Le Referendum Constitutionnel de 1974 : Un Rendez-vous Manqué avec la Démocratie

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Bamako – Le 10 Octobre 2016 |MIRG | par  Amadou O. Wane
Le 22 Septembre 1973, le Mali fêta son indépendance. Comme chaque année, le président fit un discours à la nation. Mais cette année, le contenu du discours présidentiel dévia des discours passés. Moussa Traoré surprit les maliens en annonçant le retour prochain d’un gouvernement constitutionnel. Le discours fut bien reçu par la population. C’était une bouffée d’air frais pour les maliens. Mais c’était aussi un moyen pour le régime d’apaiser la population ; le public était mécontent de la flambée des prix des denrées de premières nécessité. Le taux de chômage grimpait.

Finalement, le 23 avril 1974 Moussa Traoré annonça à la radio que le referendum sur la nouvelle constitution aura lieu le 2 juin 1974. Il demanda à tous les maliens quel que soit leur origine sociale ou régionale de faire entendre leur voix sur l’avenir de la nation. En comparant la nouvelle constitution à l’ancienne qui fut créé en 1960, il indiqua que la nouvelle constitution amènera une vraie démocratie et sera la base d’un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Toutefois, selon le président, la constitution exclut les individus qui ont prouvés leurs incapacités de gérer les affaires publiques. C’était un avertissement à peine voilé aux leaders de l’ancien régime, qui pourraient avoir des aspirations politiques. Il n’y aura qu’un seul parti politique qui représentera toutes les opinions politiques. A la fin de son discours radiodiffusé, il dit aux maliens qu’en votant « oui », ils voteront pour la démocratie, et l’autorité suprême du peuple. Conformément à la nouvelle constitution, le président sera élu pour un maximum de 2 mandats de 5 ans. Les membres de l’assemblée nationale seront élus pour 4 ans. Traoré finit par conclure qu’un vote pour la nouvelle constitution démontrera la confiance du peuple au Comité Militaire de Libération Nationale (CMLN).

Pendant 2 à 3 semaines, tous les membres du CMLN, à part le président, fut envoyé dans les différents régions du Mali pour encourager les citoyens à voter « oui » et répondre aux questions sur la nouvelle constitution. Le 23 mai 1974, le gouvernement organisa un rassemblement au state omnisports et déclara une demi-journée de congé officiel pour permettre à plus de personne de participer à l’évènement. Moins de 5000 personne étaient assis dans un stade de 20000 places. Le CMLN voyait ce referendum comme un vote de confiance ; il était donc primordial que le nombre de « oui » l’emporte d’une façon décisive.

La nouvelle constitution prévoyait une période de transition de 5 ans durant laquelle, le CMLN restera au pouvoir. Les membres du régime de Modibo Keita fut exclus de tous les postes gouvernementaux pour une période de 10 ans. En dépit de la promesse que le nouveau gouvernement sera un gouvernement du peuple, par le peuple, et pour le peuple, les maliens vécurent une autre réalité loin des valeurs démocratiques. Selon l’analyse de l’ambassadeur des Etats-Unis au Mali durant cette période, les raisons pour tenir le referendum n’étaient pas immédiatement claires. Il n’y avait pas de forte pression sur le CMLN. Néanmoins, les membres du groupe avaient promis après leur coup-d ‘état, le retour d’un gouvernement constitutionnel. Puis, le CMLN était conscient du fait que son légitimité en tant que gouvernement, était contesté. Il voulait alors se légitimer et montrer à ses critiques que le peuple le soutenait.

Pendant la dictature, les maliens avaient peur d’entretenir des discutions concernant leur gouvernement. Il fut extrêmement difficile d’évaluer les courants politiques durant cette période. Néanmoins certains indices montrèrent que la population était insatisfaite du régime militaire et il y avait une nostalgie pour la période sous Modibo Keita. Ceux qui critiquaient ouvertement le referendum étaient emprisonnés. Les patrouilles et surveillances policières étaient de plus en plus fréquentes.

Bien que la nouvelle constitution fut adoptée, les maliens continuèrent à vivre sous une dictature qui respectait peu leurs droits fondamentaux. Le gouvernement de Ibrahim Boubacar Keita (IBK) a aussi décidé de réviser la constitution actuelle du Mali. Une commission présidée par le Ministre de la justice, Mamadou I. Konaté, est chargée de rédiger cette révision constitutionnelle. Les maliens, jusqu’ à présent n’ont pas été consultés. Cette future constitution apportera-t-elle la promesse d’un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple tant promis ? A en croire l’histoire du Mali et les penchants autocratiques du président IBK, le changement risque de ne pas être au rendez-vous.