[mAliLink2] par rapport au coton

From: Cheick Abdrahamane Kassibo (cheick-abdrahamane.kassibo@polymtl.ca)
Date: Thu Jul 03 2003 - 21:19:08 EDT


Suite à votre message Mr Sylla,je voudrais apporter certains eclaircissement
qui j'estime feront avancer le débat sur la situation du coton.
Comme si les expériences passées ne suffisaient pas pour mieux planifier le
futur. Notre pays ne cesse d’être confronté à un cycle répétitif de crise lié
au coton. Ce n’est pas la France ou les USA ou autre pays qui va résoudre ce
problème à notre place,ce travail revient à ceux qui ont prêtes serment devant
Dieu et le peuple Malien pour s’engager resoulument dans la recherche des
solutions aux problèmes de la nation.
En 1999, le pays est confronté à une sévère détérioration des termes de
l'échange, de l'ordre de 11%, à cause de difficultés dans les domaines du coton
et de l'électricité. Déjà le prix des produits pétroliers à l'import augmente
de 27%. En outre, le prix du coton à l'export chute de 19% tandis que les coûts
de production augmentent, ce qui entraîne un déficit de 325 millions FF pour la
CMDT, soit 2% du PIB. Le gouvernement décide alors un train de mesures :
économies à la CMDT, suspension de l'exemption de TVA sur la fibre de coton,
augmentation du prix de vente du coton à HUICOMA (l'entreprise de fabrique
d'huile de coton) de 11 centimes/kg à 20 centimes/kg…
Il fut aussi contraint d'augmenter la production d'or (de 22,8 tonnes en 1998 à
25,3 tonnes en 1999) et de céréales (de 20%) pour récupérer des devises, mais
cela n'a pas été suffisant pour équilibrer la situation, le déficit de la
balance des comptes courants atteignant 10,5% du PIB, au lieu des 8,5% prévus.
Il a également décidé en 1999 de simplifier les procédures administratives en
vue de la création d'entreprises, et de privatiser 49,98% du capital de la
Banque Malienne de Crédits et Dépôts (BMCD). En revanche, la restructuration de
la Banque Internationale pour le Mali (BIM-SA) n'a pu être achevée, et on se
dirige vers sa privatisation.
En avril 1999, le Mali instaure la TVA à taux unique de 18%, au lieu de 2 taux
distincts auparavant, et limite les exemptions de TVA. Mesures profondément
inégalitaires s'il en est…
Jusqu'en 1999, la production n'a cessé d'augmenter : 200 000 tonnes en 1988,
450 000 pour 1997, 520 000 pour 1998, 522 000 pour 1999. Ce fut une des raisons
qui ont conduit à une baisse tragique des cours mondiaux du coton (de 2,86
US$/kg en 1980 à 1,81 US$/kg en 1990, puis 1,29 US$/kg en 2000, et même 0,80
US$/kg en juillet 2001). Si on ajoute divers scandales financiers à la CMDT
(avec le détournement de plusieurs milliards de FCFA par les premiers
responsables de la compagnie), on arrive à une situation très difficile
Cependant, la pauvreté ne décroît pas pour autant dans le pays, ce qui a
provoqué une révolte des paysans et leur refus de récolte en 1999/2000. La
production a alors chuté de près de moitié pour cette saison-là.
En avril 2001, se sont alors tenus les Etats généraux de la filière cotonnière.
Il s'agit ni plus ni moins d'une question de survie. Les différents acteurs ont
décidé le plan suivant :
- réduction de la masse salariale de 23%
- annulation totale ou partielle de la dette des paysans
- réduction des effectifs (on parle de 500 à 800 personnes concernées sur 2400)
- non application de la hausse prévue des salaires de 7%
- prix garanti d'achat du coton aux producteurs augmenté de 1,70 FF/kg à 2 FF/kg
- ouverture du capital, recentrage des activités et désengagement progressif de
l'Etat malien de la CMDT (déjà, l'Etat va offrir au privé les services de
transport et de gestion des intrants agricoles que la CMDT gérait jusque là).
En fait, l'Etat malien balance entre les deux hypothèses formulées par ses
partenaires. Bien sûr la Banque mondiale préconise la privatisation pure et
simple, arguant de la chute de la production et de la gestion calamiteuse
révélée par le rapport d'audit de la société Ernst & Young. D'autre part,
Dagris prône une restructuration, encouragée par les excellents résultats de la
filière de 1996 à 1999 et inquiète des difficultés rencontrées par les filières
libéralisées au Bénin et en Côte d'Ivoire.
Il est d'ailleurs surprenant d'apprendre que la somme de 4 millions FF est
engloutie chaque année dans les salaires des 7 administrateurs de la CMDT,
parmi lesquels se trouve Jean-François Martin, directeur général adjoint,
précédemment chargé de la privatisation de la Compagnie Ivoirienne de
Développement des Textiles, qui se révèle être un échec… Il semblerait qu'on ne
change pas une équipe qui perd !
Des années après la même crise persiste et aucune approche scientifique pour
tenter de résoudre le problème n’existe. Franchement, je ne doute pas de la
bonne foi du chef de d’état actuel, cependant je me pose tant d’interrogations
quant à ses capacités réelles à résoudre les problèmes actuels qui se posent à
notre nation.
 Le peuple a une arme très efficace pour changer le cours de l’histoire en
imposant par le pouvoir des urnes plus d’efficacité dans l’action
gouvernementale. Malheureusement elle n’est pas consciente de cette puissante
force et devient ainsi victime de ses propres acquis à la suite de la lutte de
libération du 26 Mars. Elle favorise à travers les élections l’émergence des
délinquants politiques dont le seul but est de l’exploiter, le piétiner même
voire le mépriser par la suite. Le Malien moyen cherche aujourd’hui à joindre
les deux bouts alors que les responsables qui se partagent le gâteau public
offrent à leurs enfants la possibilité de fréquenter les plus prestigieuses
universités en Occident. La nouvelle mode est que leurs femmes ne doivent plus
accoucher dans nos hôpitaux, on les envoie accoucher en Amérique où en Europe
au frais du contribuable Malien.
La situation est révoltante et nécessite de la part des uns et des autres plus
de réflexion pour libérer ce peuple de l’OPA. Je me demande quelques fois sans
jamais trouver de solution sur le fondement réel du 26 Mars. Je ne reconnais
plus ce peuple qui il y a juste une décennie avait dit non à tout forme
d’exploitation et qui aspirait à plus de transparence (KOKADJE slogan du
26Mars) dans la gestion des affaires publiques.
L’heure est grave te l’avenir de ce pays est sombre, assister impuissamment à
ne rien faire serait un acte qu’on saurait justifier un jour devant les
générations futures.
Au plaisir,
Kassibo
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