L’excision au Mali

Communiqué de Me. Mamadou Ismaël Konaté, ministre de la justice, suite à la déclaration du président du haut Conseil Islamique

Lors de sa prise de parole à l’occasion d’un meeting à Bamako, le 26 février 2017, le Président du Haut Conseil Islamique (HCI) nous aurait prêté des propos relayés par « Afrikinfos », indiquant qu’une loi contre «l’excision» serait prise par nos soins, au plus tard le « 31décembre 2017», dans notre pays. Il aurait poursuivi en affirmant que ce n’est qu’en face de la virulence de sa réaction que nous nous serions précipité à apporter un «démenti» de notre «propre déclaration » auprès du Groupement des leaders religieux. Il aurait soutenu que nous cherchons à diviser les structures et corporations religieuses.

Si ces affirmations émanent vraiment de lui, c’est que la teneur de notre déclaration sur les conséquences dramatiques des violences conjugales en République du Mali aura, de bonne foi sans doute, échappé à la vigilance habituelle de Monsieur le Président du Haut Conseil Islamique que nous rencontrons souvent pour échanger sur ces sujets et bien d’autres, sans discorde ni dissension, et dans le strict respect de nos fonctions réciproques.

Nous l’avons déjà entretenu du sujet des violences conjugales. À ces occasions, nous n’avons essuyé aucune réprobation de sa part. Bien au contraire, nous avons compris que les prescriptions religieuses étaient en faveur de la «protection » de l’épouse. Les statistiques insupportables sur les violences conjugales indiquent qu’au moins une dizaine d’épouses ont été tuées ces deux dernières années au sein de leur foyer. Les époux des défuntes sont fortement soupçonnés des meurtres commis. Face à ce drame, aucun être ne saurait rester insensible.

Au sein du ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, nous avons instruit à tous les Juges de Paix à Compétence Etendue, à tous les Procureurs de la République et Procureurs Généraux d’être particulièrement attentifs aux violences conjugales, notamment lorsque des blessures graves et des morts d’hommes surviennent. Qui plus est, le ministère de la Justice et des Droits de l’Homme a déjà saisi certains départements ministériels d’une Note Technique faisant l’état du sujet et recommandant le renforcement de la sanction légale. C’est dans ce cadre qu’un projet visant à modifier les dispositions du Code pénal est à l’étude pour réprimer davantage les violences conjugales.

Il n’est nullement question d’excision, contrairement aux affirmations prêtées à Monsieur le Président du Haut Conseil Islamique par certains médias. Il est plutôt question de violences conjugales. Lorsque nous avons été alerté par diverses associations religieuses sur la rumeur persistante de l’adoption d’une «loi contre l’excision», nous nous sommes rendu au siège du Haut Conseil Islamique et chez son Président pour donner la bonne information. Si le Président nous avait invités à nouveau à échanger, cela aurait évité certains malentendus et les propos peu amènes tenus à notre encontre au cours d’un meeting. Nous n’entendons entamer ni poursuivre aucune polémique de nature à affaiblir les nombreuses bonnes initiatives prises par les uns et les autres, y compris par le Haut Conseil Islamique et son Président, visant à consolider la paix, la concorde et l’unité nationale, seuls gages de la stabilité du Mali.

Bamako, le 27 février 2017

Me. Mamadou Ismaël Konaté

Ministre de la justice et des Droits de l’homme, Garde des Sceaux


Je pense que c’est l’interview du Ministre lui même qui a semé la panique. J’ai vu l’interview où il dit que l’interdiction de l’excision était une priorité pour le Mali et qu’il y aura bientôt un projet de loi.

Quand on sème le vent, on récolte la tempête.

Je vais essayer de retrouver la vidéo.

Comme toujours, le gouvernement joue toujours au sapeur pompier au lieu de communiquer et anticiper les crises.

Un autre exemple… on entend même plus parler des travaux sur la révision constitutionnelle. Un beau matin ils vont balancer au visage du peuple quelque chose qui va créer une autre crise. Donnez des comptes rendus au peuple. Impliquez le peuple.

Amadou O. Wane


Vous savez que ce gouvernement établit ses priorités en fonction des priorités de la France ou des ONG de la France.

Bien sûr qu’ il faut sensibliser et continuer à lutter contre les injustices dûes au genre – surtout si ces inhustices n’ ont rien á voir avec l’ Islam, car même dans les tours d’ or de l’ Islam (Arabe Séoudite et Téhéran) cela n’ existe pas.

Me Konaté et le gouvernement essayent de dévier de la vraie priorité du gouvernement: l’ existence de la République du Mali qui est sérieusement menacée. Le gouvernement fait semblant d’ être aveugle alors qu’ il n’a le contrôle effectif sur presque aucune parcelle du territoire national – peut-être Bamako.

Le ministre Me Konaté doit aussi se rendre compte: tout acte judiciaire au Mali se mesurera dorévananant par rapport aux mandats d’ arrêt internationaux de l’ ancien procureur Daniel Tessougué. En un mot il attraper les gros poissons qui sont le responsables politiques et militaires de la crise malienne. Ils ont pour noms Bilal Ag Achérif, Alghabass Ag Intalla, etc. etc. Ils se trouvent tous concentrés à Kidal.

Tout ce qui éviterait cet ordre du jour est secondaire.

Bien cordialement

M. Diagayété


Je viens d’écouter d’autres propos du ministre et du président de l’AN sur ce sujet.

D’abord je tiens à dire qu’un ministre et un président de l’AN doit minutieusement peser leurs mots en publique. Je constate qu’on a mélanger deux choses dans le projet de loi. L’excision semble avoir été inclue comme part de la violence contre la femme.

Le gouvernement s’est fait pigé par les forces externes en adoptant cette stratégie de criminaliser l’excision.

Ils auraient du:

1) Dissocier l’excision du projet de loi contre la violence contre les femmes. Je pense qu’il aurait peut de résistance sur ce point.

2) L’excision est un problème culturel. C’est avec l’éducation et la patience qu’on peut le combattre progressivement.

Le gouvernement aurait même put utiliser la sensibilité religieuse à son avantage. L’excision n’est pas un précepte islamique. Ce n’est pas pratiquée en Arabie Saoudite.

On est dans l’age de l’information. Les combats se font premièrement avec l’information.

Amadou Wane


Oui, c’ est grave !

Le ministre dément dans son interview ce qu’ on peut entendre de sa part dans la vidéo ….

“Le gouvernement aurait même put utiliser la sensibilité religieuse à son avantage. L’excision n’est pas un précepte islamique. Ce n’est pas pratiquée en Arabie Saoudite.”

La manière de communiquer de IBK et de ses gouvernements/ministres a toujours été comme si ils ne vivent sur cette terre. Catastrophique !!! Les espoirs s’ estompent régulièrement.

Bien cordialement

M. Diagayété


L’irruption de ces chefs religieux (réactionnaires et rétrogrades) dans la sphère politique est quelque chose de désolant, pour ne pas dire dangereux. Ils doivent clarifier une bonne fois pour toute s’ils sont des interlocuteurs spirituels et religieux ou s’ils sont des acteurs politiques au même titre que les autres partis ou associations.

Mais comme on dit en Bambara : Oulou no tè, fo moko mounoun bé tougou ou ko (ce n’est pas tant leur faute que celle de leurs suiveurs, qui apparemment leur donnent des milliards…).

Make no mistake, en plus de la gestion chaotique du nord, il s’agit ici également d’une erreur que le Mali (dans l’ensemble) ne tardera pas à payer au prix fort.

Stephane Bombote


Cher homo chers tous,
En 2016 j’ai parcourru de Niono à Yelimané pour une evaluation ex post d’un projet de 10 ans en plusieurs phases information sensibilisation et accompagnement sur l’exision.En conclusion, ces populations ont d’autres problemes plus serieux que l’excision…. Mais on( etat et ong) veut en faire un probleme…. Sinon rien.

Envoyé par mon iPhone
Amadou ABATHINA


Il faut l’Etat et les ONG crient aux drames pour que les bailleurs leur donnent de l’argent. Puisque le personnel de l’Etat est incapable de concevoir un projet innovant sans passer les ONG ou autres bailleurs. L’excision comme le sida nourrissent beaucoup de bouches. Il faut aussi ajouter la rébellion. De pauvres inconnus, on devient célèbre et riche et arrogant. Ne demandez plus à Djéri de revenir prendre la craie pour enseigner sinon c’est la 3ème guerre mondiale sur les sables du sahel.

Salutations meilleures

Balata


“Il faut l’Etat et les ONG crient aux drames pour que les bailleurs leur donnent de l’argent”_Balata.

Rien à ajouter !

M. Diagayété


Voici l’interview dont je parlais. A chacun de juger.

Amadou O. Wane


L’excision est barbare, et criminel; il n’y a pas d’autres qualificatifs. Le ministre a eu les mots justes pour décrire la pratique; et il ne saurait se dérober (et ne doit pas); mais il faut dire que tenir ce qui apparaît comme un double langage est regrettable. Quand on est convaincu d’une chose il faut s’assumer.

Ceci dit le problème est qu’on ne peut pas criminaliser 80% d’une population non plus; il faut avoir une clarté d’esprit à ce propos; mais il faut forcer la main des religieux même s’il faut faire intervenir des érudits et autres docteurs (Maliens et étrangers) pour contrer les charlatans et les imams confus — faites les débattre sur l’ORTM. Les insuffisances apparaîtront aussitôt.

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A. Karim Sylla


Ne ten fais pas.
si on les invite a debattre a la radio ou a la tele, ils ne viendront pas….je nai meme pas jette de cauris..
Mais, c’est parceque les gens leur laisse croire que cest eux qui decident pour eux…meme aller au paradis..
Un pretre ou un imam naidera personne a aller au paradis ou a y echapper…..
Si nous suivons ce que font nos leaders religieux…personne ne suivrait persone…
C’est pourquoi on doit cesser de mettre la chose religieuse au dessus de tout…le faire equivaut a de la discrimination

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Dramane Emmanuel DEMBELE
dit DED


Bsr
Je partage l’approche pédagogique prônée par Karim car ne perdons pas de vue que nous ne pouvons pas forcer ” le bonheur” pour quelqu’un.
Personne nous a force nous autres du nord du mali à ne pas pratiquer l’excision par exemple.
Quant aux autres communautés maliennes qui la pratiquent il faut continuer a privilégier la sensibilisation pour aboutir à un changement d comportement.
D’ailleurs quel sens aura une loi qui va à l’encontre de près de 90 % de la population?
Une tradition ne s’efface pas par une loi
Combien d lois avons nous vote qui ne sont ni connues ni appliquées?
C n’est pas parce que une chose est loi qu’elle est juste mais parce que elle est juste qu’elle est loi écrivait Montesquieu .
S’agissant de l’irruption du religieux dans l’arène politique , il faut l’assumer et le considérer comme tel.
Pour se faire élire le religieusement est courtisé et adulé , pour toutes nos obligations sociales : mariage , naissance , décès, entrée ou maintien au gouvernement. Mais quand le religieux se mue en citoyen qui veut s’intéresser de la vie dans la cité, nous les chassons comme des citoyens de seconde zone, nous les traitons de tous les maux du Mali.
Voyions conséquents , s’il faut combattre le religieux , combattons le de manière élégante sur le terrain des idées .
Dicko du HCI n’est pas moins citoyen que moi ou le Ministre.
Sous d’autres cieux le président jure sur le livre saint de sa religion on trouve cela normal , mais quand le religieux malien défend une position de la société qu’il représente on crie haro sur le baudet.
Je fus le premier initiateur avec l’appui de l’honorable Lahaou Touré en 2002 de la loi sur les pratiques néfastes à la femme et à la fille. Donc pour ceux qui ne le savent la loi existe déjà mais il n’y a jamais eu de décrets d’application
Hélas c’est toujours l’éternel recommencement au Mali. Ou est la continuité de l’état, j’ai été choqué et surpris de voir le show médiatique à la télé sur la nécessité de légiférer sur les violences fautes aux femmes.
J’invite le Ministre en charge des droits de l’homme de dépoussiérer la dite loi promulguée en 2002 relative aux pratiques néfastes à la femme et à l’enfant.
Enfin le religieux citoyen ne doit pas être stigmatisé mais combattu par les argumentaires .
L’excision est une question de société avant tout , elle doit être appréhendée comme telle.
Arrêtons de diviser les maliens en bons et en méchants.
Méchants ou bons maliens , le mali nous appartient tous.

Yachim Y. Maiga


“Enfin le religieux citoyen ne doit pas être stigmatisé mais combattu par les argumentaires . “__Yachim Maiga

Je suis tout à d’accord avec toi sur ce point.

Amadou O. Wane


L’excision est pratiquée par certaines communautés du cercle de niafunke. Plusieurs amis me l’ont dit.

Cordialement,
Balata Ahamadou


C’est carrément regrettable que l’echos des blancs dans la bouche des assimilés se fasse entendre encore. Personne ne pourra nous perturber dans notre société telle qu’elle est conçue par le Tout Puissant.
Je pense qu’il n’y a pas plus intime pour un Homme que le mariage, le décès, la naissance. Si les assimiles pensent qu’ils peuvent vivre ces intimités sans les religieux alors qu’ils jouissent pleinement de leur liberté et laissent tranquilles ce qui veulent partager leur intimité, dans toute sa profondeur, avec les religieux. Aujourd’hui, celui qui refuse de prendre le chemin de la majorité des Maliens qu’il aille s’installer où il veut. La terre est si vaste, où les places sont illimitées et ce, dans l’espace et dans le temps.

Seidyna Oumarou HAIDARA


Waouuuh…. on croirait rêver de lire certaines choses “Aujourd’hui, celui qui refuse de prendre le chemin de la majorité des Maliens qu’il aille s’installer où il veut. La terre est si vaste, où les places sont illimitées et ce, dans l’espace et dans le temps.” Seydina Diarra.

Oui, l’espace est aussi si vaste … j’espère que ce cousin si minoritaire (sur tous les plans) sur la terre saura s’exiler vers d’autres planètes.

Plus sérieusement, on doit se réserver décrire certaines choses, par respect pour soi même.

Jean Kodio


L’excision au Mali, Entre tradition et santé VERSION COMPLETE, un film de Sékou Doucouré : https://www.youtube.com/watch?v=RWaE1FCk2_s

La route est longue…

Stephane Bombote


Ce documentaire est vraiment à voir si la question de l’excision vous intéresse et si vous avez une heure de votre temps à y consacrer.

Il est vraiment très bien fait et fourmille d’avis et témoignages très intéressants : femmes excisées, citoyens ordinaires, médecins, juristes, responsables d’associations et religieux (maximum respect au Maitre Coranique Seydou Bagayoko – il devrait donner des leçons de tolérance, en tout cas d’humanité et d’islam, aux soi-disant chefs religieux très en cours en ce moment).

Certains villages et communes ont déjà pris la voie de la criminalisation de l’excision même s’il n’existe pas de loi à proprement parler au niveau national. Ils ont unilatéralement décrété l’excision hors-la-loi et prennent des sanctions de diverses formes contre les contrevenants !

La criminalisation est loin d’être une absurdité. Comme dans toute action publique, il faut bien sûr beaucoup de volonté politique (leadership) et moins de complaisance de la part des élites…

Stephane Bombote


Bonsoir Stéphane

Il y a que la connexion est très lente au Mali.
J’ai changé de provider : de OrangeMali je suis chez AfriboneMali maintenant.

J’avoue que la qualité de service est nettement meilleure. Mais la vitesse est très lente en journée et jusqu’à 23h quelques fois. Assez fluide tard dans la nuit.

Cordialement
____________________
Chouaibou
Twitter : @chbmaiga


Oui Stephane. Ce documentaire est à voir. J’ai regardé que 5 mn et je suis ébahi par les préjugées contre la femme, les raisonnements fallacieuses, et l’ignorance prévalente dans la société malienne.

On n’éduque pas, on n’informe pas. On préfère regarder les séries brésiliennes, Nollywood à longueur de journée.

Le trajet est très très long pour nous.

Amadou O. Wane


Bonjour Sylla,
Bonjour à tous,
Je vous trouve très gentil envers notre ami Ministre Konaté en trouvant “regrettable” sa farce ridicule. Avec ses mensonges, contradictions, reniements et volte face, il contribue hélas à discréditer et embrouiller un combat que l’on mène depuis longtemps. On pouvait compter sur lui pour faire réfléchir à la bonne stratégie, aux méthodes et moyens idoines pour aborder ce sujet effectivement sensibles. Il a péché par sensationnalisme et effets de manches et s’est ridiculisé par manque de courage et de sérieux. Quel fantoche ! Quelle déception !
Espérons que cela ne va pas trop nuire à l’action de ceux et celles qui se battent pour que notre société, dans le respect des uns et des autres (mais avec courage, application et abnégation)comprenne que ces pratiques doivent cesser.
Bon courage à tous

Issa Diawara


Chers Karim, Wane, Balata, Sidi, Malobbo, Amadou Abathina, Stephane et autres,
Bonjour,

A mon avis, peut-être ce serait beaucoup mieux d’essayer de comprendre ce phénomène ou ce problème de l’excision au Mali; et cela pourrait aider peut-être à mieux le contrôler. C’est mon point de vue et le plus humble sur la question, car très souvent nous pensons connaître les problèmes pendant que nous passons à côté.

Je partage avec vous ces maigres travaux sur le sujet de l’excision au Mali de 1995 à 2012. Faites vos propres jugements et tirer vos conclusion. Pour ma part, je n’ai pas de jugement car le problème est plus complexe qu’on ne le pense et je cherche à comprendre sans être spécialiste du domaine de l’excision non plus même si je suis cité co-auteur dans certaines de ces publications.

Pour votre information, la carte avec les chiffres que Wane a posté sur la prévalence de l’excision dans les différents pays africains, proviennent d’ici!

Cordialement et bonne lecture à tous,

Soumaila


https://fr.wikipedia.org/wiki/Excision

De nombreux traités internationaux évoquent l’interdiction de l’excision et des mutilations sexuelles féminines en général, il s’agit notamment :

de la convention internationale sur les droits de l’enfant (CIDE) ;
de la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination envers les femmes (CEDEF) ;
de la charte africaine sur les droits et le bien-être de l’enfant ;
de la charte africaine sur les droits humains et ceux des populations ;
du protocole additionnel sur les droits des femmes dit protocole de Maputo.

En 2002, lors d’une Assemblée générale des Nations unies, la totalité des représentants se sont engagés à mettre fin aux mutilations sexuelles et à l’excision d’ici à 2010. Cette date est plutôt ambitieuse, malgré les récentes annonces (novembre 2005) faites en Afrique, où plusieurs exciseuses ont déposé leurs instruments (des lames et des couteaux, parfois rouillés).

Selon l’UNICEF, 13 pays africains disposent de lois réprimant les mutilations sexuelles féminines et autres types de violences faites aux femmes.

Notamment :

Bénin

Burkina Faso

Cote d’Ivoire

Djibouti

Egypte

Ghana

Guinée

République Centrafricaine

Sénégal

Tanzanie

Togo

Stephane Bombote


Mon cher Stephane,

Vous pouvez être d’accord ou non avec ce que je dis, c’est normal et cela ne prouve pas que l’on comprend le problème ou on l’a bien compris. Toutes ces lois, traités internationaux et autres références, dont vous faites mention sont des décisions politiques prises sur la base de ce que disent d’autres groupes. Au moins, ces traités et lois se réfèrent à ce que nous publions sur le phénomène pour émettre des décisions.

Ci-joint deux photos de deux évènements d’excision il y’a seulement quelques mois (fin des vacances scolaires) dans deux quartiers différents dans un pays de la liste que vous mentionné, et cela malgré la loi l’interdisant et que vous mentionnez.

Le Burkina Faso a échoué en promulguant des lois ; la Guinée aussi et beaucoup d’autres pays. Savez-vous que parfois, la loi réduit au silence ou à la révolte passive, plutôt que d’amener les gens à adhérer à la cause ? Pour le cas du Burkina Faso, Sous Thomas Sankara, avec le mouvement révolutionnaire et populaire, il y’avait eu un peu de résultats vers la réduction de la pratique de l’excision. Cependant, la révolution et le pouvoir/justice populaire est-elle une bonne chose, démocratique ? Le Mali l’a essayé avec Modibo Keita, mais a échoué. Le Burkina Faso avec Thomas Sankara a aussi échoué.

Cordialement,

Soumaila


Je crois que même lorsqu’on échoué on doit persévérer. Non ? C’est la justesse de la cause, ou du moins les convictions, qui doivent guider l’action publique et non les perspectives de “victoire” facile.

Les lois contre le vol, le meurtre, le trafic de drogue et autres sont incapables à elles seules d’éradiquer ces fléaux dans tous les pays de la planète. Doit-on s’en débarrasser ?

Stephane Bombote


Stephane,

Je ne comprends pas bien ce que vous dites. Aussi, je n’ai jamais dit que l’excision ne doit pas être combattu, sinon on allait jamais injecter des millions de dollars pour la comprendre et la combattre. Je ne pense pas, non plu avoir dit aussi qu’il ne faut pas de lois contre l’excision. Mais, si vous mettez l’excision dans le même panier que le vol, le meurtre, le trafic de la drogue pour ainsi la combattre, cela dépasse ma compréhension. L’excision est une “pratique sociale” et non “individuelle” !

Merci,

Soumaila


Je ne mets pas l’excision sur le même plan que le vol et le meurtre, je mets les lois anti-excision sur le même plan que les lois anti-vol et anti-meurtre. Dans tous ces cas il s’agit d’interdire et de combattre des pratiques jugées nocives pour la société (quelles soient individuelles ou “sociales”) même si ces lois ne suffisent pas à interdire ces comportements. Je ne fais que répondre au constat “d’échec” des lois contre l’excision que vous avez fait.

Si vous n’avez jamais dit que l’excision de doit pas être combattu, alors tant mieux. Peut-être que nous avons des divergences sur le niveau du combat à mener. Je fais tout simplement partie de ceux qui pensent qu’après des années, voire des décennies, de “sensibilisation”, il est temps de passer à la vitesse supérieure et de sanctionner cette pratique qui ne nous apporte rien de bon.

Stephane Bombote


Stephane,

J’ai dit qu’il est faut la comprendre, cette pratique de l’excision. Mais si vous estimez que vous la connaissez déjà bien, tant mieux, mais moi je ne la connait pas encore bien. Et du moment où c’est une pratique sociale et non individuelle, ça devient très compliqué. Un individuel peut se lever pour aller commettre l’acte individuel de voler, tuer ou vendre de la drogue, comme vous le dites mais un individu ne se lève pas pour aller se couper son propre organe, c’est-à-dire s’exciser soi-même. Pour un seul acte d’excision, il y’a toute une organisation sociale autour pour conduire l’acte, que certains considèrent comme criminel ou pas, accepté ou pas, valeur sociale ou pas, etc.

Donc les lois au sujet de l’excision comme un acte social ont également des implications et des enjeux différents comparés aux lois réprimandant les actes individuels comme le vol, le viol, le meurtre, la drogue, etc. C’est pour cela que j’ai paraphrasé pour vous et pour que votre bonne compréhension, en disant que : “Savez-vous que parfois, la loi réduit au silence ou à la révolte passive, plutôt que d’amener les gens à adhérer à la cause ?”, et surtout lorsqu’il s’agit des pratiques sociales ou communautaires.

Cordialement,

Soumaila


Chers Stephane et autres,

Deux autres thèmes sur l’autonomie de la femme et ainsi que la violence domestique au Mali, thèmes pas très indépendants de la pratique de l’excision.

Cordialement,

Soumaila


Mon cher Stephane,

Oui, et c’est la réalité de ce que les gens pensent du fait de battre sa femme. Et pourquoi cela ? Alors, je pense que vous comprenez maintenant le dilemme ou l’inconsistance dans lequel on se trouve face à la société ou aux sociétés maliennes. Nous pensons bien nous connaitre nous-mêmes, alors que ce n’est pas si sûr. C’est pour cela que personnellement, je n’ai pas de jugement sur une pratique ou comportement sociale, comme l’excision. Je pense que vous serez d’accord avec moi, que cette croyance de battre la femme, aussi accepté par les femmes elles-mêmes que par les hommes, n’est pas très indépendante de l’excision. Le chemin est encore très long. Savez-vous que les lois sur l’excision ont conduit plutôt à la pratique de l’excision transfrontalière ? C’est-à-dire, les burkinabé envoient leurs filles au Mali, au Togo pour les faire exciser dans la toute discrétion, puis les faire retourner au Burkina ? Et vis-versa, les familles au Mali procèdent de la même manière vers le Burkina, la Guinée, etc..

Merci,

Soumaila


Quel que soit le niveau de connaissance (ou d’ignorance), chaque citoyen a le droit de se faire son opinion sur n’importe quel aspect de sa société. De toute façon, on n’est jamais trop informé sur un sujet et on apprend tous les jours sur tous les sujets. Je ne pense pas qu’il faille accepter tout passivement, ou au simple motif que serait une pratique sociale légitimée par notre culture ou nos traditions.

La culture est quelque chose qui bouge afin de répondre aux besoins des humains, évitons d’en faire quelque chose qui enferme, ou pire quelque chose qui mutile…

En résumé (et au risque de me répéter, je m’en excuse), je suis d’avis que la sensibilisation seule ne suffira pas pour venir à bout de ces pratiques qui ne nous apportent rien. Je suis 100% pour l’interdiction (criminalisation ou pénalisation) de la pratique de l’excision.

Stephane Bombote


Bonsoir chers tous,

Je comprends la réserve de Soumaïla car il est statisticien, je fais quotidiennement face aux mêmes problématiques en tant qu’économiste. Nous sommes formés pour analyser les faits et trouver les voies et moyens pour améliorer le bien-être des gens sans faire de jugement de valeurs morales.

Mais en faisant ma thèse, j’avais fini par comprendre que j’avais le droit, face à une situation, de me définir de façons multiples. Et si “Ndack l’économiste” ne fait pas de jugement de valeurs, Ndack la citoyenne, la femme, l’africaine, peut être vigoureusement contre la polygamie, l’excision, etc. et dire haut et fort que certaines pratiques traditionnelles africaines sont humiliantes, féodales, arriérées, en ce 21ème siècle.

Et gare à “Ndack la mère” hein lol, si quelqu’un touche à un brin de cheveu de ma fille, il va courir lui-même se réfugier au cachot avant que je ne l’attrape !

Bien des choses,

Ndack


Bonjour Ndack,

Je crois que vous avez compris toute la ligne. Lorsqu’on indique et démontre à un gouvernement ou à une simple personne que la fistule, une maladie grave, aussi bien que les risques de mortalité liés à la grossesse et à l’accouchement, sont tributaires à l’excision, c’est au gouvernement ou à la personne d’apprécier et de décider. Mais comme je l’ai dit, donnons-nous le temps de bien connaitre ce phénomène au Mali pour enfin le contrôler. Sinon, qui est plus dangereux entre le fanatique – Jihadiste comme Boko-Haram, qui, avec très peu de connaissance de la religion, font des hécatombes à travers le monde, et le profane comme le Président Trump qui fait l’amalgame et incite à l’islamophobie ? Ce qui est sûr, n’est-il pas vrai que tous les deux types ont des connaissances limitées sur la chose ?

Je ne sais pas comment le Sénégal est arrivé à contrôler ce phénomène de l’excision, mais on peut estimer que cela ne date pas d’aujourd’hui, ni un travail de quelques années ; sinon le Burkina Faso allait réussir. C’est une juste une critique personnelle !

Cordialement,

Soumaila


Cher Soumaïla,

Ces questions sont assez complexes en effet et si ce n’était que cela: ce sont des combats qui ne sont jamais gagnés pour de bon, il y a toujours possibilité de régression (comme quand Mr. Traoré dit que le combat pour la République est permanent).

Et croyez-le ou non, les personnes qui me fâchent le plus sur ces problématiques sont souvent des femmes, comme ces deux là, Christine et Isabelle, dans les échanges ci-dessous sur Facebook, qui sont toutes deux tombées sur l’ami Philippe et d’autres hommes pour défendre… Trump !! J’avais voulu ajouter mon grain de sel mais j’étais déchirée entre la pitié et la colère, des émotions donc. Et comme “Ndack l’économiste” était très occupée, j’ai passé mon chemin. Mais c’est assez bizarre, les féministes avec qui je m’entends ici sont généralement… des hommes !

Cela fait une demi-douzaine d’années que je dis que le monde occidental vit une crise de valeurs – mais différente de la nôtre. Nous, nous cherchons encore à avancer mais ici, c’est comme si on avait avancé trop vite par rapport à ce que l’humain est capable d’absorber, qu’on a frappé un mur et que, par réaction physique donc, on recule… Je vois les Occidentaux se battre contre leurs propres valeurs.

En général, les femmes en Afrique ne voient pas encore ce que je vois, les femmes en Occident ne voient plus ce que je vois. Et moi je navigue incomprise entre ces deux civilisations.

Ndack


C’est spécial n’est-ce pas ? Comme me disait une amie avec sagesse: “Les acquis ne sont jamais totalement acquis !”

Et je me souviens de kilomètres d’échange sur les pages FB d’amis masculins sénégalais qui défendaient la jeune étudiante dans l’affaire Yérim Seck (celui-ci fut condamné pour viol) pendant que les femmes expliquaient les unes après les autres que: “c’est bien fait pour elle”, “qu’est-ce qu’elle faisait là ?”, “elle l’a cherché, c’est sûr”, “tu vas seul dans un hôtel pour discuter avec homme alors tu n’as que ce que tu mérites”, etc.

Alors, comme avec ces dames plus bas, je n’arrivais pas à intervenir… ce sont des réactions qui me dépassent complètement !

Ndack


Bonsoir à toutes et à tous,

J’ai personnellement regardé ce documentaire dans son intégralité et je peux sincèrement vous dire, que je manque de mots devant l’ignorance absolue de bon nombres de mes concitoyens, instruits comme illettrés, hommes et femmes, jeunes et vieux. Il y a un vrai travail de prise de conscience collective à faire.

Et je peux vous assurer, qu’en temps que psychologue, les séquelles psychologiques de ces victimes sont quasiment irrévocables (dégoût de son corps, faible estime de soi, manque d’ambition, fragilité psychologique, victimisation, repli sur soi, tendances suicidaires, manque de désir sexuel, crises d’angoisses avant l’acte sexuel, etc…). Durant mon récent séjour professionnel au Mali, j’ai eu en entretiens psychologiques plusieurs patientes qui souffrent au plus profond d’elles-mêmes. C’est honteux!!!

Tout citoyen de ce bas monde doit regarder ce documentaire, bien avant que ça ne soit diffusé à l’ORTM et je ne suis pas sûr que nos autorités aient un minimum de courage pour autoriser la diffusion prochaine.

Réfléchissons au message que nous véhiculons dans nos familles et à l’éducation que nous transmettons à nos progénitures, garçons et filles.

C’est en cela que notre pays sera débarrassé partiellement de ses souillures.

Le Mali mérite mieux et j’y contribuerai en ma façon personnelle et professionnelle.

Bonne soirée/journée à vous tous

Bien à tous

*****************************

Dr Ibrahim HAÏDARA
Psychologue
Docteur en Sciences sociales
MSc. Psychology
(Strasbourg, France)


Bonsoir chers Malilinkers,
En 2013 (je crois), j’ai assisté à une conférence-débat organisée en Ile de France par Bafing Kul, artiste malien, engagé sur la question de la pratique de l’excision, avec comme intervenant majeur, le docteur Foldès, inventeur, en 1984, d’une technique de «réparation» chirurgicale des femmes excisées.
En 2004, le Dr Foldès a obtenu le remboursement de l’opération par la Sécurité sociale française.

Quel choc n’a pas été le mien quand j’ai vu des amies maliennes (d’une quarantaine d’années) prendre le micro pour raconter leur excision, pratiquée au Mali lors d’un séjour, à l’insu de leurs propres papa et maman qui avaient toujours refusé la pratique sur leurs petites, et surtout quand elles ont ajouté qu’elles ne leur avaient pas dit au retour, sinon la nouvelle les aurait tués.

Ma stupéfaction a atteint son paroxysme quand le président d’une grosse association de Maliens en Ile de France a expliqué qu’ils avaient quasiment obtenu l’arrêt complet de la pratique dans leurs familles au pays, après qu’ils les aient averties que s’ils constataient qu’une de leurs fillettes au pays avait été coupées, ils couperaient les Western Union …..

Très cordialement
Françoise


J’ai suivi plusieurs interventions sur l’excision et aussi les travaux du Dr. Foldès. Il faut être vraiment insensible à la douleur pour défendre bec et ongle cette pratique.

Excision et circoncision sont loin d’être des pratiques similaires.

A ceux qui s’accrochent encore, de grâce, sauvons notre civilisation qui va droit dans l’animosité et le manque d’humanisme à plusieurs niveaux.

Cherchons à comprendre les bienfaits d’une pratique, surtout sur le plan médical.

Bien à tous

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Dr Ibrahim HAÏDARA
Psychologue
Docteur en Sciences sociales
MSc. Psychology
(Strasbourg, France)