Le Pétrole Malien : Mythe ou Réalité

BAMAKO – le 13 Février 2017 | par  Amadou O. Wane – –Le gouvernement malien a travaillé fébrilement depuis 2004 pour relancer l’exploration pétrolière et rejoindre le club des producteurs de pétrole de l’Afrique de l’Ouest. L’adoption en 2004 d’un nouveau code pétrolier, la délimitation de quelque 700 000 kilomètres carré de territoire à travers le nord, la création d’une société nationale de recherche et d’exploration pétrolières (AUREP) relevant du ministère des Mines, de l’Énergie et de l’eau, ont permis d’accélérer considérablement les activités d’exploration.

Depuis sa création, AUREP a réussi à attirer cinq grands investisseurs pétroliers, notamment le Baraka Petroleum Limited. Les blocs d’exploration mis en place par l’AUREP sont concentrés dans cinq grands domaines ; le plus important étant le bassin de Taoudenni qui se trouve au nord de Tombouctou et couvre une superficie de plusieurs centaines de milliers de kilomètres carrés au long de la frontière mauritanienne. Le leader de la course pour le pétrole malien était Baraka Limited Petroleum. La compagnie australienne fut la première à signer des accords de partage de production avec le gouvernement malien en 2004, ressuscitant la quête d’hydrocarbures à Taoudenni après deux décennies d’abandon.

En 2005, deux autres firmes australiennes, Trans Ocean Securities et Sphere Investments, rejoignirent la liste des prospecteurs de pétrole opérant au Mali. Selon des rapports, les études géologiques et sismiques de Baraka à Taoudenni avaient donné des résultats encourageants. Ces études marquaient les premiers examens complets du bassin de Taoudenni. En 2006 les bassins d’Ahnet et d’Illizi produisaient environ 1,23 million de barils de pétrole brut par jour. Selon les estimations, le Mali pourrait extraire environ 900 millions de barils sur une période de 25 ans à partir du bassin de Taoudenni.

La découverte de plusieurs réserves de pétrole et de gaz a incontestablement le potentiel de transformer l’économie malienne. Le pays dépense chaque année des milliards de FCFA sur l’importation du pétrole, soit environ 20% de toutes les importations. L’ancien directeur de l’AUREP, Simpara et les élus du nord déclaraient haut et fort les avantages potentiels de l’exploitation pétrolière, en particulier pour les pauvres populations de ces régions. De nombreux habitants considéraient la découverte du pétrole non seulement comme une opportunité de relance économique pour tout le pays, mais aussi un moyen de créer des emplois et développer les infrastructures.

Cependant, tout le monde n’est pas aussi optimiste. Selon un haut fonctionnaire de TOTAL Mali, la viabilité économique des extractions de pétrole et de gaz dans les régions géographiquement isolées du nord du Mali est au mieux discutable. Beaucoup considèrent le climat d’investissement comme inhospitalier. De plus, à raison de 2,5 milliards de FCFA par kilomètre de pipeline, ce serait difficile pour le GdM d’attirer des investisseurs disposés à absorber les coûts élevés associés à la construction et à la sécurisation de pipelines s’étendant tout le long des côtes mauritaniennes ou algériennes. L’instabilité politique régionale et les activités terroristes sont également des obstacles importants à l’extraction et au transport du pétrole dans ce qui est déjà l’un des climats les plus inhospitaliers sur terre. Il y’ a aussi le risque qu’un changement de gouvernement pourrait provoquer l’expropriation des biens d’une entreprise ou de toute une industrie. Toute entreprise rentable dépend fortement sur la découverte de nouvelles réserves importantes, des prix élevés du pétrole, et de l’évaluation positive des risques associés à l’investissement dans une région historiquement instable. Dans ces circonstances, il est plausible que le Mali, en fin de compte, se contenterait d’une simple étude géologique à ajouter aux archives de l’AUREP plutôt que d’une vache laitière tant espérée.

En suivant l’histoire des découvertes de pétrole en Afrique, les maliens sont conscients des dangers. Dans les régions politiquement fragiles du nord, la découverte du pétrole a le potentiel d’aider soit à résoudre des inégalités de longue date, soit à les exacerber davantage. Selon un document déclassifié provenant de l’ambassade américaine à Bamako, beaucoup de gens estiment qu’en 2006 les attaques des rebelles Touaregs étaient probablement inspirées, du moins en partie, par le rythme accéléré de la prospection pétrolière dans la région. L’exploration pétrolière et le développement du nord sont inextricablement liés. En l’absence de bénéfices économiques tangibles, peu de gens accepteront la présence des forces de sécurité qui accompagneraient invariablement l’exploitation des réserves des champs pétrolifères.


FMI : “Il n’y a pas de production pétrolière au Mali et les perspectives en ce sens sont quasiment absentes dans le futur prévisible (au moins 10 à 15 ans). Cinq bassins sédimentaires ont été identifiés (Taoudéni, Tamesna, Illumeden, Nara et Gao) sur lesquels on compte 29 blocs dont jusqu’à 13 avaient été attribués à un certain moment. Toutefois, seules quatre sociétés ont significativement avancé dans l’exécution de leur programme et une seule (ENI-SONATRACH – Bloc 4, dans le nord malien, près de l’Algérie) s’est rendue au stade de forage exploratoire (sans toutefois avoir commencé aucun programme de forage). Malheureusement, il appert que le partenariat ENI-SONATRACH a souffert de différends importants. Le permis a ainsi été volontairement abandonné par ce partenariat, et ce avant même la récente période de troubles. Un autre bloc (potentiel de gaz et peut-être de pétrole), près de Bamako, serait également au stade de forage, mais les activités sont suspendues pour l’instant11. Il n’y a donc en ce moment aucune activité de recherche pétrolière au Mali et aucun projet d’exploration n’a jamais pu prouver la présence de pétrole (même si la recherche a assez avancée pour identifier des bassins à fort potentiel). Qui plus est, même en cas de découverte, l’acheminement du pétrole/gaz vers l’extérieur pose de nombreux problèmes logistiques12 et financiers et le marché intérieur est fort limité. Finalement, la grande majorité des blocs sont dans des régions où la situation sécuritaire est un enjeu majeur et il est donc peu probable que les travaux ne reprennent à court ou moyen terme. Bref, une production économiquement viable de pétrole malien ne demeure pour l’instant qu’une potentialité.”

Note du FMI – Aout 2013