La Charte de Kurukan Fougan

Chers Malilinkers,
AMAROM présidée par notre ami malinker, Francis Simonis, vient de publier Le Roman vrai de Tabi. Francis m’en a parlé.

Un administrateur colonial au Pays des Dogons en 1920
Robert Arnaud ne faisait de cadeau à personne. Il posait un œil cassant sur tous, les dominants et les dominés. Il écrivait ce qu’il pensait, sans langue de bois.
https://www.maliweb.net/histoi re-politique/administrateur-co lonial-pays-dogons-1920-185228 2.html

Très cordialement
Françoise


Merci Françoise !

“Conscients que le prix de vente est beaucoup trop élevé pour qu’il y soit accessible, Francis et André cherchent actuellement un éditeur malien à qui ils donneront l’ensemble de leurs fichiers. Il n’aura plus qu’à imprimer l’ouvrage rapidement, et le vendre à un prix réduit, afin qu’il puisse être acheté par le plus grand nombre.”

Une posibilité serait “Editions les Cauris” ou “Jamana” sans connaitre exactement quels sont leurs contacts.

Peut-être quelqu’ un/e du forum peut prendre la relève, le relais pour pouvoir explorer le terrain d’ éditeurs au Mali.

Moi, je voudrais acheter le livre – aussi vite que possible ou bien attendre l’ éditeur malien ?

Bien cordialement
M. Diagayété


Un verre de thé à la menthe pour l’article. Francis Simonis a lui-même annoncé ici la nouvelle de ce livre ici il y a une dizaine de jours sous le titre de discussion “Un livre sur les Dogon, dix ans avant Griaule”. Je lui ai naturellement offert le verre de l’hospitalité et parcouru le site de son association dont il a fait la publicité. J’y avais noté avec surprise et curiosité son assertion que la Charte du Kouroukan Fouga << n'a aucune consistance historique et résulte d'une série de confusions et de manipulations >>. Il est resté silencieux. J’espère qu’il ne s’en tenait pas seulement à la publicité. Car on aime discuter avec les amis qui ont le courage d’échanger autour du thé à la menthe. Avec une pensée et une prière pour feu Youssouf Tata Cissé !

Diadié Alpha


Diadié,

Tu trouveras en pièce jointe l’article que Francis Simonis avait écrit au sujet de la charte l’an passé et qu’il avait bien voulu partager.

“J’affirme simplement, et je crois le démontrer, que la charte du Manden n’a aucun fondement historique et est une invention récente dont on peut suivre le processus de création à précision ….” – Pr. Francis Simonis

Stephane Bombote


On discute quand vous voulez, Alpha ! Et si j’ai le plus grand respect pour la mémoire de Youssouf Tata Cissé (j’étais présent à Bamako lors des cérémonies organisées par sa famille au moment de son décès), sur ce point précis, je n’étais pas d’accord avec lui, et je maintiens ma position.

Francis


Merci Francis pour cette disponibilité avec, en sus, un bon verre de thé à la menthe ! Noter que ce verre est autant pour son usage d’hospitalité que de prévenance contre la méfiance propre aux discussions en ligne (je l’essaie avec des résultats mitigés !). Je n’avais pas vu auparavant une réfutation de la narration autour de Kurukan Fuga par feu YT Cissé et d’autres, et j’étais curieux de connaitre l’argumentation utilisée. Vu la célébrité de cette narration et son intérêt pour beaucoup, y compris nombre de maliens qui en tirent fierté, j’ai pensé satisfaire ma curiosité en vous invitant à l’argumenter brièvement. Occasion manquée la première fois, mais offerte cette fois-ci, merci encore. A vrai dire je voulais surtout savoir si la réfutation était basée sur une commune critique de l’oralité ou sur quelque autre argument original. Un malilinker m’a fait suivre l’article idoine (discuté ici parait-il) que je me propose de lire. Evidemment je serais bien honoré de savoir cela directement de l’auteur que de sa lecture.

Diadié Alpha


En fait, je n’ai aucune prévention particulière contre l’oralité, puisque je consacre moi-même tout un cours à l’histoire de l’empire du Mali et du segu fanga à l’université d’Aix-Marseille. Mais dans le cas précis de la charte, il me semble avoir démontré dans mon article qu’il s’agit en fait d’une création contemporaine que l’on a projeté dans le passé. Le plus simple pour moi serait que vous réfutiez ceux de mes arguments qui ne vous sembleraient peu convaincants, et bien évidemment, je me défendrai !

Francis Simonis


Merci M. Simonis, pour votre intégrité intellectuelle. Je disais ici, il y a peut-être un an ou deux que la charte du kurukan fuga était une histoire à faire dormir debout et que j’y reviendrais quand j’aurai le temps.

Je pense même qu’il faut être d’une crédulité particulière ou manquer totalement de rigueur intellectuelle pour valider cette charte. L’ONU est une organisation politique et seul cela justifie sa reconnaissance du kurukan fuga et aussi des dits “mausolées de Tombouctou”.
Pour qui connait un minimum du fonctionnement de la mémoire humaine, accepter qu’après plusieurs siècles une charte ait persité dans les mémoires est simplement ridicule et ridiculisant. Si on peut encore accepter que l’évènement eût lieu, la persistance de ses édictions serait impossible, même si les personnes présentes avaient été prévenues par Dieu lui-même de leur importance.
C’est comme reciter dans 10 ou 100 ans le premier discours d’Amadou Haya Sanogo à la Nation, ou disons d’ATT quand il fut chuter GMT, pour être fair.

Sabu Nyuman


Bonjour Sabu Nyuman,
Bonjour à tous,
Toujours dans la dentelle et un tantinet irrespectueux pour d’autres thèses et conceptions; avec des termes et expressions dont on pourrait se passer dans un échange intellectuel sérieux : “histoire à dormir debout”, “crédulité particulière ou manque de rigueur intellectuelle”, “Pour qui connait un minimum du fonctionnement de la mémoire humaine… est simplement ridicule et ridiculisant”…
Des chercheurs, historiens, anthropologues… sérieux comme vous et Francis Simonis défendent d’autres thèses concernant kurukan fuga, tout aussi respectables comme le dit d’ailleurs Francis Simonis en parlant de feu Y.T. Cissé
Je crains que vos qualificatifs excessifs ne nuisent à la qualité des débats. Des arguments, des démonstrations, des preuves scientifiques, des fruits de recherches… Voilà ce dont a besoin je crois. Pas d’anathèmes. Des convictions, des opinions, oui; des certitudes absolus…
Pardon pour cette remarque.
Merci et bon courage à tous.

Issa Diawara


Je n’emploierais pas, en effet, le même vocabulaire que Sabu Nyuman. Je partage cependant une partie de son analyse. La charte est un texte à vocation politique qui a été reconnu par un organisme politique dans un but politique sans qu’il ne soit procédé à aucune analyse historique de la question. Le dossier qui a été monté par le gouvernement malien à l’époque ne comportait même pas le texte de la dite charte ! L’ONU a donc authentifié une charte sans même en avoir lu le texte qui est une création contemporaine. Pour tout cela, encore une fois, je ne peux que renvoyer à mon article disponible en ligne :

Bien cordialement,

Francis Simonis


Cher Francis, je viens relancer notre conversation autour du thé à la menthe que je pense assez attendue. Le temps a été ample mais peu productif d’opinions pertinentes. Même vous en tant qu’interpellé avez choisi l’inversion du « je vais me défendre » devant ma simple demande de résumer pour notre discussion votre désaccord de l’enregistrement à l’Unesco du Mande Kalikan ou la charte du Mandé à Kouroukan Fouga (KF). Je ne regrette pas d’avoir lu votre article ce weekend qui m’a révélé d’autres originalités n’ayant pas fait l’objet de publicité. Je me suis mis aujourd’hui à vous faire suite et elle été longue car elle m’a pris toute l’après-midi. À long article, cher Francis, et autant d’intentions, longue réponse. Pensez à m’en donner court la prochaine fois pour des échanges plus brefs.

Rassurez-vous je n’ai même pas à attaquer votre position qui reste une simple assertion devant un acte majeur homologué par la communauté internationale de la reconnaissance pour les peuples mandé d’une partie de leur histoire et de ses significations. Une mise au point cependant pour ne pas donner dans les commentaires hâtifs entendus, je dois saluer d’abord vos efforts de recherches sur un sujet et un pays qui n’attirent pas que des amis. Je maintiens toutes mes offres passées de thé au titre des amis du Mali dans la difficile passe où il se trouve actuellement. En attendant que la pierre que vous jetez ne roule assez pour émousser sinon éclabousser cet acquis d’historicité, cette homologation reste donc pour vous, au lieu de furtives postures de défenses, l’obstacle ardu pour relativiser voire censurer cet acquis qui rend aux africains un peu de leur histoire. Pour le moment, les griots peuvent encore dire « kulu ba non na gon de be ta ni segi na ».

Dans l’attente d’inverser ce cours, je dois aussi saluer la tradition universitaire qui vous fait pousser dans ses derniers retranchements toute ivraie historique pour en ressortir la blancheur historique. Mais cette pureté existe-t-elle en dehors de la volonté et diversité des peuples qui lui donnent sa signification ? Est-il suspect d’avoir une posture politique ? La posture politique enlève-t-elle la légitimité historique ? Je dis tranquillement non ! Et je dis que toute posture intellectuelle est d’abord politique. Les gravures rupestres, les tableaux des batailles napoléoniennes, les pyramides, le Taj Mahal, bref, nous pouvons en discuter si vous voulez.

Le vrai message de votre article me semble-t-il est implicite. Ce qui est explicite dans l’article concerne les contradictions entre griots, les querelles de chapelle guinéenne et malienne pour l’héritage mandé et l’impossible démocratie africaine. Or, les variations dans les déclamations des griots est une des conditions même de l’invariance du message et le gage de la fiabilité de la tradition orale. Aussi, les rivalités entre nations postcoloniales en partage du même peuple mandé est une création artificielle de qui l’on sait. Je disais donc que le message réel de votre article est implicite, comme suggéré par votre embarras de me dire brièvement votre position, et de ne lâcher que plus tard, dans la perception du portage de votre pensée par d’autres, que africains que seulement après dans la sécurité perçue.

La charte du Mandén-KF ne mérite pas l’Unesco dites-vous parce que ses sponsors avaient une motivation politique, parce que les témoignages des griots qui en étaient la fondation étaient contradictoires. En jouant Sosso Bala et Niagassola et Kouyaté contre Kita et Kéla, Dakadjalan et Kangaba et Diabaté, les valeurs essentielles portées par ces catégories sont trivialisées mais leurs manières de les convier sont montées en épingle. Ainsi, en fondamentalisant la contingence et l’accessoire, la signification profonde de la charte du Mandé-KF, ses acteurs, etc., est amoindrie et préparée à la mise au musée de l’histoire. Or, l’histoire de ces gens-là, est un musée vivant où la geste ancienne vient nourrir les vivants. Les griots de Niagassola ou de Kita en exécutant leur fonction ancestrale de livrer la vision du Mandé à leur société, y tirent comme hier de quoi améliorer leur existence précaire.

C’était la vision du Mandén de donner une sinécure à chacune de ses composantes sociales, contrairement à la société moderne actuelle qui n’en donne qu’à certains, quitte même à empêcher ceux qui n’en ont pas de s’exprimer, à plus forte raison de se libérer. Au nom de la bonne manière d’écrire l’histoire, l’historien vient les médire, éconduisant voire intimant à leurs jeunesses, au nom de la Science, de rester sous la gravité de ses lois, c’est-à-dire de rester passivement à la merci du destin qui leur a été imposé. A force de nous cajoler à maintenir nos pensées sur l’anodin des besoins de gagner leur vie par la parole, on nous endort à ne pas reconnaître le sublime de libérer l’homme des oppressions et des subdivisions. La trivialisation de son histoire ne viendra pas secourir du ridicule la tirade que l’Africain, en l’occurrence, l’homme mandé n’est pas suffisamment entré dans l’histoire.

Car voyez-vous, à trop tirer sur le relativisme culturel, soi-disant que nous sommes tous particuliers à notre manière, on assoit bien une idéologie libérale qui sous la couleur de liberté individuelle et de pluralisme démocratique s’accommode d’une société à deux ou plusieurs vitesses. Ce respect de la différence pourrait n’être qu’un alibi pour justifier les inégalités sociales en Europe et dans le reste du monde, une rupture entre un Nord repu qui s’amuserait ensuite des contes à dormir debout d’un Sud empêtré dans ses marasmes, comme le griot gardien des valeurs à l’instar du pape pour l’occident, diplomatise la parole primordiale dans sa quête de pitance, c’est-à-dire pour se moderniser. Ainsi nous dit-on, jamais le Mali ne s’était démocratisé que sous la pression des bailleurs de fonds quand il tentera « ka mara la segin so ». Vraiment ? Même pas au village ou à l’époque du Mandé de cette charte ? A ce rythme, toute tentative originale de démocratisation sera naturellement dévaluée car ses auteurs sont incapables et l’original occidental ne serait même plus exportable et les droits de l’homme seraient un luxe inaccessible aux trois-quarts de l’humanité !

La boucle est bouclée, le Mali ne pourra se prévaloir du principe fondateur du glorieux empire éponyme car des historiens en mission lui refuseraient de s’auréoler d’une ancienneté imaginaire. Pourtant le triangle Soundiata, Nana Triban et Soumaoro Kanté a scellé une bataille célèbre tout comme celui de Zeus, Héra et Poseidon, il est vrai à un inceste près ! La force de la parole reconnue à Cicéron, Danton, Napoléon, ou l’appel à la première croisade, pourra aussi être reconnue à ceux de Niagassola, de Kita ou de Kela ! Je n’ai même pas besoin de m’attarder sur les nonsenses concernant Y.T. Cissé, D.T. Niane et C.H. Kane (des trois, c’est ce dernier que je connais). Ai-je besoin de dire plus pour montrer l’impasse où mènent de telles analyses ?

C’est bien que l’ethnologie prône la diversité culturelle et nous faire respecter la culture des autres, mais en se focalisant sur ce qui nous différencie des autres elle évacue ce qui nous rapproche. Elle nous égare sur les fausses pistes de la reconnaissance et refuse le dialogue sur le terrain de l’universalité. Ainsi les Mandéinkas ne sont pas permis de puiser dans l’universalité de la charte du Mandén-KF et d’en faire bénéficier le monde car la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme s’en charge déjà ! Le décompte mesquin des défauts de ces africains revendicateurs montre une omnibulation avec la différence. Les frères ennemis de l’eurocentrime et l’afrocentrisme se renvoient la différence pour mieux se dissimuler les enjeux que recouvrent leurs rapports de forces. L’autre doit se considérer comme incapable et dominé « par nature » puisqu’ il a le tort de n’être pas né en occident. Le griot « dont la bouche est son champ » m’a rappelé Bourdieu et je dirais qu’il n’y a pas de lutte à propos de l’histoire qui n’ait aussi pour enjeu l’imposition de l’histoire d’une manière particulière de vivre !

Comme on en est aux contes, pourquoi ne pas évoquer ceux d’Amadou Koumba où « quand la mémoire va ramasser du bois mort, elle rapporte le fagot qu’il lui plait ». Non pas le bois mort de l’histoire des écrits figés. Mais le bois crépitant du feu des soirs de contes pour l’histoire. Dans un feu de bois, il faut se garder d’éteindre toutes les bûches qui fument. Chez les grands peuples comme dans la loi des grands nombres, les différents fagots de bois mort rapportés esquissent fatalement la tendance centrale des épopées et des gestes. Kouroukan Fuga ou Dakadialan ou ailleurs, peu importe ! D’abord, pourvu qu’ils soient tous au Mandé. Ensuite le lieu ne fait pas l’histoire mais les hommes en ce lieu. Les hommes du Mandén sont aussi des chasseurs dans ces lieux. La Charte du serment et le Serment de la charte, c’est du pareil au même et la boucle du Mandé est bouclée. Sorti de son contexte le témoignage oral se décompose et meurt comme le poisson hors de l’eau. Il ne faut donc pas déraciner l’oralité. Comme dans la triade homérienne, l’avenir prend racine dans la mémoire du passé. C’est un témoignage vivant qui nous vient du lointain d’un monde révolu transmis par des vivants et dits par des griots, tantôt avec ruse et truculence, tantôt avec gravité et verve, mais toujours dans l’humour et le sacrifice populaires. La connaissance du passé doit donner des raisons de vivre et de mieux vivre aujourd’hui et demain. Au son du balafon. Au goût du thé à la menthe. Nya ta yoro min na, nya bla yen.

Diadié Alpha


Dixit Diadié Alpha: “La connaissance du passé doit donner des raisons
de vivre et de mieux vivre aujourd’hui et demain.”, pour ma part,
n’étant pas un historien, je me fie à la thèse de Francis Simonis
validée par Sabu Niyuman, relativement à la Charte du Mandé KF.

En effet, en enregistrant la Charte du Mandé KF et les Mausolées de
Tombouctou dans le Patrimoine mémoriel mondial immatériel pour le
premier et mémoriel matériel pour le second, l’Unesco n’avait pas
procédé aux recherches historiques pour renseigner la “fiche
technique” (La connaissance du passé) comme elle vient de le faire, en
ignorant, superbement, l’histoire de Jérusalem dont elle enregistre la
Mosquée d’Omar-Al Aqsa pour le compte de la Palestine au détriment
d’Israël qui revendique, à juste titre historique (La connaissance du
Passé!), le Mont des Oliviers sur lequel trône les vestiges du Temple
de David et de Salomon dont il ne reste plus que le Mur des
Lamentations qui supporte les fondations de la Mosquée d’Omar-Al Aqsa
– reconnue, de moins humble point de vue, fâcheusement – patrimoine
mémoriel matériel de la Palestine qui n’est reconnue que par l’Unesco
alors qu’Israël est est reconnu par les Nations Unies qui l’avaient
créé en 1945.

Moralité: autre lieu, autre histoire!

Sincèrement,

Mohamed AG HAMATY


Cher Ag Hamaty,

Si vous permettez, il me semble qu’il ne faut pas confondre 2 choses :
1. la démarche de l’Unesco mise en cause par Francis ( par ailleurs discutable)
2. le caractère historique de KF et la prise en compte d’autres sources, notamment orales pour l’écriture ou la réécriture de l’histoire.
Les deux sont sans douté liés, mais ne peuvent être confondus et doivent être dissociés pour une meilleure compréhension des choses.
telle est ma compréhension des choses.
Cordialement

Issa Diawara


Bonjour,

Ce n’est pas trop tard de réunir, tous les protagonistes relatifs à la Charte du Mandé KF, dans le cadre d’un symposium pendant que beaucoup soient encore en vie. Apporter des arguments pour ou contre le caractère contemporain ou historique de ladite charte reste un devoir de chercheurs, d’historiens devant user de tous les approches et moyens objectifs pour faire établir la “vérité” .

Bon courage

Adama Mariko


Je vois que tu restes “sélectif” – et c’est ton bon droit! – sur la
démarche de l’Unesco sur la Charte du KF mise en cause –
historiquement – par Francis Simonis (et Sabu Niyuman) , position
d’un enseignant-chercheur- historien que tu juges “par ailleurs
discutable”.

Je déplore que tu n’aies pas jugé “par ailleurs discutable” la façon
dont l’Unesco vient de classer la Mosquée d’Omar pour le compte de la
Palestine – inexistante juridiquement, au regard des bons principes
qui fondent un Etat constitué – au détriment d’Israël – Etat reconnu
membre des Nations Unies – dont le Mont des Oliviers est reconnu,
depuis 3000 ans, comme étant le lieu de la symbolique historique
mémorielle des Juifs – c’est écrit sur des papyrus, sur des peaux et
sur des pierres bien conservés – dont les Rois David et Salomon
avaient érigé le Temple détruit, d’abord par les Chrétiens Croisés
venus de l’Europe des Papes romains et, ensuite les Arabes jihadistes,
Conquérants Colons venus du Désert Arabique de Hajaz, du côté de
Médine et de la Mecque.

En tout état de cause, dans les faits historiques majeurs, il ne doit
pas y avoir le “deux poids, deux mesures”, il faut dire la vérité
historique, rien que la vérité historique écrite de mémoire d’homme et
non relatée oralement et colportée par des contes et légendes des
grand’mères bons pour endormir les enfants.

Sincèrement,

Mohamed AG HAMATY


Je crois que je ne me fais pas bien comprendre. Toutes mes excuses.
Il ne s’agit pas pour moi de me prononcer sur la démarche de l’Unesco pour prendre telle ou telle décision de classement ou de classification d’œuvres, de monuments… Je dis que cela est un débat à part. Et là-dessus je dis aussi que les débats sont ouverts avec des arguments recevables (certains de ceux qu’avance par exemple Francis) et d’autres discutables. C’est la prudence et l’incertitude du chercheur qui m’imposent cela. Par ailleurs, je n’ai pas les éléments pour juger “la façon dont l’Unesco vient de classer la Mosquée d’Omar pour le compte de la Palestine”. C’est pour cela que je n’en dis rien. Et non par “esprit sélectif”. Mais ce débat ne doit pas “cannibaliser” celui concernant la prise en compte d’autres sources par les chercheurs, les historiens. C’est peut-être une déformation professionnelle. M’occupant d’une formation d’archivistes, je me suis rendu compte de l’importance des archives orales et parallèlement (corolairement ?!!!)de leur négligence ou mépris “coupable” par certains chercheurs.
Je n’oppose rien à rien. Je plaide simplement une cause : celle de la revalorisation de l’oral, de son rôle très important surtout dans les “sociétés sans écriture”.
Franchement la démarche et les décisions de l’Unesco relèvent d’un autre débat. Même si les 2 débats ne sont pas antinomiques.
En espérant avoir été un peu plus clair cette fois-ci.
Cordialement.

Issa Diawara


Voilà ce que moi j’ avais envoyé, comme mon feedback à l’ article du Prof.Simonis (fichier). Je prends position sur chaque chapitre, pour conclure:

Ma conclusion

“La charte du Mandé” comme adoptée par l’ UNESCO est un serment des chasseurs, une association professionnelle qui a ses règles éthiques comme d’ autres de part le monde. J’ ai cité le serment de Hyppocrates pour le médecins. Il y en a d’ autres qui sont constituées en statuts d’ associations professionnelles, termes plus modernes et non suspects.

Les griots existent et chacun sait ce qu’ ils sont. Voir aussi le 5ème chapitre avec le réflexions de professeurs Simonis que je partage.

En tout état de cause, il vaut mieux adopter, comme patrimoine culturel universel, les statuts d’ une association professionnelle que des déclamations de griots, autrement dits de flatteurs, sachant bien que “tout flatteur vit au dépens de celui qui l’ écoute” et flatte celui qui l’ écoute.

D’ ailleurs si Prof. Simonis suspecte les Kouyaté de vouloir dominer les autres, alors il devrait conséquemment favoriser le serment de l’ association professionnelle des chasseurs érigé en “Charte du Mandé”.

Que le lieu de la déclaration soit plutôt à Dakadjalan (Y T Cissé), première capitale du Mandé et non à Kouroukan Fougan (Tamsir Niane et Siriman Kouyaté), oui, est une question que l’ UNESCO aurait dû étudiée de près. C’ est pour moi le seul argent valable de Prof. Simonis quand il doute du titre qui inclut “Kouroukan Fougan”

Faisons un compromis: Dakadjalan était la première capitale du Mandé, puis ce fut Niani plus connue; la grande rencontre à la suite de la victoire de Soundiata fut à Kouroukan Fougan. Faisons

l’ honneur à la première capitale, dans le sens du caractère fédératif de l’ Empire du Mali …

M. Diagayété (Malobbo)


Bonsoir, tous.

Je me permets, encore une fois quelques mensonges qui peuvent prêter à sourire sur le sujet très pertinent de Kurukanfuga avec la Charte du Mandé.

La première fois, c’était à la faveur du colloque international sur l’Empire du Mali, au Centre islamique de Hamdallaye, en 1992, peu avant l’élection du président Alpha Oumar KONARE à la tête de notre pays. Son épouse, Mme Adame BA KONARE, a participé à ce colloque en sa qualité d’historienne et spécialiste de renom de cette époque.

Pour ce qui me concerne, j’y étais à double titre : ma passion pour les traditions de mon pays et, surtout, le reportage pour le compte d’un journal/mensuel d’analyse et d’informations générales, YEREWOLO, dont j’étais à la fois le Directeur de publication et le rédacteur en chef. Pour la petite histoire, je suis le premier journaliste-reporter à faire cas de l’alphabet N’Ko dans la presse malienne, que je venais de découvrir moi-même.

Cependant, à l’école supérieure, mon professeur de linguistique (M. Abdoul Wahab TOURE) nous avait parlé d’un alphabet malien, MASABA, inventé par un certain Woyi COULIBALY, un Massasi du Kaarta (dans le cercle de Nioro du Sahel), peu avant la colonisation française. Mais, son usage était resté restreint, parce que réservé à quelques initiés.

C’est à cette occasion que j’ai également appris que le premier colloque international sur l’Empire du Mali avait été organisé en…Israël.

Un autre fait a beaucoup retenu mon attention : une Américaine a présenté une communication sur « la sensibilité féminine dans la société malinké », sans parler la langue malinké, ni avoir jamais séjourné auparavant dans aucun pays malinké, simplement à partir de « la littérature » d’auteurs malinké comme Amadou KOUROUMA.

Pour revenir au sujet, plusieurs documents écrits en N’Ko (grammaire, botanique, sociologie, théologie, etc.) étaient exposés dans la cour du Centre islamique, dont un qui portait sur la Charte de Kurukanfuga ou la Charte du Mandé, dont l’auteur n’est autre que l’inventeur dudit alphabet, feu Souleymane KANTE.

Ce jour-là, les exposants nous ont fait savoir que Karamoko Souleymane KANTE a écrit une centaine de livres, dont un dictionnaire contenant 34 mille mots dont on peut mesurer le travail titanesque si l’on sait, par ailleurs, que le premier dictionnaire du français était riche seulement de 7 à 8 mille mots.

Cependant, le Savant est considéré dans le milieu universitaire français, spécialiste du Mali, comme quelqu’un qui prenait pour un « illuminé », sans doute avec ironie.

La seconde fois que j’ai entendu parler de la Charte de Kurukanfuga ou Charte du Mandé, c’était à la suite d’une visite à deux amis médecins (Moussa Mintou KONE et Bakari Moumine DEMBELE) que j’ai effectuée, en 1997, à Kangaba, où j’ai eu l’honneur et le privilège, en compagnie du Dr DEMBELE, de rencontrer feu Kéla Balla DIABATE, à l’époque Patriarche du maudit clan DIABATE et chef des griots du Mandé. Il m’a entretenu sur le peuplement du Mandé et la migration des populations, singulièrement celle des Dogon qui continuaient, selon lui, à venir s’approvisionner en semences au Mandé pendant plusieurs décennies avant d’en constituer pour eux-mêmes.

Après Kéla, j’ai accompagné le Dr KONE à Baraza, le village où repose Tiramagan, le plus grand païen de tous les temps du Mandé et le guerrier le plus poltron de l’Armée de Sunjata, avant de faire un tour sur le site de Kurukanfuga avec un guide qui nous a expliqué l’importance de cette place dans la grande Histoire du Mandé.

Car, nous a-t-il confié, c’est ici qu’a été proclamée la fameuse Charte du Mandé ou la Charte éponyme de Kurukanfuga.

L’Almamy Samory TOURE y est également passé, nous a-t-il révélé en nous montrant une petite élévation monolithique sous forme d’escabeau où se serait assis l’Imam guerrier en face de son interlocuteur du Mandé.

Ma conclusion, c’est que si une version de la Charte de Kurukanfuga ou du Mandé existe effectivement en N’Ko sous la plume de Souleymane KANTE qui est décédé plusieurs décennies avant le débat maliano-guinéen sur la paternité de ladite Charte, c’est que la thèse de notre ami Francis mérite un bémol, celle qui lie la « défense et illustration de la Charte du Mandé » à une propagande politique via l’ONU/UNESCO, « sans aucun fondement historique » ou sociologique.

Comme quoi, c’est encore raté pour l’Afrique de vouloir renter dans l’Histoire par la grande porte de la Charte du Mandé, en voulant surtout rivaliser avec la Magna Carta ou renvoyer la grande Déclaration universelle des droits de l’Homme au rang de “lampion droit-de-l’hommiste”.

J’avoue, dans le sillage de Dadié, que c’est « très subtil ».

Sarko avait déjà apprécié en prenant son verre de thé à la menthe sur la Terranga…

SOD


Témoignage bien instructif et riche que celui de Sod. Ceux qui se chargent de définer pour elle l’Afrique et lui assigner une histoire viennent d’un long chemin. Il fut un temps où on ne reconnaissait aucune dynamique interne à l’Afrique et la notion même d’histoire serait étrangère à sa mentalité. Puis on ne nia plus l’existence de l’histoire africaine, mais sa vitalité lui vient de l’extéreiur, par examples des hamites, des juifs, phéniciens, arabes et autres libyens, etc. Enfin, les plus accommodants admettent une histoire africaine mais on ne la connait pas et ne la connaitrions-nous certainement jamais à cause de la rareté ou la prétendue absence de documents écrits. Ce dernier lot est le commun de nombre d’amis contemporains de l’Afrique. Donc, pas de documents, pas d’histoire africaine ! Mais, l’Afrique n’est pas sans écriture comme on le généralise trop hâtivement… En attendant peut-être d’en parler une autre fois, y compris manuscrits de Tombouctou et autres Djenné Djéno, notons au passage que c’est suite à une insulte sur les langues africaines que Souleymane Kanté dit Solomana a décidé de créer le Nko. Notons aussi que tels historiens le moquent parce que son oeuvre ne fut jamais traduit en français pour établir ‘sa’ science… Apparemment Sarko, comme le nomme Sod, n’a pas fini d’apprendre le bon usage de la prise du thé à la menthe sur la Téranga : Se fiant trop aux sources écrites et trop peu à leurs écueils, il a décidé d’écrire pour l’histoire un livre “La France pour la vie” où il évoque la campagne “violente” entre George Bush et Barack Obama…. Barack a succédé à George mais une campagne n’a jamais eu lieu entre eux, comme l’a souligné à la France et au monde Mathieu Foulkes un journaliste politique de l’Afp. Comme quoi il ne faut pas se précipiter pour dire les autres, il faut les embrasser et boire amicalement le thé à la menthe. Merci encore à Sod et bonne santé au nouveau membre de la famille !

Diadié Alpha