Le Futur de la France en Afrique Subsaharienne – (3ème Partie et fin)

Bamako – le 21 Novembre 2016 | par  Amadou O. Wane — Chirac fut un obstacle à la politique française de « mutualisation ». Il incarna la « vieille école », attachée au modèle traditionnel franco-africain. Ce modèle considérait l’Afrique comme un jeu à somme nulle où toute avancée des « anglo-saxons », dans ce que la France considère comme son sphère d’influence, était une perte pour le prestige et l’influence de la France. Bien que Paris fût consciente de la nécessité d’une coopération, en particulier avec Londres et Washington, Chirac demeura l’ultime responsable de la politique africaine. Il essaya, autant que possible, de continuer à opérer sur l’ancien modèle basé sur le rôle historique de la France en Afrique.

Dans un environnement de plus en plus défavorable aux intérêts français, Chirac devint réceptif à l’idée que la démocratie était un luxe pour l’Afrique, comme en témoignent les réponses muettes de la France aux efforts des dirigeants africains de changer la Constitution de leurs pays afin de prolonger leur emprise sur le pouvoir. À Paris, la stabilité reste le mot d’ordre. Ainsi, les dirigeants africains, tel que Idriss Deby du Tchad, étaient confiants qu’ils n’ont pas à craindre la réaction française. En effet, le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, avait exprimé son soutien au président Deby lors de sa visite au Tchad en juillet 2005.

Chirac aimait se présenter comme le champion du monde en développement. Il voyait aussi ses liens avec les dirigeants africains comme un moyen d’obtenir un soutien international pour les positions françaises sans rapport avec l’Afrique. Durant le sommet France-Afrique de 2003, il avait réussi à convaincre les dirigeants africains de faire une déclaration contre l’action militaire américaine en Irak.

Dans le cadre de sa préférence pour la stabilité, la France continue à faire des déclarations critiquant les coups d’Etat militaires et les assassinats. Mais de telles déclarations sont souvent « pro forma » dans les cas où un semblant de stabilité vint remplacer une situation chaotique. Ou, lorsque des dirigeants peu fiables sont remplacés par des successeurs plus disposés à collaborer avec Paris. Ce fut le cas en République centrafricaine lorsque François Bozizé a renversé le gouvernement de Ange Felix Patassé en 2003.

La France ne peut pas s’attendre à une aide de ses alliés en Afrique et en même temps, espérer conserver une position de primauté. Les Français comprennent l’importance des initiatives américaines telles que le «Millenium challenge » de Georges W Bush ou « Initiative Trans-sahélienne contre le terrorisme » qui contribuent à la stabilité de l’Afrique. Mais, les français ressentent en même temps « l’empiétement anglo-saxon » que représentent ces activités. Malgré les considérations culturelles et géopolitiques, les français n’ont jusqu’ici pas ouvertement résisté à l’expansion de ces programmes. Peut-être qu’ils considèrent plus important leur besoin d’assistance internationale. Cependant, cette posture peut changer s’ils voient leur influence s’éroder au-delà d’une limite acceptable.

Selon l’analyse du diplomate américain Karl Hoffmann, l’influence grandissante des Etats-Unis en Afrique, aux dépens de la France, n’est pas nécessairement une cause pour Washington de se réjouir. Bien que la position américaine et française divergent souvent concernant plusieurs questions africaines, les intérêts fondamentaux des deux pays restent similaires, expliquait-il. Avec leur longue expérience en Afrique, leurs liens uniques avec le continent et leur savoir-faire, les français ont assumé pendant de nombreuses années une part importante des coûts associés à l’aide au continent. C’est dans l’intérêt des États-Unis d’engager la France en tant que principal acteur régional, même si l’influence américaine continue de s’accroître, concluait-il.

D’après Hoffmann, les Etats-Unis doivent au moins consulter les français sur les questions touchant l’Afrique en général et l’Afrique francophone en particulier.

Quand Chirac quitta la scène politique, les américains virent une opportunité de travailler avec la prochaine génération de décideurs français pour avancer leur programme démocratique et aider l’Afrique à surmonter ses problèmes.