L’état du RPM en 2009

BAMAKO – 6 Mars 2017 | par  Amadou O. Wane -Le 2 février 2009, l’ambassade américaine a reçu Bocary Tréta, Secrétaire général du RPM et d’autres responsables du parti. Bien que le président fondateur du RPM, ancien président de l’Assemblée nationale, Ibrahim Boubacar Keita (IBK), n’était pas présent, son spectre l’était tout au long de la discussion. Tréta commença en racontant la genèse du RPM et la trajectoire politique d’IBK.

IBK fut l’ancien Premier ministre d’Alpha Oumar Konaré, premier président démocratiquement élu du Mali et co-fondateur de l’Alliance pour la démocratie, ADEMA. Il s’est séparé de Konaré et de l’ADEMA en 2001 pour créer le RPM avant les élections présidentielles de 2002. Selon Tréta, IBK a quitté l’ADEMA à l’apogée de son pouvoir, et emporta avec lui les meilleurs cadres du parti. Tréta déclara que la motivation pour la rupture était une prise de conscience progressive de la part d’IBK et de ses partisans que l’ADEMA s’écartait des idéaux de la Révolution démocratique de 1991. Tréta attribua la paix et la stabilité du Mali en 2009 uniquement au caractère personnel d’IBK. Il affirma que les élections de 2002 et 2007 qui ont amené le président Amadou Toumani Touré, ATT, au pouvoir avaient été volées, mais que, contrairement à Al Gore, IBK a choisi de ne pas contester les résultats. Bocary Tréta souligna que si la situation avait été inversée et que le RPM avait été accusé de manipuler les résultats des élections, le Mali serait en flammes.

IBK a manqué de justesse le deuxième tour du vote présidentiel en 2002, peut-être en raison de la disqualification de près de 25% des bulletins de vote pendant le premier tour. Durant l’élection présidentielle de 2007, IBK n’a recueilli que 19% du scrutin alors que ATT remporta le premier tour avec plus de 70% des suffrages exprimés.
Bocary Tréta affirma que le Mali était resté paisible uniquement à cause du refus d’IBK et du RPM de contester ouvertement les irrégularités des élections au Mali. Selon lui, la distinction entre le RPM et les autres partis politiques, aussi bien ceux de l’opposition que ceux alignés avec ATT, était que seul le RPM pouvait restaurer la vigueur à la démocratie malienne. Il fit référence aux relations du RPM avec les gouvernements étrangers. Il cita comme exemple des relations internationales du RPM, le voyage d’IBK à l’investiture du Président Obama. Bocary Tréta applaudit le fait qu’IBK était le seul politicien à être formellement invité à Washington. Mais l’ambassade américaine à Bamako n’a pas pu confirmer l’invitation ou la présence de IBK à cette investiture d’Obama.

Le RPM, selon Bocary Tréta, considère l’État comme un instrument pour le Peuple, qui doit être guidé par le parti politique majoritaire mais pas fusionné à l’Etat. Tréta proclama sans ambages que ATT n’était pas un démocrate, et qu’il avait coopté les institutions de l’Etat pour maintenir son emprise sur le pouvoir. Ainsi, a-t-il dit de l’élection de 2007, qu’il n’a jamais été question de savoir si ATT serait réélu, car les gouverneurs, préfets et sous-préfets nommés par l’État avaient ordonné aux autorités locales de faire en sorte que ATT sort gagnant. Le RPM était démoralisé et avait perdu tout espoir de gagner les élections municipales de 2009. La liste électorale n’était pas fiable et il n’y avait pas d’argent pour le financement public des campagnes. Bocary Tréta affirma que le gouvernement malien avait manipulé la liste électorale et que les organisations indépendantes supposées surveiller les élections n’étaient pas indépendantes. La Commission Électorale Nationale Indépendante, CENI, qui est censée être Indépendante de l’influence politique, était dirigée par un haut cadre de l’ADEMA qui était aussi l’ancien ministre de l’Agriculture d’ATT. « Le gouvernement gère les élections, ils peuvent tricher s’ils le veulent » dit-il.

Comme d’habitude, Bocary Tréta et autres responsables du RPM demandèrent aux États-Unis de soutenir les partis de l’Opposition. Paradoxalement, Tréta a également demandé aux États-Unis d’aider le Mali à résister à l’ingérence étrangère et plus précisément française, dans la politique malienne. Il assura que l’ancien président français Jacques Chirac soutenait ATT parce que celui-ci avait une faible personnalité donc plus manipulable. Il pensait en outre que les multinationales étrangères avaient trop influencé les politiques articulées par le gouvernement malien.

Avec le bénéfice du passé et du présent, on peut conclure que dans le système politique actuel, une opposition une fois au pouvoir se conduira comme, sinon pire que la majorité précédente. Seules les institutions fortes et saines peuvent briser le cercle vicieux d’alternances politiques, qui ne produisent aucun progrès social.