne restera pas éternellement au Mali et que jamais notre pays ne pourrait se relever en cas d’une grave rechute.

Devant l’urgence de la situation, Le président doit s’engager davantage pour mettre fin à cette crise qui n’a que trop duré. Il doit y avoir une meilleure implication du chef de l’état afin de mettre fin à la souffrance des maliens, qui sont plus de 400 000 déplacés et réfugiés.

Fin de citation.
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La gestion solitaire des crise ayant montré ses limites depuis les années quatre vingt dix, sans une certaine concertation au niveau national comment peut on arriver à cette stratégie nationale de sortie de crise. Ce n’est pas au cours d’un forum national que l’on élabore une stratégie mais dans des comités restreints ayant pouvoir de décision. Comment envisager un tel processus sans une certaine centralité ? Où s’élabore une stratégie nationale ?
Le dernier remaniement nous a démontré que même en Conseil de Ministres cette centralité n’est pas une évidence.
Si nous avons expérimenté le consensus basé sur le consultation, n’est il pas opportun d’envisager le consensus basé sur la concertation, notamment autour de la construction nationale ?
Il y a une grande différence entre la consultation et la concertation. Ce n’est pas un jeu de style.
Cordialement.

Amb. Ret. Mamadou Traoré


Cette analyse du centre 4s mérite davantage de réflexions de notre part.
A mon avis l’actuel locataire de Koulouba est le premier responsable de cette situation. Pour son honneur et l’honneur de tout un peuple, il doit respecter les engagements pour lesquels les maliens l’ont élu à la magistrature suprême.
Ceux qui l’ont précédé aussi ont leur part de responsabilité et doivent rendre compte au peuple. Tant que toutes les vérités ne seront pas dites au peuple sur la gestion de toutes ces crises de Moussa Traore à IBK en passant par ATT et Alpha, il n’y aura pas de solutions durables. Pour soigner un mal il faut bien faire le diagnostic.
Si ATT est vraiment ce patriote dont on parle tant il doit revenir au pays et dire ses vérités sur cette crise.
Je pense qu’à son âge, il n’a rien à perdre s’il fait ce choix. J’ai comme l’impression que ce club d’anciens présidents ont signé un pacte avec l’actuel pour que cette vérité n’éclate jamais au grand jour. Sinon comment comprendre le silence coupable de AOK pendant tant d’années, la réhabilitation de GMT par IBk , l’exil doré de ATT au Sénégal et enfin la passivité actuelle de IBK.
Au delà de la bande de ces quatre tous les leaders de la classe politique actuelle qui les ont accompagné durant leur mandat sont aussi complices.
Les responsabilités doivent être situées et que justice soit faite si on veut avancer et prétendre à un avenir meilleur.

Warda Belem


Cher Monsieur Traoré, chers tous:

Le texte se lit comme une annonce, disons un coup de semonce. Vu la surabondance des analyses détaillées sur la crise malienne (histoires récente et immédiate), on est peut-être soulagé de tomber sur une bouchée ou gorgée digeste. D’autre part, le risque est que même la surface ne soit écorchée – et pour dire le moindre, rien de nouveau sur un seul point du sujet. Donc, une interpellation, une injonction qui vient s’ajouter à tant d’autres – une mélodie pour non- ou mal-entendants.

Ceci étant dit, je suis attentivement votre propos sur l’appel incessant à “forumiser” à nouveau au Mali. Termes récurrents en dispute: “forum”, “convention”, “concertation”, “consultation”, etc. Le problème n’est jamais le mot, mais la bouche d’où il sort. Ceux qui ont claironné de façon brouillonne la nécessité d’une convention nationale ou souveraine sous la coupe des putschistes de mars 2012 se rappellent à notre bon souvenir – et pourquoi pas notre amnésie bienveillante – en nous rappelant l’appel que nous avons ignoré (fatalement) pour nous rassembler et reprendre notre destin en main. Bien sûr, en mars 2016, bien d’eau a coulé sous le Pont des Martyrs, les cartes se sont considérablement brouillées à force d’être rebattues, mais cela n’empêche: les bêtises du moment ne corrigent pas les sottises (en fait criminelles) de 2012. Si les gens impliqués dans la surenchère qui a mené au tabassage du président par intérim Dioncounda Traoré en mai 2012 et à l’effondrement le plus tragique de l’image internationale du Mali n’ont pas eu le courage de se mettre en question, d’admettre la plus petite faute, ils n’ont aucune raison de chercher des aveux auprès des autres. Ils ont seulement porté à son paroxysme le gangstérisme politique qu’ils décrient. Car c’était au nom d’une convention nationale que tant de violence absurde a été infligée au pays et à beaucoup de ses citoyens.

Au Mali, nous n’avons pas fait le moindre examen de conscience, d’un côté ou de l’autre. Chaque parti indexe l’autre, ce qui pourrait être de bonne guerre, mais qui ne témoigne pas de l’indispensable maturité de la pensée publique, qui nous élèverait au-dessus du parterre de la politique – c’est à dire, la politicaillerie dans sa superbe vénalité et ultime futilité. C’est un éternel jeu de positionnement qui ne nous avance en rien, sauf pour montrer les parures de l’acteur sur scène. Chaque jour, chaque nuit, son personnage et ses masques.

Je veux dire que le malaise actuel est certainement profond, inquiétant, potentiellement paralysant, mais nous ne pourrons y faire face avec les postures manichéennes qui se manifestent de tous les côtés, sur ce forum aussi. Nous sommes dans des états de paniques alternantes: sécuritaire, politique, morale. Ils sont stimulés et entretenus par les agissements de nos dirigeants actuels qu’on ne peut accuser de cohérence ou de transparence dans leur action et communication.

Peut-être qu’il faut prendre le temps de la réflexion sur la méthode. D’abord sortir de la posture défensive/réactive qui nous enfonce chaque jour dans la psychose et la dépression collectives. Bien vrai qu’il est utile de rapporter sur et commenter au quotidien les actes des gouvernants et groupes armés, même des partis politiques, mais pourquoi ne pas inverser la tendance? Si souhaitable, comment le faire, c’est à dire prendre les devants, faire en sorte que les gouvernants, groupes armés et partis réagissent à nos idées et propositions? Pourrons-nous travailler sur le long terme pour présenter des idées différentes sur les questions de l’heure? Je ne dis pas que personne n’essaie, mais dans l’ensemble, nous en faisons peu et en faisons trop au rebond sur les propos et actes de ces “acteurs”. Nous semblons parfois complexés face à leur ingéniosité maléfique. Ou est-ce que je me trompe?

En effet, il y a près d’un an, l’un des co-fondateurs (avec Abdoul Karim Sylla) du réseau Malinet/Malilink, Pierre Sibiry Traoré lançait un appel à célébrer autrement le vingtième anniversaire de cet espace qui continue de nous réunir même – et surtout – dans la divergence, parfois radicale – de nos idées, positions politiques et sensibilités d’ordre moral ou éthique. L’appel n’est pas tombé dans le vide mais l’écho n’a pas encore été retentissant.

C’est vrai qu’en écoutant ce matin Jacques Attali (dont je ne suis pas un discipline), je me dis qu’il nous faut aussi nous plonger davantage dans notre quotidien national tout en résistant à son emprise. Pour ce faire, encore une fois, il nous faudrait être clair avec nous-mêmes. Nous aurons à définir les termes du débat au préalable. Convention nationale, mais sur quelle base? Consensus mais quelle déclinaison? Il y a celle de l’ère ATT dont très peu de gens voudront entendre un mot, mais à laquelle même ses dénonciateurs les plus virulents, le SADI pour ne pas citer ce parti de l’éternelle posture et imposture, avaient une fois gaiement participé. Ce qui ne nous empêche pas de parler de consensus, de chercher le consensus comme mode de regroupement dans un contexte de fragmentation, de fragilité , d’urgence, ou même d’“extrême urgence“. Et la centralité, s’il faut chercher le centre qui ne tiendrait plus (Yeats: “Le monde s’effondre, le centre ne peut plus tenir.”). Elle ne serait pas illogique ou illégitime, cette quête, mais où devrait-elle débuter ou nous mener? Où aller: Ce qui me rappelle Gertrude Stein sur la ville de son enfance, Oakland, Californie: “There is no there there.” (Pas de là-bas là-bas.) Ou Robert Frost dans “Death of the Hired Man”: “Home is the place where, when you have to go there, / They have to take you in.’“ Chez soi, là où on a le droit de revenir pour mourir, au moins. Nous sommes dans les récits de mourants et de revenants. Ce n’est guère trop loin de notre condition collective actuellement, même s’il faut continuer à se battre bec et ongles contre la morosité et morbidité ambiantes.

Quel sens donner au “consensus”, à la “centralité”, demande Chouaibou. Je retourne au propos de Monsieur Traoré: ”reconsidérer“ ces termes et, partant, les termes du débat.

Bon début de semaine à tout le monde.
Mohomodou Houssouba

Things fall apart; the centre cannot hold;
Mere anarchy is loosed upon the world…

William Butler Yeats (1865-1939)
“The Second Coming” (1919)


Mohomodou:

“Peut-être qu’il faut prendre le temps de la réflexion sur la méthode. D’abord sortir de la posture défensive/réactive qui nous enfonce chaque jour dans la psychose et la dépression collectives. Bien vrai qu’il est utile de rapporter sur et commenter au quotidien les actes des gouvernants et groupes armés, même des partis politiques, mais pourquoi ne pas inverser la tendance? Si souhaitable, comment le faire, c’est à dire prendre les devants, faire en sorte que les gouvernants, groupes armés et partis réagissent à nos idées et propositions? Pourrons-nous travailler sur le long terme pour présenter des idées différentes sur les questions de l’heure? Je ne dis pas que personne n’essaie, mais dans l’ensemble, nous en faisons peu et en faisons trop au rebond sur les propos et actes de ces “acteurs”. Nous semblons parfois complexés face à leur ingéniosité maléfique. Ou est-ce que je me trompe?”

Oui mon cher, tu te trompes – au moins un peu, car les enjeux et les dangers écrasent les yeux tellement ils sont super-actuels et les décisions (y compris les consentements sans aucun mot) se passent á la seconde. Nous les critiques et qui veulent prendre du temps pour la réflexion profonde ne déterminons pas malheureusement le cours des décisions. Mêmes l’ opposition parlementaire n’ est pas incluse dans le processus. Le COREN, les Jeunes Patrouilleurs de Gao (qui ont donné leur âme et coeur au Mali) ainsi que ceux, fidèles au Mali, en armes dont qui donnent leur vie au pays) ne sont convenablement pas inclus dans le processus.

A voir ceci et l’ urgence extrême de la situation, on est tenté à acquiécer totalement le RECAM dans sa perspective de la chose, mais c’ est une perspective qui engendre encore plus de dangers.

Reste alors á tous ceux qui se soucient du Mali de circonscrire les dégats par quelque action que ça soit et chacun selon ses moyens. J’ en accordent les plus efficaces et efficients aux FAMas, puis aux groupes armés de la Plateforme qui sont fidèles au Mali .

Bien cordialement

M. Diagayété


“Oui mon cher, tu te trompes – au moins un peu, car les enjeux et les dangers écrasent les yeux tellement ils sont super-actuels et les décisions (y compris les consentements sans aucun mot) se passent á la seconde.”_Malobbo

Tout le monde ne peut être convié à la table de l’élaboration d’une stratégie. Seuls ceux qui ne se laissent pas écraser par quoique ce soit y ont une place.
Cordialement.

Amb. Ret. Mamadou Traoré


Ceux que j’ ai cités ne constitue pas tout le monde. “Tout le monde” aussi vague qu’ impossible. Ceux dont je parle ont des adresses claires:

– L’ opposition parlementaire

– Le COREN, les Jeunes Patrouilleurs de Gao, qui ont des Coordinateurs et d’ organes dirigeants.

– Les 2 syndicats ont leurs présidents et leurs organes dirigeants.

– L’ Association des Droits de l’ Homme du Mali aussi.

Si ces acteurs de la société étaient franchement et effectivementz associés aux négociations personne n’ aurait créé à l’ exclusion.

Où est “la République” ???

Bien cordialement

M. Diagayété