Françafrique : Quand le Changement Devint Inévitable

Bamako – le 5 December 2016 | par  Amadou O. Wane -La Françafrique créa un environnent propice à certaines activités illicites. Des scandales éclataient régulièrement en Afrique impliquant des français : l’affaire Borrel au Djibouti concernant l’assassinat d’un magistrat français, l’affaire Kieffer en Côte d’Ivoire concernant la disparition d’un journaliste franco-canadien, l’Angolagate concernant la vente illicite d’armes à l’Angola. Dans le passé, le gouvernement français aurait toléré tacitement ou ouvertement, voire soutenu certaines de ces activités. Maintenant, avec un média mondialisé où l’information est diffusée instantanément et l’incapacité de la France de garder ces scandales secrets, ils deviennent des problèmes sérieux pour l’image de la France. Avant la fin de l’ère Chirac, comme à l’apogée de la Françafrique, l’armée française avait les mains libres pour répondre militairement aux incursions des rebelles comme au Tchad et en République centrafricaine. Ce n’est plus le cas.

En plaidant pour la bonne gouvernance, la transparence et une presse libre dans le cadre de ses programmes de démocratisation, d’aide étrangère et de défense des droits de l’Homme, la France est en partie devenue sa propre victime. Ces réformes ont permis la découverte de plusieurs scandales. Le gouvernement de Chirac, bien que conscient de la stagnation de la Françafrique, n’a pas voulu introduire des reformes. En 2005, il fut prompt à se lamenter de la mort de son « ami » Eyadema du Togo et à accepter rapidement le processus douteux qui conduisit son fils au pouvoir. Un geste qu’il regretterait plus tard.

La Françafrique fournit des privilèges à la France, mais il apporta aussi une grande attente du côté africain, ce qui devint un fardeau de plus en plus lourd à porter. La Françafrique a parfois été une épée à double tranchant pour la France. Certains veulent qu’elle intervienne avec force quand des problèmes surgissent. Mais quand elle intervient, d’autres l’accusent d’agir unilatéralement ou en tant que « néocolonialiste ». Dans le monde diplomatique, la primauté de la France dans certaines régions de l’Afrique était reconnue et lorsque des problèmes surgissaient, tout le monde disait « les français s’en occuperont. » Pendant longtemps la France joua volontiers son rôle de gendarme en Afrique, mais aujourd’hui, elle n’a plus les moyens.

Les limites de l’influence française commencèrent à se faire sentir. Le 3 novembre 2007, Sarkozy fut obligé de se rendre au Tchad pour négocier la libération des français et autres européens impliqués dans l’affaire de l’Arche de Zoé. Un ancien diplomate français remarqua que « d’habitude un appel téléphonique de l’Élysée aurait réglé cette affaire. Nous sommes arrivés jusqu’à ce que le président lui-même doit y aller et même avec ça, le travail n’est pas achevé. » Les scandales à répétition provoquèrent plusieurs enquêtes judiciaires en France. L’Élysée, invoquant le « privilège exécutif », refusa de remettre les dossiers aux autorités judiciaires chargées d’enquêter sur l’affaire Borrel. Mais Michel de Bonnecorse, le dernier « M. Afrique», subit l’indignité de voir sa maison personnelle et sa maison de vacances fouillées de fond en comble.

Pour la Françafrique, l’élection de Sarkozy fit aussi l’ère du changement. Comme il l’a fait dans d’autres domaines lors de son entrée en fonction en mai 2007, Sarkozy amena un changement dans les relations entre l’Afrique et la France. Il supprima la position de « M. Afrique » au sein de son gouvernement, du moins sur papier. Sa démarche fondamentale consistait à essayer de refaire la Françafrique sur de nouvelles bases. Il voulait se débarrasser des bagages de l’ère coloniale et mener des relations « normales et professionnelles » avec les africains. Il était prompt à attribuer les évènements du passé à ses prédécesseurs, toujours suggérant qu’il représentait une nouvelle ère. Sarkozy utilisa trois discours pour exprimer publiquement la nouvelle orientation que prendrait sa politique africaine : à Dakar le 26 juillet 2007, à Lisbonne lors du Sommet UE-Afrique du 8 décembre 2007 et au Cap le 28 février 2008.

Le thème général de ces discours fut que la France chercherait à moderniser ses relations avec l’Afrique en s’engageant avec les africains sur une base plus commerciale, en évitant de jouer un rôle paternaliste et en optant pour un partenariat d’égal à égal.