“Diesel Sale” au Mali et en Afrique

Le carburant sale qui contient beaucoup de soufre — jusqu’à 5500 parts par million (ppm) alors qu’en Europe les normes sont de 10 ppm. La conséquence est un accroissement des problèmes respiratoires et le cancer des poumons. Même les voitures récentes qui ont des pots d’échappement qui captent les émissions de soufre contribuent à la pollution du fait que le haut taux de soufre détruit les pots. Le Mali semble être le plus affecté. Quelque chose qu’un arrêté ministériel peut changer.

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A. Karim Sylla

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Matières premières : comment les traders suisses écoulent du carburant toxique en Afrique
15 Sept 2015 | Le Monde | Simon Piel et Joan Tilouine

Dans l’enquête intitulée « Diesel sale », l’ONG Public Eye (ex-Déclaration de Berne) dévoile les pratiques peu scrupuleuses de traders pétroliers suisses en Afrique. Quatre enquêteurs ont travaillé durant trois ans pour percer les mystères toxiques de l’essence et du diesel distribués sur le continent africain par les géants suisses du négoce de matières premières.

Les résultats de cette enquête publiée jeudi 15 septembre sont sans appel : les carburants écoulés en Afrique ont une teneur en soufre entre 200 et 1 000 fois plus élevée qu’en Europe, mettant gravement en péril la santé de populations exposées aux particules fines et à d’autres substances chimiques cancérigènes.

Des produits toxiques ajoutés aux carburants pour augmenter les profits

Pour augmenter leurs profits, les traders effectuent des mélanges avec des produits toxiques et particulièrement nocifs pour l’environnement et pour la santé. Des opérations souvent risquées qui s’effectuent à quai, notamment à Rotterdam, Amsterdam et Anvers, ou en pleine mer à quelques miles des côtes de Gibraltar ou des ports d’Afrique de l’Ouest.

Les traders ont un nom pour qualifier ces produits pétroliers : « qualité africaine ». Ce carburant toxique est écoulé en Afrique de l’Ouest où les négociants en matières premières profitent de réglementations qui permettent encore l’importation de diesel et d’essence contenant un taux de soufre très élevé. Ils en ont fait un marché parallèle et opaque.

Dans les stations essence de Trafigura, Vitol ou Oryx

Public Eye a effectué des prélèvements dans des stations essence de huit pays africains (Angola, Bénin, Congo-Brazzaville, Ghana, Côte d’ivoire, Mali, Sénégalet Zambie) détenues ou alimentées par ces maîtres du négoce pétrolier, comme Trafigura, Vitol ou Oryx. Plus de deux tiers des échantillons contiennent un taux de soufre supérieur à 1 500 parties par million (ppm). Avec une pointe à 3 780 ppm au Mali. La limite est de 10 ppm en Europe, aux Etats-Unis et même en Chine, à compter de 2017.

Les grandes villes africaines pâtissent déjà d’une qualité de l’air déplorable et d’une urbanisation préoccupante. D’ici 2050, la population urbaine devrait tripler sur le continent. Et le nombre de véhicules devrait considérablement augmenter. Les grands acteurs suisses de ce marché du « diesel sale » disent respecter les normes en vigueur. Et ils insistent sur les efforts fournis par l’Association des raffineurs africains (ARA), une organisation basée… à Genève et dont ils sont membres, pour améliorer la qualité des carburants qu’ils importent, mélangent, revendent et distribuent sur le continent.


Vous trouverez un résumé de 28 pages du rapport de Public Eye en français ici
https://www.publiceye.ch/fileadmin/files/documents/PublicEye/PublicEyeMagazin/PublicEye2016-09_LeMagazine_no1.pdf

Le rapport lui-même (en anglais) peut être téléchargé ici
https://www.publiceye.ch/fileadmin/files/documents/Rohstoffe/DirtyDiesel/PublicEye2016_DirtyDiesel_A-Public-Eye-Investigation.pdf

Ce n’est pas pour rien que les motocyclistes ont des mouchoirs sur le visage quand ils circulent. Et apparemment certains gouvernements en Afrique ont déjà pris des actions.

[…] le Burundi, le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie ont, dès janvier 2015, abaissé la limite de soufre admise à 50 ppm. Mieux, ils ont prouvé que les autres gouvernements, notamment en Afrique de l’Ouest, souhaitant les imiter ne doivent pas craindre une hausse des prix des carburants à la pompe […]

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A. Karim Sylla


Merci Karim pour ces infos éclairant comme toujours d’ailleurs.
Une autre preuve éloquente que l’Afrique vit du résidu économique et commercial mondial qui fait d’elle la plus grande poubelle du monde.
Fabou


Absolument vrai que l’ Afrique vit du résidu économique et commercial mondial qui fait d’elle la plus grande poubelle du monde.

Mais je ne crois pas qu’ un arrêté ministériel à lui seul suffise pour arrêter ça.

Il faut d’ abord les conditions matérielles, objectives en amont ou commitamment avec l’ arrêté ministériel: infrastructures d’ analyse des échappements et de détection des matières nuisibles et aussi des ressources humaines capables de le faire.

Puis il faut les conditions subjectives: l’ apprêtation mentale à le faire correctement sans magouilles.

Donc il faut une préparation minitieuse de tout ça. Est-ce que la volonté politique existe en dehors des déclarations et du minisme de modernisme ?

Passez en revue la génèse du dernier scandale de VW et autres magnats de l’ automotive aux USA et en Europe.

Bien cordialement

M. Diagayété


Objectivement il faut pouvoir tester pour être sûr que les gens respectent les normes.

Mais un état c’est aussi un gros bâton. Le ministre peut faire aujourd’hui un arrêté qui dit que la nouvelle norme sera de 10 ppm de soufre ou autres composantes — il serait mieux que ce soit au niveau CEDEAO; le Mali n’ayant pas de raffinerie.

Sans même le pouvoir de contrôler — chose qu’on pourra acquérir avec le temps — il est possible de mettre fin à cette situation. Si les contrevenants s’exposent à de lourdes peines de prison et de très fortes amendes, ils auront une raison de respecter la loi. On pourra faire des échantillons à conserver jusqu’à ce qu’on ait le matériel.

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Karim Sylla


A l’ intérieur de l’ UMEAO la RCI seule représente 40% de l’ économie. Le Mali vient dans le meilleur cas en 3ème, sinon 4ème position. Dans la CEDEAO le Mali est encore plus faible du point de vue économique.

Donc il faut effectivement agir à l’ intérieur de la CEDEAO: éveil de conscience puis investissment partagé au début de la chaine, à la production de carburant pauvre en souffre et non au bout de la chaine, à la consommation.

Le Mali est un importateur consommateur. Là un boycott du Mali viendra très rapidement au bout d’ une mesure unilatérale malienne.

Maintenant c’ est à se demander si la RCI, le Sénégal, eventuellement le Nigeria, par où les livraisons viennent au Mali, ont de raffineries en quantités suffisantes pour la livraison vers l’ intérieur – hinterland. Ou bien le Mali crée des raffineries de relais à Sikasso, Mopti, Bamako, etc. pour fournir le marché intérieur en carburant pauvre en Souffre.

Une autre alternative serait une technologie ou on traite le carburant directement avant vanat la livraison au consommateur. Existe-t-elle ?

En tout état de cause, il ne faut pas commencer par punir les consommateurs ou les pauvres intermédiaires que sont les propriétaires de stations. La lutte contre la pollution est une lutte de longue durée. Elle doit etre bien planifiée pour avoir un succès durable.

Le Mali n’ est pas comme les USA, l’ Allemagne ou meme pas comme la Chine. Si possible de procéder par étapes il faut le faire. Parmi ces étapes il y a aussi la sensiblisation des consommateurs et des fournisseurs.

Il y a aussi l’ etat des véhicules sur lequel il faut avoir un oeil …

Le tout dépendra de la volonté politique et du pouvoir d’ imagination.

Bien cordialement
M. Diagayété


Validé Malobbo!
Le rôle de tout Etat, que dis je, de Tout Etat responsable est de créer l’environnement politique, économique et social nécessaire à l’épanouissement des individus et des collectivités. Cette mission régalienne ne semble point fait partir des préoccupations des Etats Africains en général et du notre en particulier.
Il y a donc encore beaucoup d’espace pour LE TRAVAIL BIEN FAIT
Bien à vous
Fabou


Le DG de l’ONAP confirme de fait que le taux de soufre est élevé dans l’essence au Mali — il ne semble pas se rendre compte que c’est justement ce que l’ONG reproche au Mali et aux pays voisins; 0,5% (qu’il évoque) équivaut à 5000 ppm; ce taux est de 0,0010% en Europe, 0,0015% aux USA et 0,0050% au Rwanda.

Si 0,5% est la norme au Mali, alors il faut changer cela.

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http://malijet.com/a_la_une_du_mali/165997-zoumana-m-coulibaly-dg-de-l-onap-notre-carburant-est-tres-bien-c.html

Sur la polémique du carburant toxique, le directeur général de l’Onap, Zoumana Mory Coulibaly, rassure les consommateurs maliens. Interrogé par l’ORTM, M. Coulibaly fera remarquer que le Mali respecte les normes internationales. “Le taux de soufre est de 0.5 % qu’on nous dise si ce taux n’est pas dans les normes”, s’est-il exclamé.

Si l’on s’en tient aux explications du DG de l’Onap, le carburant malien est contrôlé à tous les niveaux jusqu’à la pompe. Pour corroborer sa thèse, il a laissé entendre que “même les pays voisins achètent du carburant au Mali, alors si c’était une mauvaise qualité…”

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A. Karim Sylla