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L'avenir politique au Mali: LE CHANGEMENT DANS LA LUCIDITÉ
G. DRABO - 2002-09-03 08:00:00
Cela pourrait bien être le septembre de tous les éclaircissements. Avec notamment la session extraordinaire du nouveau parlement qui verra l'élection du troisième président de l'Assemblée nationale de la IIIè République ainsi que la mise en place du premier bureau de la troisième législature. Avec certainement des indications précieuses sur le positionnement des forces politiques au sein de l'Hémicycle et les rapports que ces forces comptent établir avec le gouvernement. Avec sûrement la composition d'un gouvernement de durée qui devrait se garantir une longévité de deux-trois ans pour faire œuvre véritablement utile. Le mois qui s'ouvre est donc propice à la multiplication des signes. il reste néanmoins à dégager à propos de ceux-ci une correcte lecture.
Il conviendra aussi de voir si à travers les actes qui vont être posés une certaine attente de changement exprimée par le peuple malien est prise en compte. Lorsque nous parlons de "changement", nous ne nous référons nullement à la notion d'alternance, très prisée depuis les dernières présidentielles sénégalaises, mais galvaudée pour avoir été accommodée à diverses sauces et mise au service de projets souvent contradictoires. Nous avons surtout à l'esprit le constat d'un phénomène clair, net et qui ne cesse de s'exprimer depuis avril dernier. C'est le rejet par l'opinion publique de l'emprise excessive exercée par la matière politicienne sur la vie nationale. C'est le refus de voir les priorités des simples citoyens supplantées par les ambitions partisanes.
Une amère désillusion - La dernière législature avait été dominée par des batailles politiques prolongées qui ont donné naissance à des montages de circonstance. Ces derniers ont depuis révélé leur caractère artificiel, puisqu'ils n'ont pas résisté à l'épreuve des compétitions électorales. Deux situations le montrent éloquemment. Dans la première, c'est la déroute des forces alternatives dont l'Adema avait suscité l'émergence pour réduire les effets de la crispation politique. Des partis se sont vu conférer une dimension nationale à travers des députés élus grâce au système de "portage" et à travers la participation à un gouvernement d'ouverture formé autour d'un programmes minimum d'actions.
Cinq ans plus tard, tous les partis qui ont choisi la voie de l'accompagnement institutionnel se sont effondrés lors des législatives, faute de n'avoir pas su exprimer auparavant une identité claire et renforcer leur implantation. Par contre, la CDS de Blaise Sangaré, à travers l'élection de ses quatre députés, a bénéficié d'une prime à la "non association à l'exercice du pouvoir". Dans la seconde situation, c'est une amère désillusion qu'ont essuyé les formations qui avaient cru trouver leur salut et une raison d'exister dans l'intransigeance longtemps exprimée par le Collectif des partis politiques de l'opposition. La plupart d'elles se sont retrouvées fort dépourvues à l'heure de la vérité électorale. Seul parmi elles, le CNID peut nourrir des motifs objectifs de satisfaction avec ses treize députés. Pour les autres, les municipales représenteront une ultime chance de se bâtir une stature.
L'Adema a pour sa part et jusqu'au bout payé un dur tribut à ses divagations internes, expression achevée de jeux politiciens qui ont fortement désorienté sa base. Non seulement le parti anciennement majoritaire s'est fractionné en deux entités de force égale avec la constitution du RPM, mais le PASJ s'est lui-même retrouvé divisé pour affronter l'épreuve des présidentielles et des législatives. Les Rouges et blancs ont dans chacune de ces compétitions amoindri leur propre score par des pratiques fractionnelles, certaines franges préférant aller à l'adversaire plutôt que de laisser gagner un candidat dans lesquelles elles ne se reconnaissaient pas.
Le vacarme à répétition de toutes ces batailles d'état-major a lassé le pays réel, la fureur de ces querelles décalées par rapport aux difficultés quotidiennes des populations est restée incompréhensible aux citoyens ordinaires. C'est pourquoi une candidature atypique comme celle d'Amadou Toumani Touré qui se plaçait hors du landerneau politique traditionnel a pu se frayer un chemin et finalement triompher. Le message délivré par les électeurs qui avaient dès le premier tour placé le candidat ATT en situation confortable résonnait sans équivoque pour celui qui voulait bien l'écouter : "Moins de politique, plus de réel".
A ceux qui hésitaient encore dans le décryptage de la nouvelle conjoncture, la confirmation du désamour des électeurs pour la "politique classique" fut donnée lors des législatives avec la chute spectaculaire du taux de participation, notamment dans la plupart des villes importantes ; avec la déroute d'un certain nombre de caciques dans les deux grands camps (ARD et Espoirs 2002) ; et avec la sanction populaire impitoyablement administrée à tous les élus qui avaient eu la maladresse d'oublier leur base lors de la législature précédente. Les indices délivrés par les élections abondent donc en ce qui concerne les attentes de la population quant à un autre comportement de la part de la nouvelle classe politique. Cette dernière devrait par conséquent s'éviter de céder à la tentation d'un retour aux manœuvres tarabiscotées de naguère.
Des majorités de décision - Pour le monde politique, Septembre est certes le mois des choix, mais il doit être avant tout celui de la lucidité. Les trois processus que nous avons décrit en début de chronique sont dans une très large mesure indépendants les uns des autres. L'élection du président de l'Assemblée nationale - pour laquelle Ibrahim B. Kéita part logique favori - ne consacre plus comme en 1997 ou en 1992 un fait majoritaire imposé par un parti ultra-dominant. Elle constitue l'aboutissement d'une démarche consensuelle autour d'une personnalité marquante. Dont les électeurs attendront en retour qu'elle sache respecter les spécificités d'un parlement éclaté où chacun sera jaloux de son identité et de son indépendance d'analyse.
En marge de cette élection, et sans aucun lien avec elle, la constitution d'une majorité en faveur de l'action du gouvernement et du président de la République représentera la prise en compte de l'humeur du pays telle que nous l'avons décrite plus haut. Les grands problèmes de la nation sont connus et un certain nombre de domaines (secteur cotonnier, avantages sociaux, relance de l'économie, moralisation de la gestion publique) requiert qu'on y intervienne de manière rapide et résolue. Nous voyons mal quelque sensibilité que ce soit du parlement marchander la prise en charge des urgences et déclencher une opposition de tranchée en arguant d'une représentation insuffisante au sein du gouvernement.
De plus, le probable éclatement des grandes coalitions (ARD, Espoir 2002 et peut-être ACC) en groupes parlementaires va encore accentuer l'exercice du libre arbitre par les députés (dont le mandat n'est pas impératif, comme on le sait) et faciliter la constitution des majorités de décision sur tous les dossiers importants. Cela à condition, bien sûr, que le gouvernement sache améliorer son travail d'information à l'égard du Parlement. Ce qui n'avait pas toujours été le cas lors des précédentes législatures.
Le scénario, qui se met en place, laisse les mains relativement libres au président de la République pour le choix de son Premier ministre et pour la définition de la composition du gouvernement. Amadou Toumani Touré, d'après ce qu'il laisse entrevoir, tiendra compte du résultat des dernières législatives, mais sera regardant sur la qualité des personnalités qui constitueront l'Exécutif. Son statut de vainqueur indépendant le rend personnellement comptable de la confiance que lui ont accordée les électeurs. Or, le gouvernement reste un instrument privilégié pour remplir ce contrat de confiance. La compétence et la bonne moralité seront donc d'entrée exigibles des ministres et le chef de l'Etat se voudra l'ultime juge des qualités de l'équipe gouvernementale.
Les clarifications qu'apportera septembre seront surtout la traduction en actes institutionnels des tendances politiques qui se sont dessinées depuis la proclamation des résultats provisoires des législatives. Ces clarifications seront faciles à déchiffrer si on admet que le contexte actuel est particulier et exige que soient abandonnées les grilles classiques de lecture. Cette souplesse d'approche manque à beaucoup qui craignent que l'inédit ne soit générateur d'instabilité. Mais ne faut-il pas y voir plutôt une chance de faire avancer autrement le pays ?
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