La Marginalisation du RPM Sous ATT

BAMAKO – le 27 Février 2017 | par  Amadou O. Wane –En fin 2006, lors d’une rencontre avec des diplomates américains, le Secrétaire Général du Rassemblement pour le Mali (RPM), Bocary Tréta, avait déclaré que le président Amadou Toumani Touré (ATT) était « dangereux pour la démocratie, dangereux pour le Mali et la région », parce que ATT comptait remplacer les institutions démocratiques du Mali par un système bâti autour de lui et de ses amis.

La première étape dans la stratégie d’ATT selon Tréta, était de marginaliser le RPM à l’Assemblée nationale et à la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI). Tréta pensait qu’à la fin, ATT supplanterait le système de parti politique en imposant ses amis et ses alliés à l’Assemblée en 2007 sans prendre en compte l’appartenance politique des candidats. La nouvelle Assemblée aurait alors une majorité avec les « Amis d’Amadou » prédisposés à modifier la Constitution et à prolonger indéfiniment le mandat présidentiel de celui-ci. Tréta affirmait que le RPM continuerait de lutter contre son exclusion de la CENI devant les tribunaux et refuserait de prendre les deux sièges offerts par d’autres partis. Tréta voulait que les tribunaux invalident la composition de la CENI et la remplacent par celle qui allouerait la 1ère vice-présidence au RPM.

Tréta ajouta que le RPM était préoccupé par le fait que le gouvernement malien ne s’était pas mis d’accord sur un vote unique pour l’élection présidentielle ou, comme convenu, d’ouvrir les listes électorales à un contrôle public. Pour rester pertinent dans la politique malienne, Tréta admit que le RPM avait besoin d’alliés et devait dynamiser ses partisans. Il insista sur le fait que le leader du RPM, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), était beaucoup plus populaire que ATT à l’intérieur du pays, parmi les bambaraphones, plus nombreux dans le sud et la diaspora, en particulier en France. Selon certaines estimations, 500 000 des 6,5 millions d’électeurs prévus au scrutin présidentiel de 2007 vivaient à l’extérieur du Mali. Il affirma que la plupart des maliens en France étaient amers parce que ATT n’avait pas réussi à obtenir du gouvernement français des concessions pour l’obtention de visa plus favorables pour eux et voteraient massivement pour IBK. Tréta fit en outre d’autres accusations selon lesquelles ATT, qui est de Mopti, introduirait le régionalisme dans la politique malienne et prévoyait de maintenir le Mali sous le pouce des gens du nord pour les trente prochaines années.

Comme pour donner plus de crédibilité à ses propos, Tréta offrit à l’Ambassade américaine à Bamako, la copie d’un livre attaquant ATT et ses alliés. Le livre controversé, intitulé « ATT-cratie : la promotion d’un homme et de son clan » a suscité un émoi dans la Presse pour ses critiques sévères contre le président et un bon nombre de ministres et conseillers proches de lui. Le livre, prétendument écrit par un ancien ministre d’ATT portant le nom de « Le Sphinx », était initialement disponible uniquement en France. Mais des copies illégales furent distribuées par IBK et le RPM. Le siège du RPM semblait même avoir au moins un carton rempli des copies de ce livre.

L’analyse de Tréta en 2006 reflétait le sentiment de l’Opposition, et sans doute était un aperçu de la rhétorique que le RPM et les autres forces de l’Opposition utiliseraient pour attaquer le président pendant et après la campagne. La stratégie évidente d’ATT qui était d’isoler, puis de détruire politiquement IBK est une stratégie politique classique. Remettre en question les ambitions à long terme d’ATT était tout aussi typique d’une campagne de dénigrement. Malheureusement pour le RPM, les accusations contre ATT n’ont pas influencé l’électorat.

Il semble que le RPM a été efficace à créer des fractures parmi les alliés d’ATT à long terme. Beaucoup de ceux qui avaient soutenu ATT comme étant la meilleure manière d’avancer leurs propres ambitions politiques et présidentielles, se sont ralliés au RPM aujourd’hui. Le vent politique change et avec les alliances. L’ironie est qu’IBK et le RPM ont embrasé les méthodes d’ATT qu’ils condamnaient auparavant.

Le Futur de la France en Afrique Subsaharienne – (1ière partie)

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Bamako – le 7 Novembre 2016 | par  Amadou O. Wane – Pendant des décennies, la France fut le leader traditionnel parmi ses anciennes colonies et d’autres pays francophones d’Afrique. Mais, ce leadership se confronte à plusieurs défis. Selon un document confidentiel de l’Ambassade américaine à Paris, les États-Unis prévoit une baisse progressive de l’influence française en Afrique. Cette analyse est basée sur plusieurs facteurs : une nouvelle génération d’africains émerge, les africains commencent à regarder au-delà de la France pour répondre à leurs besoins et la capacité de la France de consacrer des ressources à l’Afrique se heurte à d’autres priorités de l’hexagone.

Après une longue présence coloniale, qui a officiellement pris fin il y a à peine deux générations, la France reste engagée en Afrique francophone, où elle tente de maintenir son influence politique, économique et culturelle. En 2005, elle avait cinq bases militaires permanentes au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Djibouti, au Gabon et au Sénégal. En outre, d’autres unités servent avec les forces multinationales dans plusieurs pays africains. Environ 11 000 troupes françaises sont stationnées en permanence ou en déploiement temporaire en Afrique, soit 63% de toutes les forces françaises situées hors de la France métropolitaine.

Sur le plan politique, la France organise des Sommets biannuels, en alternance entre la France et l’Afrique, auxquels beaucoup de dirigeants africains assistent.

Culturellement, la France dirige l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), un groupe qui comprend les pays de l’Afrique francophone et sert à renforcer l’influence de la France. Les pays africains francophones participent à cette organisation plus pour des raisons pragmatiques que sentimentales. La “Francophonie” reste un concept important dans certains pays africains, mais son rôle en Afrique semble être en déclin comme le cas de l’ancienne Indochine française.

Du point de vue africain, certains éléments du modèle français restent importants et difficiles à changer. Le système éducatif, les structures gouvernementales et bureaucratiques, et les moyens de conduire les affaires sont encore ancrés chez beaucoup d’anciennes colonies. La langue française reste une force unificatrice et neutre dans certains pays où plusieurs langues locales cherchent à être la langue dominante. Puis, savoir lire et écrire dans une langue occidentale est encore considérée comme essentielle. L’Afrique continue de jouir d’un statut unique au sein de la politique étrangère française.

Bien que les dispositions décrites ci-dessus restent en place et continuent à fonctionner, il n’est pas clair si elles vont permettre à la France d’influencer l’Afrique francophone comme elle l’a si bien fait au cours de la période postcoloniale.

D’autres forces générationnelles, démographiques et politiques font qu’il devient de plus en plus difficile pour la France de maintenir son influence presque hégémonique en Afrique francophone.

Comme ses prédécesseurs, le président Jacques Chirac cultiva des relations étroites avec les dirigeants africains pendant des décennies. Il considérait beaucoup d’entre eux, tels que Bongo du Gabon, Deby du Tchad et Sassou du Congo, comme des amis intimes. Ces relations et amitiés ont été un élément important de la politique africaine de la France pendant des années. Cependant, Chirac fut peut-être le dernier d’une lignée de dirigeants français capables de maintenir de tels liens.

Le changement générationnel et démographique en cours en Afrique est en train d’affaiblir les liens entre l’Afrique et la France. Fini le temps où un bon nombre de première génération de dirigeants francophones étaient membres des établissements français, comme Senghor et Houphouët-Boigny. Les dirigeants africains francophones d’aujourd’hui semblent moins enclins à se plier si facilement aux volontés du gouvernement français. Ceci est le résultat d’un déclin général du profil international de la France et aussi du fait que les Africains sont de plus en plus exposés à d’autres sociétés, comme les États-Unis. Certains dirigeants africains, tels que Laurent Gbagbo de la Cote d’Ivoire, Abdoulaye Wade du Sénégal et Ismail Guelleh de Djibouti, n’étaient pas si accommodants comme leurs prédécesseurs.

Alors que les Africains, en dehors de la domination française, assument plus de leadership dans les affaires du continent, le déclin de l’influence française est susceptible de s’accélérer. A suivre…

Publié dans InfoSept