Les 100 Voyages d’IBK : Une Analyse Approfondie

Bamako – Le 30 Septembre 2016 | par  MIRG -Ibrahim Boubacar Keita (IBK) devint président le 04 septembre 2013. Sur son épaule reposait l’espoir d’une nation en quête de paix et de stabilité. Elu avec plus de 77% de l’électorat, il avait la confiance totale des citoyens. Mais la déception des maliens ne se fit pas attendre. Progressivement, IBK perdit toute crédibilité avec une succession d’erreurs politiques et de scandales à répétition. Parmi ses maladresses, se trouve l’achat d’un nouvel avion présidentiel et les interminables voyages à l’étranger.

Les voyages internationaux d’un chef d’état font évidemment partie des outils diplomatiques d’un pays ; ils aident à faciliter les relations entre nations et éviter les conflits. Mais il est difficile de comprendre ce qui motive les voyages du président IBK, vu leur nombre et nature. L’utilité de plusieurs de ces déplacements est contestée par bon nombre de maliens. Le 22 septembre 2016, le président clôtura son centième voyage en se rendant à New-York pour la 71ème session de l’Assemblée générale des Nations Unis.

Depuis 2013, le groupe d’investigation de Malilink (Malilink Investigative Reporting Group –MIRG) recense méticuleusement des données sur les voyages du chef de l’état. Cet article offre une analyse approfondie de ces données.

En 3 ans IBK a parcouru 618.927 km dans les airs — plus de 15 fois le tour du monde. Selon l’analyse du MIRG, la majorité des voyages ont été effectués en Afrique, suivi de l’Europe. Les Amériques, restent les continents les plus négligés, avec seulement 4 voyages, tous aux Etats-Unis. Le président n’a visité aucun pays d’Amérique latine ; il n’a jamais visité le Canada non plus. Pourtant, l’aide économique du Canada s’est accru pendant sa présidence ; le Mali est désormais le 2ème pays récipiendaire de l’aide bilatérale canadienne, selon un rapport du gouvernement canadien. Pour la période 2014-2015, il s’agit de près de 68,2 milliard de FCFA d’aide. L’importance du Canada découle aussi du fait qu’il préside la “troïka” qui coordonne le groupe des partenaires au développement du Mali. Et si l’on croit les journaux, le Canada serait en passe d’envoyer ses soldats au Mali dans le cadre de la MINUSMA. Comment est-on arrivé à ces succès sans un seul voyage du chef de l’état ? Tout simplement parce que les visites du président apportent très peu de “valeur ajoutée” ; l’essentiel du travail se fait par les diplomates chevronnés ; ceux dont les voyages coutent comparativement très peu.

Le président IBK a visité 38 différents pays durant ses trois années de pouvoir. De ces 100 voyages, 54 étaient pour des sommets et conférences, et seulement 17 pour des visites bilatérales. En diplomatie, les rencontres bilatérales sont généralement plus productives et efficaces ; avec des résultats se concrétisant plus rapidement. Selon les services de communications de Koulouba, les voyages du président sont uniquement pour l’intérêt national, et par conséquent, justifiés. Mais le Mali n’est pas riche, l’état doit serrer la ceinture ; 77 des visites auraient pu être effectuées soit par le Premier ministre, ou le Ministre des affaires étrangères. A titre illustratif, le président des Etats-Unis, Barack Obama n’a effectué que 50 voyages internationaux depuis le début de sa présidence, il y a 7,5 ans.
En analysant le coût de chaque déplacement on constante la lourdeur des déplacements présidentielles sur le maigre budget de l’état. D’après l’analyse du MIRG, chaque heure de vol de l’avion présidentiel coûte à l’état environ 13 millions de francs CFA.

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Le président a encore 2 ans avant la fin de son mandat. Il doit tempérer le nombre de ses voyages et se concentrer sur les innombrables problèmes internes du Mali. Les maliens sont prêts à pardonner certains travers de leur leader ; il a encore une opportunité de se ressaisir. Mais IBK est aussi connu pour donner peu de considération à l’opinion de ses conseillers et du public.