[mAliLink2] NetCulture: Essakane 2003 - Le Festival du Désert!

From: Hadi Sall (burgu2000@yahoo.it)
Date: Wed Oct 29 2003 - 20:42:14 EST


Bonjour tout le monde,

La magie est affaire d'humains et de nature. A
Essakane il n'y a pas eu de décor à planter
quelques tentes sous le ciel sur le sable, une
petite scène montée pour des instants somptueux,
et des musiciens. Une prise de liberté, comme la
délivrance d'une retenue d'air frais, pour tous
le Festival au Désert fut un allé simple vers
l'essentiel, comme une chanson de Django, qui
rend belle et humaine la maladresse et exclue
l'impolitesse.

A Essakane dans le même cercle, on a retrouvé
l'impression de secrets partagés entre les
Indiens et les Hommes Bleus, comme un espoir sans
hasard. Si l'absence de frontière est le
véritable destin du monde alors les tribus
nomades de la Terre sont les gardiennes d'une
parcelle d'essence. Vision romantique peut-être,
d'une autre fraternité, avec trois litres d'eau
par jour, quarante degrés et zéro la nuit,
quelques scorpions, blessures et cicatrices, ni
peur ni mal, guitares électriques et groupes
électrogènes. Le Festival peut commencer!

Il y avait des étoiles, des étoiles et encore des
étoiles. Sur scène, il y avait des étoiles
touareg, des étoiles maliennes, des étoiles
mauritaniennes, des étoiles européennes, des
étoiles américaines et même une étoile du
rock'n'roll. Derrière les scènes, se trouvaient
des personnes qui avaient donné des mois de leur
temps pour que cela arrive. Touaregs, Maliens,
Africains, Américains, Français, Belges,
Allemands, Anglais... Chacun d'eux fut une
étoile. Tous ceux qui se sont rendus sur le site,
qu'ils soient organisateurs ou simplement
festivaliers, que leur voyage ait commencé à des
milliers de kilomètres de là en Europe ou en
Amérique, ou seulement à quelques centaines de
kilomètres de là dans les sables perdus du
Sahara, qu'ils soient venus en avion, en bus ou
en Toyota Land Cruiser, ou à l'ancienne, à dos de
chameau... Ils furent tous des étoiles. Il y
avait aussi les dunes douces et soyeuses
d'Essakane -la reine des sables, les acacias d'un
vert lumineux, la démarche des scarabées,
l'immense ciel bleu, les couchers de soleil dans
le silence, les piqûres des "cram-cram". C'était
un endroit magique où les étoiles étaient en
abondance. La nuit, vous regardiez et le ciel
était blanc d'étoiles, sévère, pénétrant, avec
Orion qui traversait l'épaisse jungle de la
clarté céleste à la recherche de sa proie. On se
rassasiait d'étoiles. Mais quand tout le monde
s'est rué pour rejoindre l'aéroport de Mopti pour
attraper son avion, de Toyota en Toyota qui
glissaient sur le sable comme dans un tortueux
"remake" du rallye de Monte-Carlo, ou est revenu
d'un pas paisible vers son camp, sa maison à
Tombouctou, Kidal, Gao, Goundam, Tessalit et
Bamako, il n'y eut plus de doute que l'étoile qui
avait vraiment pris la vedette, qui avait planté
un champ de riches et savoureux souvenirs dans
les têtes de ceux qui avaient eu la grande
fortune d'y être présent, était l'événement
lui-même : le Festival au Désert 2003.

Les nomades ont besoin de se réunir de temps à
autre pour prendre des nouvelles, installer des
disputes, faire des courses de chameau, de la
musique et mélanger leur patrimoine héréditaire.
Au sud du désert du Sahara, les Touareg, ou les
Kel Tamashek (ceux qui parlent tamashek), comme
ils préfèrent être nommés, organisent de tels
rassemblements depuis des années. les sévères
sécheresses des années 1970 et 80, et les
rébellions touareg du début des années 90 dans le
nord du Mali et du Niger, ont brisé le rythme
traditionnel de la vie nomade. Après 1996,
lorsque que près de 3000 armes à feu furent
brûlées dans une symbolique flamme "de la Paix",
sur une place publique de Tombouctou, les
communautés nomades et sédentaires du Sahara du
sud cherchèrent des biais pour reconstruire leurs
vies en harmonie avec le désert. Efès, une
association tamashek dont le but statutaire est
de développer le Nord, s'est arrêtée sur l'idée
est de revivre ces rassemblements de nomades sur
une grande échelle. Au lieu de seulement se
réunir en groupes vagabonds de nomades dans un
rayon de 300 ou 500 Km autour du festival, ils
voudraient projeter et ouvrir l'événement dans
toute la région du désert, au Mali tout entier et
éventuellement au monde entier. Grâce à l'aide
inestimable de certains partenaires européens,
particulièrement le groupe Lo'Jo d'Angers en
France, et de leur manager Philippe Brix, Efès a
organisé le premier Festival au Désert à
Tin-Essako, à l'est de Kidal, la capitale du
lointain nord-est du Mali, en janvier 2001. Il y
eut une éclipse de lune, et la capacité
d'émerveillement de chacun s'en trouva accrue.
Un an plus tard, un événement plus modeste fut
organisé à Tessalit, près de la frontière
algérienne, dans les dents d'une tempête de
sable.

2003 à Essakane fut cependant une toute
différente sorte de merveille. Dans son sincère
discours d'ouverture, le célèbre réalisateur
malien de film et désormais nouveau Ministre de
la Culture, Cheikh Oumar Sissoko, parla de la
beauté diverse du Mali et combien le festival
l'exprimait. Ce n'était pas un mensonge. Des
musiciens bamana et mandingues venus du sud du
pays, pour lesquels Tombouctou et le Sahara
étaient une effrayante région à éviter, aussi
étrangère que le désert de Gobi, se trouvaient
soudain à déambuler sans anxiété ni crainte au
milieu de nomades tamashek au regard féroce.
La version d'Oumou Sangaré de l'hymne national
malien fut bien plus qu'une pièce inconséquente
d'un protocole obligé. Ce fut un hymne plein de
coeur à la paix et à la prospérité de la nation
africaine, unie, dans la musique et dans la fête,
en tout cas pour le moment. Ali Farka Touré
apporta simplement son sourire qui vous
illuminait pendant quarante huit heures, et s'en
allait répétant aux uns et aux autres : Je suis
très content, très fier !.. Le contingent des
trois cent cinquante et quelques non africains
glissèrent sur le sol de sable, le chèche bien
serré sur la tête pour se protéger de la chaleur
de midi, les yeux exorbités par le spectacle qui
s'offrait à eux dans toutes les directions les
chameliers comme des tours, les femmes Tamashek
superbement parées, les dunes tissées de
centaines de tentes, les camions et 4x4 qui
s'ensablaient, le ciel azur et les horizons
ocres. Et puis, la nuit, l'équipe Carabosse,
venue de France, peignait les dunes de flamme,
créant des lacs de lumières vacillantes à travers
lesquels on trébuchait pour atteindre les tentes,
et aussi le bar accueillant, où vous pouviez
avoir la chance de croiser vos héros de musique
au cours d'une rencontre impromptue qui n'arrive
qu'une fois dans la vie. Et pendant tout ce
temps, la musique déferlait de la seule et unique
scène par vagues, dans un ordre et une mise en
place experts. Pas un groupe ne manqua son
concert, aucune performance ne fut décalée
organisation admirable pour un festival en
Europe, ou aux USA, mais ici! ... Ça laisse
abasourdi.

On trouvait des petites boules d'épines appelées
"cram-cram" partout dans le sable.
Elles s'agrippaient à vos vêtements à chaque
opportunité et pire, vous perçaient la peau et y
restaient plantées, menaçant de s'infecter.
Quelqu'un plaisanta en disant que le prochain
festival serait sponsorisé par une célèbre marque
américaine de pinces à épiler. Un autre remarqua,
avec une acuité pointue, que le paradis ne serait
pas le paradis sans au moins un inconvénient
universel mais néanmoins mineur. En fait, les
"cram-cram" ont servi un dessein très utile :
leur petit harcèlement aidait à se souvenir que
vous ne rêviez pas, que ce que vous voyiez
n'était pas une fantaisie mais la réalité,
qu'autant de peuples différents d'origines si
diverses pouvaient vraiment se rassembler pour
apprécier la musique et la compagnie de chacun,
sans aucune suspicion, ni tribalisme, ni
méfiance. En fin de compte, vous pouviez citer de
nombreuses raisons pour lesquelles cet événement,
cette célébration populaire de la note bleue, a
été si agréable, en dépit des épreuves pour y
parvenir, l'inconfort physique et les
"cram-cram". Mais tous ceux qui furent témoins du
festival vous diront qu'une sorte de magie
indéfinissable passa dans ces dunes près de
Tombouctou. D'où venait cette magie ? Peut-être
devons-nous le demander aux étoiles..

Texte de Andy Morgan Bristol Grande Bretagne

Je vous presente les 20 titres de ce très beau CD
venu du fond des dunes:

1. Super - 4'46"
Cette très jolie chanson est performée par le
groupe TAKAMBA SUPER ONZE. Onze musiciens
Tamashek originaires de Gao jouent le ryhme
traditionnel du "Takamba", qui suit la démarche
du chameau, et se transforme en une célébration à
vous glacer le sang des racines de la musique
tamashek. Ce groupe a joué lors de la première
édition du "Festival du Désert" sous le nom de
Super 11 de Gao.

2. Buri Baalal - 5'01"
Performée par Afel Bocoum de Niafunké. L'ancien
protégé d'Ali Farka Touré est à présent devenu
l'un des plus célèbres guitaristes et chef de
groupe au Mali. Son concert se déroula très tard
dans une nuit brillamment étoilée. Le ciel, l'air
rafraichissant et la musique conspiraient pour
vous emporter dans leur délicat mouvement et vous
bercer dans un profond sentiment de contentement.

3. Tihar Bayatin - 3'03"
Né dans les camps de réfugiés de Mauritanie et du
Burkina-Faso durant les jours sombres de la
rébellion touareg, le groupe TARTIT de Tombouctou
a fait un retour triomphant à Essakane 2003.
L'infatiguable Fadimata Walett Omar, alias
"Disco", et son propre groupe, ont montré à tous
pourquoi ils sont le groupe Tamashek le plus
populaire sur la scène internationale.

4. Win my train fare home - 6'03"
Cette chanson jouée par Robert Plant et Justin
Adams de UK peut aussi s'intitulée "If I ever get
lucky".
On ne croyait pas tout à fait qu'il viendrait,
mais en fin de compte l'ambassadeur du Rock N'
Roll depuis 35 ans est venu à grandes enjambées
pour un concert chaleureux, accompagné des
guitaristes Justin Adams et Skin, et d'une
section rythmique miraculeuseument cohérente, des
amis et des Lo'Jo. Une vraie star parmi les
étoiles ... mais sans l'attitude!

5. Ya Moulana - 3'19"
Sedoum Ehl Aida est originaire de Tagant en
Mauritanie. Il a enetndu parler du festival
seulement vingt jours avant qu'il ne commence.
Bien qu'il lui fut dit que la programmation était
close, il a decidé de venir avec son groupe au
complet, de Nouakchott à Tombouctou, et a fini
par voler la vedette. Conte de fée ou bien?

6. Jah Kas Cool Boy - 5'02"
Performée par le groupe Lo'Jo et Django de
Kayes(France / Mali).
Lo'Jo est le groupe de France qui a fait le
premier contact avec les membres d'Efès en 1998,
et qui les a aidés à mettre en place le premier
Festival du Désert. Leur ville d'origine, Angers
dans la vallée de la Loire, est jumelée avec la
ville de Bamako, et lors de leur premier voyage
là-bas, pour jouer au Festival du Théatre des
Réalités, ils rencontrèrent le chanteur et
compositeur Django, originaire de Kayes au sud du
Mali, avec lequel ils jouent cette chanson
vibrante.

7. Wayema - 3'01"
Performée par Oumou Sangaré de Bamako.
Voir la reine incontestable de la chanson
malienne sur scène au Festival du Désert fut
ressenti comme un trionphe émotionnel. Le
traditionnel imzard tamashek, ou violon à une
corde, ouvre cette version énergique de "Wayena".

8. Karaw - 4'56"
Ali Farka Touré de Niafunké.
Aucun doute que le roi de la guitare blues du
Mali n'ait jamais imaginé qu'il jouerait un jour
face à une audience internationale, à moins d'une
centaine de kilomètres de son village Niafunké.
Coiffé de son chapeau aux bords larges et drappé
dans un costume impécaple il a manié sa guitare
comme le maestro que chacun reconnait en lui.

9. Aldachan Manin - 3'39"
Performée par le groupe TINARWEN de Kidal.
La paix dans le sud du Sahara n'a pas ramolli la
musique passionnée et rebelle de Tinariwen. Ils
sont les nomades incontestés du nouveau style
Tamashek à la guitare, et leurs paroles sont
connues par coeur par les jeunes comme par les
vieux, de Tombouctou à Tamanrasset. C'était le
groupe que tout le monde attendait et cette
attente empirait à chaque seconde.

10. Politique - 3'13"
De Ké-Macina, près de Ségou, Adama Yalomba est
une jeune étoile naissante et une bombe sur
scène. Compositeur, arrangeur et virtuose de la
guitare, du n'goni et du n'dan, il mélange sa
voix puissante et passionnée avec un toucher
délicatement frénitique de tous ces instruments,
afin de créer un "mix" hautement combustible de
vieux et nouveaux sons.

11. Ariyalan - 2'13"
La présence du groupe TIDAWT d'environ dix hommes
et femmes venus de la légendaire ville d'Agadez,
dans le nord du désert du Niger, à moins 1000
kilomètres d'Essakane, montre tout l'intéret
sucité par le Festival du Désert dans les régions
du sud du Sahara. Tidawt fut, parmi les groupes
Tamashek les moins connus, l'un de ceux qui ont
fait une profonde impression tant sur le public
local qu'étranger.

12. Chameaux - 3'47"
Un duo réussi de l'italien Ludovico Einaudi et du
malien Ballaké Sissoko.
De formation classique, mais compositeur d'esprit
iconoclaste, le virtuose du piano Ludovico
Einaudi était le seul italien à jouer sur scène
du Festival. Son duo avec le joueur malien de
kora Ballaké Sissoko fut simple et beau, aussi
épars que les paysages désertiques qui
s'étendaient à perte de vue dans chaque
direction.

13. Ihama - 2'46"
Performée par le groupe KEL TIN LOKIENE de
Tombouctou.
Conduit par Hemi Ag Akreirou, de Raz-Elma près de
Tombouctou, Kel Tin-Lokiene est spécialiste d'un
répetoire traditionnel de chansons accompagnées
de clappements de mains, de tam-tams et de
danses. Cette troupe de quinze personnes cherche
profondément dans le coeur de la musique
tamashek, un son qui, pris hors de son contexte,
apparait comme émanant d'une autre galaxie, mais
entendu dans le désert au nord de Tombouctou,
prend un sens parfait.

14. Le Juge Ment - 4'02"
Performée par KWAL & FOY-FOY.
Le guitariste et chanteur Tamashek Foy-Foy est un
membre de la grande famille des Tinariwen. Il fut
l'un des premiers Touareg à rencontrer Lo'Jo à
Bamako, déjà en 1998, et son nom figure dans les
paroles de leur chanson "Jah Kas Cool Boy".
Le son nu et pointu de sa guitare colle au rap
sans concession de Vincent "Kwal" Loiseau et de
son équipe, venus jusqu'à Essakane dans une quete
épique de collaborations musicales.

15. Wana - 3'11"
Performée par le groupe TINDE de Tessalit.
Le spectacle hors scène de grands groupes de
femmes assises ensembles, qui chantent comme un
appel et sa réponse, des chants hantés et
planants au son hypnotique du traditionnel
"tindé", est l'un des inoubliables cadeaux du
Festival du Désert. Cette troupe de tindé vient
de Tessalit au nord-est du Mali, à la frontière
algérienne, là où s'est tenue la deuxième édition
du Festival du Désert.

16. Koultouleili-Khalett Là - 4'21"
Venue d'une autre partie du grand Sahara et
originaire de Nouakchott, Aicha Bint Chighaly est
l'une des grandes griotes ou poètesses
traditionnelles de Mauritanie. Elle chante des
prières à Allah et des vieux chants guerriers,
autant que des chants de satire et d'amour. Son
style vocal supersonique a séduit, et sa manière
sur scène a diverti. Elle a prouvé à tous que la
musique du Sahara est aussi profonde et variée
que le désert est grand.

17. Oubilalian - 2'23"
Les onze membres du groupe IGBAYEN venus de
Tombouctou chantent sous la conduite du chanteur
Haskana Ag Alhassane, qui est très populaire dans
se région, près su lac Faguibine, tout près
d'Essakane. Leur répertoire est basé sur des
chants guerriers, qui exhortent les vertus de
bravoure, d'honneur et de dignité.

18. Fady Yeina - 2'11"
Ce jeune guitariste qui émerge, originaire de
Gao, a été l'une des grandes révélations du
Festival. Baba Salah est l'un des membres
réguliers du groupe d'Oumou Sangaré, et son
phrasé délicat et gracile fut le complément
parfait de la voix dorée de la diva malienne
durant sa performance. Plus tard durant le
festival, il revient sur scène avec son propre
groupe et fit une fougueuse et innovante
démonstration virtuose de guitare.

19. What Do You See - 3'41"
performée par le groupe BLACKFIRE (Navajo, USA).
Les déserts d'Arizona et du Sahara sont à des
années lumière l'un de l'autre, mais à bien des
points de vue, ils se ressemblent. La famille
Benally, tous Navajo ou plutot "Dinè" d'Erizona,
aurait du mal à expliquer pourquoi chaque chose à
Essakane leur semblait si familière, et personne
ne pourrait dire pourquoi les jeunes Tamashek
avec leurs turbans ont tant aimé leur glorieux
rock Dinè.

20. Laisse-moi dire - 2'34"
performée par Django de Kayes.
Après avoir joué comme invité pendant le concert
de Lo'Jo, le chanteur et compositeur malien
Django est venu avec son propre groupe jouer
quelques ballades et chansons exquises.

Le Festival au Désert - un CD riche et varié!

Pour vous dire en meme temps que le prochain
"Festival au Désert", la quatrième édition, aura
toujours lieu à Essakane les 9, 10 et 11 janvier
2004 Inshallah!

Je vous donne rendez-vous à lundi pour
NetCulture-Litterature!

Vive la Culture du Mali!

hadi ousmane
milano, italia

  

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