A Visage Couvert

Bonjour,

J’aimerais comprendre la tradition de se couvrir le visage dans certaine cultures du nord du Mali.

Quand est-il approprier de se couvrir le visage? Y’a t-il des moments où c’est inapproprié?

Certains trouvent irrespectueux qu’un homme parle aux gents avec le visage couvert.

Amadou Wane


Hotep à toutes, Hotep à tous.
Se présenter, masqué , devant des interlocuteurs n’est pas seulement un manque de respect, un mépris non moins évident.
C’est avant tout LA LACHETE DE DISSIMULER SES VÉRITABLES INTENTIONS, le visage étant, particulièrement aux moments des échanges, le reflet de l’âme d’une personne.
Tout le MONDE DEVRAIT REFUSER DE S’ASSEOIR À LA MEME TABLE QU’UN HOMME MASQUE.

Fakoly


En France, la loi interdisant, et pénalisant, le voile intégral et donc la dissimulation du visage dans les lieux publics, a été âprement discutée. Et son application pose problème dans les quartiers où les musulmans intégristes (salafistes, wahabites) sont implantés.
En dehors de la prescription religieuse, le masque ou la cagoule sont toujours utilisés par les bandits et les adeptes de la violence politique, afin d’échapper à l’identification.
Mais dans les pays où le voile relève d’une tradition culturelle, c’est un autre problème…

Gervais Coppe


Comme tu dis “Mais dans les pays où le voile relève d’une tradition
culturelle, c’est un autre problème…”, en effet, en pays touareg
“Taourga”-Libye d’où proviennent les touareg selon certaines sources
historiques , je te rapporte ce qui suit, relativement au port du
turban-litham-voile:

“De là où les femmes touarègues ont porté des pantalons et les hommes
touareg les voiles !

Anecdote : c’est une anecdote du Fezzan (Libye), au pays des Imouhagh
(les touareg libyens) que j’ai entendu conter lors d’un séjour à
Oubari (Fezzan libyen) en 2001, en visite à ma communauté kel Ghhezaf
émigrée en Libye, dans laquelle je comptais deux frères que je voulais
ramener au Mali.

« Il y a de cela longtemps, au temps des razzias transsahariennes, des
hommes touareg d’un campement nomade partirent à la recherche de
caravaniers à razzier. L’absence des hommes dura un mois, les femmes
et les enfants sentirent la faim et la solitude.
Les vingt hommes, sur cent partis en quête de rapines, qui rentrèrent
bredouille et en guenilles furent aperçus de loin par les femmes qui
les rencontrèrent et se dévêtirent de leurs voiles qu’elles jetèrent
aux visages de leurs hommes en leur intimant l’ordre de s’en cacher
le visage et de la honte de n’avoir pas rapporté de quoi manger.
On dit que c’est depuis lors que les hommes touaregs adoptèrent le
port du voile (litham) pour cacher leur face aux femmes et autres
hommes pour cacher leur honte. »

Sincèrement,

Mohamed AG HAMATY


Je ne pense pas que mettre son turban sur la bouche et le nez soient un manque de respect. Au contraire, c’est un signe de respect. On ne se dévoile pas (tête, bouche) à celui qu’on respecte comme on souffre à son ami ou un autre de moindre importance. Chez certains, le turban ne quitte pas la bouche (hekey) = on enlève pas le turban sur la bouche même en mangeant, c’est un symbole de respect et d’humilité. Dans ma culture et je sais chez les imouchag, ça se pratique et c’est un signe de respect.

Evitons de juger en avance la culture des autres car pour les uns, c’est une insulte (un manque de respect/considération) qu’un gros gaillard, majeur se présente devant des notables et des hautes personnalités, la tête nue.

Il n’y a pas de culture mauvaise tant que la dignité est respectée.

Je demande la parole/l intervention aux spécialistes pour expliquer cette culture du turban et de l’humilité sachant que le port du turban repond à des codes et des sens bien particuliers. Le turban n’est pas simplement un symbole folklorique. Il a un sens.
Monsieur Ag Hamaty, le turban (alachew) a besoin de ton expertise malgré vous êtes dans le komotugu de kalabancoro.

Salutations meilleures

Balata


erratum
….celui qu’on respecte comme on se montre (au lieu ) souffre à ….

Salutations meilleures

Balata


Les rites d’initiation chez les touareg.

(Extrait d’un mémoire de fin d’études pour le master en science de l’éducation,
à la FLASH-Université du Mali, de Mossa ag-Mohamed Ali ag-Hamaty,
Bamako, Mali (Novembre 2007) ; un travail pour le diplôme de mon
fiston que je lui avais contrôlé et corrigé pour la mise en forme
finale

….

Chapitre 4: Le port du litham est le rite qui marque le passage de
l’adolescent à l’adulte

La cérémonie du port du litham « anaghad » est un rite fondamental qui
marque le passage de l’état d’adolescent à celui d’adulte.

A dix huit ans, l’enfant devient adolescent lorsque sa barbe commence
à se développer.
Le Litham est une pièce de tissu en cotonnade légère d’un demi-mètre
de large sur cinq à six mètres de longueur qui peut atteindre quinze
mètres pour les grandes occasions.

A l’origine, le litham « alacho » était un produit artisanal très
prisé des Touaregs, des Sonrhaïs, des Peulhs et des Toubous qui est
fabriqué depuis le moyen âge par les manufactures traditionnelles de
filature de Kano (une vielle ville du Nord du Nigeria) ; ce produit de
grande consommation des peuples nomades saharo-sahéliens était teint
avec de l’indigo (un colorant naturel bleu violacé) qui déteint très
facilement sur le visage des hommes qui le portaient d’où
l’appellation « hommes bleus du désert » qui est devenu un vrai mythe
qui caractérise tous les touaregs des rives Nord et Sud du Sahara ;
chez les plus accros et les moins islamisés, comme les Imouchagh,
Idnan et Iwoulemeden, le port du voile vient avant celui du boubou et
du pantalon ; une légende dit que cette pratique est définitivement
rentrée dans les mœurs touaregs depuis le moyen âge quand un groupe de
guerriers Garamantes ou Gétules (les ancêtres des berbères du Maghreb)
d’une contrée des Ajjer en Libye est revenu défait par ses ennemis,
les femmes du campements ont jeté à leurs hommes leurs voiles pour
cacher la honte de leur défaite ; ainsi, les femmes touarègues sont
dévoilées depuis lors au profit des hommes.

Le litham est donc la pièce maîtresse du vêtement masculin que l’homme
adulte targui porte continuellement en public ; c’est aussi un signe
de respect de l’homme vis-à-vis des étrangers, des personnes âgées et
des beaux parents devant lesquels, l’homme touareg doit cacher ses
sentiments ; certains exacerbent la pudeur en buvant et en mangeant
sous le voile pour que le vis-à-vis ne puisse voir votre bouche et vos
percer vos sentiments.

Selon Charles de Foucauld : « Le voile de front et de bouche et le
pantalon sont les vêtements distinctifs de l’homme […] ; ôter son
voile de tête et de bouche, jeter son voile […], ôter son pantalon,
sont des expressions qui signifient être déshonoré ».

La pratique du rite est une initiative du père de l’enfant qui achète
pour la circonstance un litham neuf ainsi qu’un accoutrement masculin
neuf (un grand boubou et un pantalon en basin ou percale, une paire de
sandales en cuir).

Les habits sont d’abord présentés à un marabout qui accomplit les
bénédictions d’usage, une manière de demander à Dieu assistance,
protection pour l’initié.

Ensuite, l’enfant accompagné de ses camarades d’âges (déjà initiés)
est conduit auprès d’un parent âgé, vertueux qui procédera au port du
litham conformément à une technique séculaire qui consiste à enrouler
le tissu autour de la tête de manière que seuls les yeux et le nez
demeurent visibles, en commençant naturellement par la formule
musulmane « bismillahi » qui est un préambule pour toute action en
milieu islamique.

Le litham parfumé doit voiler la bouche, une manière d’inviter
l’adolescent à contrôler son langage, à l’éloigner de la médisance et
de la calomnie.

Le litham doit couvrir les oreilles : ce qui signifie que l’initié ne
doit prêter attention qu’aux bonnes paroles.

L’initié, accompagné de quelques amis, se promène à travers le
campement pour recevoir des personnes âgées des conseils de sagesse,
de bonne conduite morale et des bénédictions.

Les cousins et cousines taquinent l’initié et lui donnent divers
cadeaux (parfums, tissus, miroirs).

Tam-tam, méchoui et thé constituent le clou de la cérémonie.

Chez les touaregs, le port du litham est un véritable engagement
social : respect des parents, solidarité envers eux, sens de l’honneur
et de la responsabilité.

L’adolescent nouvellement turbané doit s’assumer et être apte à
accomplir les tâches de la société nomade : conduire les animaux au
pâturage, accomplir des missions de voyages pour ravitailler la
famille en céréales, tissus, sucre, thé, condiments….

Au besoin, on fournira à l’initié des armes indispensables pour se
défendre (épée, lance, fusil), ainsi qu’un moyen de locomotion
(chameau, cheval).

Si l’adolescent nouvellement enturbanné s’engage à s’acquitter
valablement de son devoir d’homme, on lui propose alors le mariage.

Le port du litham est à la fois un symbole identitaire et une marque
de respect social.”

Sincèrement,

Mohamed AG HAMATY


En attendant que les sages de Malilink dont Mohamed Ag Hamaty indexe par Balata Sidibe ne nous edifient, je voudrais partager cette explication de la signification du port du turban que nous a donnee, mon grand frere et mon tres sage et euridit Proviseur au lycee de Tombouctou, Mahamoudou Arouani Dicko [que son ame repose en paix]. Selon Dicko [en substance]:
En plus du fait que traditionnellement et dans beaucoup de cultures, il y a un age (et dans beaucoup de cas une ceremonie) pour le port du turban, (1)le fait que le turban couvre la bouche veut dire que le porteur doit savoir ce qu’il peut/doit dire (controler [au sens le plus large possible] ce qui sort de sa bouche, c-a-d ne pas dire ce qui n’est pas vrai, ne pas calomnier, ne ‘pas mettre sa bouche la ou elle ne doit pas etre mise’, etc).
(2)Le turban couvre les oreilles pour signifier que son porteur doit pouvoir controler ses oreilles, ne pas entendre ce qu’il ne doit pas attendre, ne pas ecouter ce qu’il ne doit pas ecouter, etc.
(3)Dans cette meme logique, le turban couvre le nez pour dire que son porteur doit savoir la ou mettre son nez, eviter de sentir ce qu’il ne doit pas sentir, etc. Il est a noter que tout ceci va dans le sens preparer un homme sage, un homme mur, pret a avoir une vie reussie en societe [au sens Durkheimien de l’education].
Toutefois, autant il est vrai que le port du turban doit etre interprete comme etant une chose culturelle, une adaptation au milieu geographique, un mecanisme de protection contre les certains aspects naturels antagonistes tels que le soleil, la fraicheur, les vents de sable, etc, autant il est vrai que l’appropriation actuelle [de cette chose culturelle] faite par certains malfrats/criminels de part le monde ajoute des dimensions problematiques et securitaires a son usage…
Enfin, empruntant, des mots de la tradition AgMai/Mike-enne [dans ses Notes de Retour au Terroir Natal, je voudrais ajouter que la seule fois ou j’ai porte mon turban pour aller en classe ici aux USA, c’etait a Flagstaff, AZ: Ce jour-la, beaucoup de camarades de classes [de tres bonne foi] n’avaient pas cesse de me demander si j’avais fait un accident ou si je m’etais blesse a la tete:-)
I get their point:-) !
Ceci dit, je passe la parole a mon cousin Lahyerou pour qu’il partage apporte sa contribution sur le sujet:-) !

Talatou


Bonsoir à tous.
moi qui pensais que c’etait uniquement contre le sable du desert

Lassana Touré


Doumbi fakoly, un autre INTELLECTUEL que je respecte tant!.

Merci a l erudit de Stephane selon Cher Hamaty d avoir tire mon attention sur Fakoly qui n est pas dutout un intellectuel romantique car il a le courage de sa conviction.

Sidy Danioko