Indice de Prospérité des Pays du Monde 2015

Indice de prospérité des pays du monde 2015, selon The Legatum Institute

L’analyse de cet organisme me semble plus juste, contrairement à certaines qui considèrent uniquement sur les critères macroéconomiques. Elle est basée sur 8 indicateurs: l’économie, l’environnement des affaires, la gouvernance, l’éducation, la santé, la sécurité, la liberté individuelle et le capital social.

Pour le classement général 2015, le Mali est 111e sur 142. Les deux indicateurs selon lesquels le Mali affiche ses meilleurs résultats sont : le capital social (35e/142) et la liberté individuelle (56e/142).

Les deux indicateurs selon lesquels le Mali affiche ses pires résultats, sont : l’éducation (139e/142) et l’environnement des affaires (127e/142). A mon avis, la situation de l’éducation est un handicap énorme que notre pays risque de traîner encore pendant plusieurs décennies; la compétition entre pays étant de plus en plus basée sur le savoir et les compétences. D’autres indicateurs tels que l’environnement des affaires et la gouvernance, sont simplement plombés par la corruption endémique.

Autre constat : Malgré la crise que le Mali connait depuis 2012, seulement neuf pays d’Afrique Subsaharienne (Afrique du Sud, Botswana, Namibie, Sénégal, Rwanda, Ghana, Burkina Faso, Kenya, Bénin) ont un classement meilleur en 2015. Aussi, en regardant la période 2009-2015, on remarque un recul du Mali dans le classement depuis 2012 : 2009 (94e), 2010 (93e), 2011 (90e), 2012 (104e), 2013 (111e), 2014 (113e) et 2015 (111e). Une première explication de ce recul peut se trouver dans la situation de crise que le pays connait depuis 2012. Cependant, selon le rapport, il peut aussi être dû à l’ajout de nouveaux pays à partir de 2012, lorsque la liste est passée de 110 à 142 pays.

Le rapport complet est joint. Le fichier est assez gros, mais il peut être consulté au lien : http://www.prosperity.com/#!/
Les experts du domaine pourront peut-être nous faire une analyse plus pertinente.

Aussi, je me demandais pourquoi le Botswana est 30e/142 selon le critère de Gouvernance. Qu’est ce que ce pays fait que les autres pays africains n’ont pas compris? En fouillant un peu, j’ai trouvé une réponse partielle dans cette émission de RFI datant de 2009 (http://www.rfi.fr/contenu/20091026-le-botswana-modele-bonne-gouvernance-imperfections)

Meilleures salutations,

Mamadou Lamine


La synthèse des immenses bases de données qui donnent ce genre de ranking polymorphe ressort de l’alchimie (post)moderne. Souvent je me demande si on ne prend pas en pièces détachées ci et là (chez Freedom House et Reporters sans frontières pour les libertés, UNESCO et PNUD pour l’éducation, CNUCED pour le “doing business”, International Crisis Group pour la sécurité et pour le capital humain Robin Poulton et Ibrahim Ag Youssouf ont déjà fait l’essentiel, et la Friedrich Ebert Stiftung pour le reste).

Ceci étant dit, si la corbeille du capital social est encore à moitié pleine, tant mieux. Voyons ce qu’on peut faire avec. Et la liberté a encore besoin de tout un chacun, surtout de toute une chacune. Nous avons vu que les Maliennes et les Maliens, avec ou sans éducation, savent se battre pour préserver un minimum d’autonomie personnelle et collective, mais la société connaît aussi un regain de conformisme et de servitude volontaire.

Ce qui n’est pas sans conséquence pour l’école. Poser des questions et penser pour soi-même n’est pas le fort de l’élève malien, mais ce handicap n’est pas sa faute non plus. Même si les conséquences sont dévastatrices pour les adultes, alors qu’on s’arrache les cheveux, perplexes de les voir, même dotés de l’autorité la plus élevée dans notre pays, incapables d’oser prendre la moindre initiative. Nous nous étonnons étrangement de la paralysie de nos institutions, y compris la première, la vénérable famille.

Quant au Botswana, le pays se porterait relativement moins bien aujourd’hui qu’il y a une décennie. Tout de même, j’avais remarqué il y a 25 ans quand je lisais la Chronicle of Higher Education aux Etats-Unis, le Botswana était le seul pays africain qui recrutait activement des professeurs à l’international en affichant ses salaires en pula qu’on pouvait s’amuser à convertir en dollars avant les outils sur internet aujourd’hui.

Le secret de la réussite du Botswana n’en est presque pas un. À part le tout premier régime qui a pensé la Réforme de 1962 avec toutes ses lacunes, l’odyssée de l’école malienne reste une longue randonnée dans le brouillard. C’est peut-être le seul pays où on peut créer une université du jour au lendemain, avant d’avoir ni le terrain, ni les professeurs, ni les livres. (Les étudiants, bien sûr, il y en a.)

Donc, il faut plus que de la foi, du talent au mysticisme, pour continuer à y croire. Ou continuer à croire à y croire…

Mohomodou Houssouba